vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2305099 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 avril 2023 et le 21 septembre 2023, Mme M G H, M. B I et Mme K D C, représentés par Me Regent, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 8 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Kinshasa refusant un visa d'entrée en France à Mme G H et M. I au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au réexamen de leur situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Regent, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît le droit à la réunification familiale prévu par la directive 2003/86 du 22 septembre 2003 en ce que la réunifiante a manifesté son souhait d'être rejointe par ses enfants dès le dépôt de sa demande d'asile et qu'ils étaient encore tous mineurs à cette date ; dès lors en appréciant l'éligibilité à la procédure de réunification familiale au moment de la dernière demande de visa, les dispositions de l'article L. 561-2 sont inconventionnelles ;
- le délai de trois mois pour solliciter un visa au titre de la procédure de réunification familiale à la suite de l'obtention de la protection est conventionnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D C, Mme N H et M. I ne sont pas fondés.
Mme N H a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 février 2024 :
- le rapport de Mme Fessard, rapporteure,
- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,
- les observations de Me Regent, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F C, ressortissante congolaise née le 25 janvier 1977, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 31 janvier 2017. Elle déclare être la mère de Mme M G H, M. B I, M. J, Mme E G L et Mme A G D, ressortissants congolais, respectivement nés le 25 mai 1997, le 26 novembre 1998, le 1er décembre 1999, le 8 décembre 2001 et le 14 mai 2004. Par un jugement du 13 février 2023 n° 2207187 le tribunal de céans a enjoint à la délivrance des visas sollicités pour M. J, Mme E G L et Mme A G D et a enjoint au réexamen pour Mme M G H et M. B I. Par une décision du 8 mars 2023, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, dans le cadre de ce réexamen, refusé à Mme M G H et M. B I les visas sollicités.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La commission a rejeté le recours formé par les requérants au motif que les demandeurs de visa étaient âgés de plus de 19 ans au moment de la demande de réunification familiale et n'étaient donc pas éligibles à la procédure de réunification familiale prévue aux articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La demande de réunification familiale est initiée par la demande de visa des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire mentionnée à l'article L. 561-5. Elle est déposée auprès de l'autorité diplomatique ou consulaire dans la circonscription de laquelle résident ces personnes ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu'aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu'après son enregistrement par l'autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs, lorsqu'une nouvelle demande de visa est déposée après un premier refus définitif, il convient, pour apprécier l'âge de l'enfant, de tenir compte de cette demande, et non de la première demande.
6. Les dispositions précitées ne peuvent toutefois recevoir application dans le cas où l'enfant a atteint l'âge de dix-neuf ans entre la demande d'asile de son parent et l'octroi à celui-ci du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire. Dans cette hypothèse, sous réserve que la demande de réunification ait été introduite dans les trois mois suivant l'octroi de la protection, l'âge doit être apprécié à la date de la demande d'asile.
S'agissant de Mme M G H :
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la mère de la demanderesse, Mme F C, a sollicité le bénéfice de l'asile le 24 février 2015 et s'est vu reconnaitre la qualité de réfugiée le 31 janvier 2017. Mme M G H, née le 25 mai 1997, était âgée de dix-sept ans et dix mois lors du dépôt de la demande d'asile de sa mère et de dix-neuf ans et sept mois lors de l'octroi de la qualité de réfugiée à celle-ci.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 précédents qu'il convenait, dès lors, pour apprécier l'âge de la demanderesse de visa, de se placer à la date de dépôt de la demande d'asile de Mme D C, à la condition que la demande de réunification ait été introduite dans le délai de trois mois suivant l'octroi de la qualité de réfugié. Il ressort des pièces du dossier que la demande de réunification a été formalisée le 19 novembre 2021, soit postérieurement au délai de trois mois précité. Par suite, Mme M G H ne peut se prévaloir des dispositions précitées et n'est donc pas fondée à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur de droit.
S'agissant de M. B I :
9. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit, Mme F C a sollicité le bénéfice de l'asile le 24 février 2015 et s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée le 31 janvier 2017, date à laquelle M. B I, né le 26 novembre 1998, était âgé de de dix-huit ans et deux mois. Dès lors que M. B I n'avait pas atteint l'âge de dix-neuf ans lorsque sa mère a obtenu le statut de réfugiée, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 6 précédents qu'il convenait, pour apprécier l'âge du demandeur de visa, de se placer à la date de dépôt de leur demande de visa auprès de l'autorité consulaire. Il ressort de la lecture de la décision de refus de visa que la demande de visa a été présentée le 19 novembre 2021 auprès de l'autorité diplomatique française en République démocratique du Congo, soit postérieurement au dix-neuvième anniversaire de M. B I. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la commission aurait commis une erreur de droit s'agissant de la date à laquelle se placer pour apprécier l'âge du demandeur.
10. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
11. Il ressort des pièces du dossier que Mme M G H et M. B I sont âgés respectivement de 26 ans et 25 ans à la date de la décision attaquée, laquelle ne leur interdit pas de solliciter des visas ultérieurs sur d'autres motifs, notamment afin de rendre visite à leur famille résidant en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En dernier lieu, eu égard à l'âge de Mme M G H et M. B I les requérants ne peuvent utilement invoquer les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union européenne d'une question préjudicielle, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G H, M. I et Mme D C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G H, M. I et Mme D C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme M G H, à M. B I, à Mme K D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
La rapporteure,
A. FESSARD
La présidente,
H. DOUET
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026