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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305049

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305049

mercredi 10 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFRYDRYSZAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 25 avril 2023, Mme F E, Mme C B épouse D et M. G D, représentés par Me Frydryszak, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 février 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Manille a rejeté la demande de visa de long séjour présentée par Mme E en qualité de salarié ;

2°) d'enjoindre à l'autorité compétente de délivrer le visa sollicité, ou à titre subsidiaire, de réexaminer la demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite : la décision attaquée fait obstacle à ce que Mme E entre en France pour exercer son emploi de garde d'enfants à domicile auprès des époux D et de leurs quatre enfants âgés d'un an à dix ans, alors que sa présence est indispensable aux besoins de la famille compte tenu des contraintes professionnelles des époux D et de l'état de santé de leur fils A et qu'ils ont débuté leurs démarches afin de trouver une garde d'enfants depuis le mois de mai 2022 ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa est entaché d'une erreur de fait, d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'une autorisation de travail a été délivrée pour l'emploi en contrat à durée indéterminée de Mme E qui justifie d'une expérience dans la garde d'enfants et remplit l'ensemble des critères de recrutement demandés par les époux D ;

- le motif tiré de l'absence de fiabilité des informations communiquées est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'ensemble des documents requis et notamment l'autorisation de travail délivrée par l'administration française, ont été produits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que du fait de leurs obligations professionnelles, la présence d'une tierce personne pour assurer la garde de leurs quatre jeunes enfants, et notamment d'un de leur fils dont l'état de santé nécessite un suivi médical important et une surveillance permanente, leur est indispensable pour mener une vie familiale normale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que la décision attaquée implique une instabilité des modes de garde pour leurs quatre enfants, laquelle a des conséquences néfastes sur leur développement ;

- le motif tiré de l'inadéquation entre l'emploi et le profil de Mme E est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dans les circonstances de l'espèce dès lors que les époux D disposent déjà d'une garde d'enfants ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés dès lors qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins de travail dissimulé, Mme E étant destinée à occuper un emploi illégal, et son profil étant, en outre, en inadéquation avec l'emploi visé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Lay, première conseillère, pour statuer sur les demandes en référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 avril 2023 à 9 heures :

- le rapport de Mme Le Lay, juge des référés,

- les observations de Me Veillat substituant Me Frydryszak, avocate des requérants et celles de la représentante du ministre de l'intérieur.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l'espèce, être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit, toutefois, démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.

3. En l'espèce, pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence à statuer sur la décision du 22 février 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Manille a refusé de délivrer un visa de long séjour en qualité de salarié à Mme E, les époux D soutiennent que compte tenu de leurs contraintes professionnelles qui impliquent une disponibilité importante et de nombreux voyages, ils ont besoin de façon extrêmement urgente d'une aide extérieure pour assurer la garde de leur quatre enfants en bas âge, et n'ont reçu aucune candidature sur le territoire français malgré plusieurs annonces publiées auprès de Pôle emploi depuis le mois de mai 2022. S'ils invoquent la nécessité immédiate d'une garde d'enfants à domicile, fixe et pérenne, en se prévalant notamment de l'âge de leurs enfants et des besoins spécifiques de l'un d'entre eux, porteur d'une trisomie 21 et chez lequel une maladie rare, nécessitant une prise en charge médicale conséquente et une aide humaine à temps plein, a été diagnostiquée au début de l'année 2023, il résulte du dernier état de l'instruction que le couple D emploie déjà une garde d'enfants à domicile à temps plein. Ainsi et alors même que la naissance de leur quatrième enfant en décembre 2021 les a amenés à chercher une deuxième garde d'enfants afin de seconder la personne qu'ils emploient déjà, ils ne sont pas démunis de toute aide pour assurer la garde de leurs quatre enfants. Si les requérants soutiennent, par ailleurs, que la décision attaquée porte gravement atteinte à la situation de Mme E en ce qu'elle fait obstacle à ce que l'intéressée occupe l'emploi sur lequel elle a été recrutée en France, il ne résulte pas de l'instruction que cette dernière serait dans l'impossibilité d'exercer une activité professionnelle aux Philippines. Ainsi et pour délicate que puisse être la situation familiale des époux D, les circonstances invoquées ne caractérisent pas une urgence particulière justifiant la saisine du juge des référés, dès avant l'intervention d'une décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui est destinée à se substituer totalement à la décision consulaire à tout le moins implicitement au plus tard au début du mois de juin 2023. Par suite, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

O R D O N N E

Article 1er : La requête présentée pour Mme E et les époux D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F E, Mme C B épouse D et M. G D et au ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 10 mai 2023.

La juge des référés,

Y. Le Lay La greffière,

G. Peigné

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2305049

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