mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2305090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2023, M. A B, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité habilitée ;
- il méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais né en 1994, est entré en France le 24 octobre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable du 26 septembre 2019 au 26 septembre 2020. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 30 septembre 2021, renouvelée une fois jusqu'au 8 octobre 2022, lui a été délivrée. Par un arrêté du 14 mars 2023, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler ce titre de séjour et a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes de l'article R. 5221-26 du code du travail : " L'étranger titulaire du titre de séjour ou du visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois mentionné au 3° de l'article R. 5221-3 portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures. () ". Aux termes de l'article L. 6221-1 du même code : " Le contrat d'apprentissage est un contrat de travail de type particulier conclu entre un apprenti ou son représentant légal et un employeur. / L'employeur s'engage, outre le versement d'un salaire, à assurer à l'apprenti une formation professionnelle complète, dispensée pour partie en entreprise et pour partie en centre de formation d'apprentis ou section d'apprentissage. / L'apprenti s'oblige, en retour, en vue de sa formation, à travailler pour cet employeur, pendant la durée du contrat, et à suivre cette formation ". Aux termes de l'article R. 5221-7 de ce code: " Par dérogation à l'article R. 5221-6, l'étudiant étranger, titulaire du titre de séjour mentionné au 11° de l'article R. 5221-2, peut conclure : / 1° Un contrat de professionnalisation mentionné à l'article L. 6325-1, à l'issue d'une première année de séjour ; / 2° Un contrat d'apprentissage mentionné à l'article L. 6221-1, à l'issue d'une première année de séjour, ou dès la première année de séjour s'il justifie d'une inscription dans un cursus de formation sanctionné par un diplôme conférant le grade de master ou figurant sur la liste prévue au 1° de l'article D. 421-6 et au 1° de l'article D. 422-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Aux termes de son article R. 5221-2 : " Sont dispensés de l'autorisation de travail prévue à l'article R. 5221-1 : / () 12° Le titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle " étudiant " relevant des articles L. 422-1, L. 422-2, L. 422-5, L. 422-6 et L. 433-4 du même code ou le visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " mentionné au 13° de l'article R. 431-16 du même code qui, dans le cadre de son cursus, a conclu un contrat d'apprentissage validé par le service compétent () ".
3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " dont était titulaire M. B, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur l'absence de caractère réel et sérieux des études suivies par l'intéressé, sur la circonstance que l'activité professionnelle aux termes des stipulations de son contrat d'apprentissage dépasse la limite des 60 % de la durée de travail annuelle et enfin, sur le motif tiré de ce que le contrat de l'intéressé, qui ne justifie pas d'une autorisation de travail, n'aurait pas été validé par le service compétent.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B était inscrit, pour l'année 2020-2021, en licence professionnelle " gestion de la production industrielle " à l'institut universitaire de technologie (IUT) de Béthune (Pas-de-Calais), formation à l'issue de laquelle il a obtenu son diplôme. En outre, il produit un certificat de scolarité pour l'année 2021-2022 en troisième année de licence " sciences pour l'ingénieur - logistique globale " au sein de l'Université d'Artois. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il n'a pas suivi cette formation. Enfin, au titre de l'année universitaire 2022-2023, il justifie d'une inscription en master " manager de la chaîne logistique " au conservatoire national des arts et métiers (CNAM) de Maine-et-Loire, formation d'une durée de 854 heures. Dans le cadre de cette formation, M. B justifie d'un contrat d'embauche en apprentissage au sein de la société " Hutchinson Jehier SAS ". Il ressort des pièces du dossier, et notamment de deux attestations émanant respectivement du responsable de la formation et de la responsable des ressources humaines de la société " Hutchinson Jehier SAS ", qu'outre l'obtention de son diplôme en 2021, le requérant fait preuve d'assiduité dans le suivi de sa formation au sein du conservatoire national des arts et métiers de Maine-et-Loire, et donne satisfaction à l'entreprise qui l'a embauché en qualité d'apprenti. Par ailleurs et eu égard à ce qui vient d'être dit, la circonstance que le requérant n'a pas suivi de formation au titre de l'année universitaire 2021-2022 ne suffit pas à démontrer qu'il ne suivrait pas ses études de manière réelle et sérieuse.
5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'apprentissage prévu par la formation suivie par le requérant présente un caractère obligatoire et ne constitue pas un emploi à titre accessoire au sens des dispositions des articles L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 5221-26 du code du travail. Dès lors, le préfet de Maine-et-Loire ne pouvait, sans faire une inexacte application des dispositions précitées, se fonder sur le motif tiré de ce que l'activité professionnelle de M. B dépasserait la limite des 60 % de la durée de travail annuelle prévue aux articles précités. De plus, il est constant que l'intéressé remplissait les conditions énoncées par les dispositions de l'article R. 5221-2 du code du travail pour bénéficier d'une dispense d'autorisation de travail.
6. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en refusant le renouvellement du titre de séjour dont était titulaire M. B.
7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la décision portant refus de séjour contestée par le requérant ainsi que, par voie de conséquence, les autres décisions que comporte l'arrêté attaqué doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de Maine-et-Loire délivre à M. B un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder, sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Roulleau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à l'intéressé au titre de ces dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 mars 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " étudiant ", sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Roulleau, avocat de M. B, la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Roulleau et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
Le président-rapporteur,
C. CANTIÉL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MARTEL
La greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026