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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305117

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305117

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantTAELMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023, M. C A et Mme E B épouse A, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur D A, représentés par Me Taelman, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions du 19 septembre 2022 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant à Mme B épouse A et à l'enfant D A la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire de délivrer les visas demandés dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou de réexaminer les demandes de visas dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard tant des documents produits que des éléments de possession d'état dont il est justifié, qui établissent le lien familial des demandeuses de visas avec le regroupant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- et les observations de Me Le Floch substituant Me Taelman, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B épouse A, ressortissante sénégalaise, née le 3 décembre 1978, et la jeune D A, née le 6 octobre 2008, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial auprès de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal), à la suite de l'autorisation de regroupement familial accordée le 6 mai 2021 par le préfet du Val-de-Marne à M. C A, de même nationalité et titulaire d'une carte de résident. Par des décisions du 19 septembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision du 15 février 2023, dont M. et Mme A demandent l'annulation la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2. Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré du caractère apocryphe des actes de mariage et de naissance présentés par Mme B en raison de l'absence de production des jugements d'autorisation d'inscription tardive sur la base desquels ces actes ont été établis, qui, par conséquent, ne permettent d'établir ni l'identité de Mme B ni le lien de parenté allégué de la jeune D A.

3. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales () ". Aux termes de l'article L. 434-2 de ce code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".

4. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

En ce qui concerne Mme B :

7. Pour établir son identité et le lien matrimonial l'unissant à M. A, Mme B épouse A a produit un jugement d'autorisation d'inscription de naissance n°45/2008 rendu le

27 mars 2008 par le tribunal départemental de Bignona, l'extrait du registre des actes de naissance n° 206, transcrit le 24 août 2008 suivant ce jugement supplétif, ainsi qu'une carte d'identité et un passeport sénégalais comportant les mêmes mentions d'identité. Par ailleurs, ces mentions sont corroborées par les autres documents figurant au dossier, notamment son acte de mariage, un jugement de naissance n° 2065 rendu le 2 mai 2019 par le tribunal d'instance hors classe de Dakar, la copie littérale d'acte de mariage n° 287, transcrit le 30 juillet 2019 suivant ce jugement supplétif mentionnant un mariage célébré le 23 octobre 2005. Dans ces conditions, et alors que le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui n'a pas produit de mémoire dans la présente instance, n'apporte pas d'éléments de nature à établir que les actes produits à l'appui de la demande de visa présentent un caractère apocryphe, ces jugements ainsi que les actes de naissance et de mariage produits par Mme B épouse A permettent de tenir pour établis l'identité de cette dernière ainsi que le lien matrimonial l'unissant à M. A. Dès lors, en estimant que ce lien n'était pas établi, la commission de recours a commis une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la jeune D A :

8. Pour justifier de l'identité de la jeune D A, née le 6 octobre 2008, et établir le lien de filiation l'unissant à M. A, ont été produits un extrait du registre des actes de naissance n° 1365, la copie de l'acte de naissance n° 1365, ainsi qu'une carte nationale d'identité et un passeport sénégalais, délivrés respectivement le 24 juin 2021 et le 8 juillet 2021. Ces documents indiquent que la jeune D est née le 6 octobre 2008 à Dakar, et qu'elle est la fille C A et E B. Ainsi, et en l'absence de mémoire en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer, ces documents permettent de tenir pour établis l'identité de la jeune D A ainsi que le lien de filiation qui l'unit à M. A. Dès lors, en estimant que ce lien n'était pas établi, la commission de recours a commis une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A et Mme B épouse A sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. B épouse A et à la jeune D A les visas d'entrée et de long séjour en France sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) à verser à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 février 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à

Mme B épouse A et à la jeune D A les visas demandés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, Mme E B épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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