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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305100

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305100

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCHAUMETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril 2023 et 28 juin 2023, M. C A, représenté par Me Chaumette, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 février 2023 par lesquelles le préfet de Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnait les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la présomption d'authenticité découlant des dispositions de l'article 47 du code civil ; sa minorité lors de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance est établie ; le birth certificate produit a, au surplus, été légalisé et reconnu authentique par les autorités sierra-léonaises en Belgique ; il dispose, en outre, d'une attestation consulaire justifiant de son identité et de sa nationalité ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Chaumette, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant sierra-léonais né le 13 août 2002, déclare être entré en France en septembre 2018, alors qu'il était âgé de seize ans. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique par une ordonnance d'ouverture d'une tutelle d'Etat du 27 novembre 2018. Par un courrier du 10 juin 2021, M. A a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission au séjour, au titre des dispositions des articles L. 435-3, L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 22 février 2023, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 22 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil () ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

3. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

4. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de l'article L. 435-3, cité au point précédent, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que, " du fait de la fraude entachant les justificatifs d'état civil produits ", l'intéressé ne justifiait pas de son état civil au sens des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que, par suite, " il n'est pas établi qu'il était effectivement âgé de moins de dix-huit ans à la date à laquelle il a été placé à l'aide sociale à l'enfance ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a produit son acte de naissance n° W/A4498 aux termes duquel il est né le 13 août 2002, à Freetown (Sierra Leone), et est le fils de Mme B A et de M. D A. Les experts en fraude documentaire de la police aux frontières ont établi un rapport simplifié d'analyse le 5 décembre 2022 qualifiant l'acte de naissance de M. A de contrefaçon au motif que ce document présente " un fond d'impression et mentions pré-imprimées en mode jet d'encre en lieu et place du mode sécurisé offset " et une " numérotation de souche par procédé jet d'encre en lieu et place du mode typographique ". Toutefois, ni le mémoire en défense ni le rapport d'analyse en question n'indiquent quelle serait la source d'une telle obligation d'impression en offset ni si celle-ci serait effectivement respectée par les autorités sierra-léonaises. Dans ces conditions, le seul relevé d'anomalies tenant à ce que l'acte de naissance aurait été imprimé en jet d'encre et non en offset et que le numéro de souche aurait été imprimé en jet d'encre et non en mode typographique ne suffit pas, en l'absence de précisions complémentaires ou de toute autre anomalie affectant ce document, à tenir pour établie son inauthenticité, alors en outre que les autorités consulaires sierra-léonaises en Belgique ont certifié la validité de ce document en juin 2021. M. A doit, dès lors, être regardé comme établissant qu'il était âgé de moins de dix-huit ans à la date à laquelle il a été confié à l'aide sociale à l'enfance.

6. Par ailleurs, le préfet de la Loire-Atlantique ne conteste pas qu'à la date de l'arrêté attaqué, M. A satisfaisait aux autres conditions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En effet, il ressort des pièces du dossier que M. A justifie d'un parcours scolaire exemplaire, comme en attestent les différentes attestations de ses enseignants et de son tuteur de stage. Le rapport de la structure d'accueil fait état d'un jeune homme motivé qui se mobilise pour réussir sa formation et obtenir son diplôme et qui dispose de l'ensemble de ses attaches personnelles en France.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 22 février 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions, également contenues dans l'arrêté du 22 février 2023, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, et dès lors qu'il n'est pas contesté ainsi qu'il a été rappelé au point 6 du jugement, que M. A remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement demandé, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chaumette, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du 22 février 2023 par lesquelles le préfet de Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chaumette, avocat de M. A, la somme de mille deux cents euros (1 200 euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Chaumette et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

mc

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