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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305178

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305178

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 avril et 3 mai 2023, M. A B, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en ce que son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen, déclare être entré en France le 1er septembre 2017. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 11 mai 2018, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 20 octobre 2020. Par un arrêté du 12 avril 2023 pris sur le fondement des 1 et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an. C'est l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à Mme C, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement, et du contentieux, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur de la citoyenneté et de la légalité, et de la cheffe du bureau de l'asile, les décisions portant notamment obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur de la citoyenneté et de la légalité et la cheffe du bureau de l'asile n'auraient pas été absents ou empêchés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () " / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. En premier lieu, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait au vu desquelles elle a été prise, en précisant en particulier pourquoi la situation de M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, et qui se maintient irrégulièrement sur le territoire français, entre dans le champ d'application des dispositions précitées. Elle examine par ailleurs la situation personnelle et familiale du requérant, en relevant que si le requérant vit avec une ressortissante guinéenne en France, et est père de deux enfants, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où vivent son frère et son premier enfant. L'arrêté satisfait, par suite, aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par l'arrêté contesté, pris par une autorité d'un État membre, est inopérant. En revanche, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, interpellé le 9 avril 2023 pour une infraction au code de la route, a été auditionné le 12 avril 2023 par les services de police. Il a pu, lors de son audition, fournir toutes indications utiles sur sa situation administrative en France, ses conditions d'entrée sur le territoire français, sa vie privée et familiale, et ses conditions d'existence, ainsi qu'il ressort du procès-verbal dressé le 12 avril 2023. Il n'est ni établi, ni même allégué, que M. B n'aurait pas été mis à même de porter à la connaissance de l'autorité administrative d'autres éléments relatifs à sa situation avant que soit prise l'obligation de quitter le territoire français, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé de la possibilité d'être entendu et de présenter ses observations avant l'intervention de cette décision.

7. En troisième lieu, il résulte de ce qui été dit au point précédent que le préfet n'était pas tenu d'inviter M. B à se présenter en préfecture avant de lui notifier une mesure d'éloignement, que le requérant, contrairement à ce qu'il soutient, a été en mesure de contester. De même, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait sollicité, auprès de l'administration, la délivrance d'un titre de séjour à un autre titre que celui résultant de sa demande de protection internationale, le préfet n'était pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'examiner d'office si l'intéressé pouvait prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté en ses deux branches.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. B est entré sur le territoire français en 2017, sa durée de séjour s'explique notamment par son maintien irrégulier en France après le rejet de sa demande d'asile. Le requérant ne fait valoir aucun élément relatif à son intégration sociale et professionnelle, et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dès lors, et alors même que M. B vit en couple avec une ressortissante guinéenne autorisée à séjourner en France pendant la durée nécessaire à l'examen de sa demande d'asile, et est père de deux enfants, le préfet de la Sarthe n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

10. En cinquième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, décision qui n'a pas pour effet de renvoyer M. B dans son pays d'origine.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L.612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

12. La décision litigieuse vise les articles L.612-2 à L.612-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les motifs au vu desquels le préfet de la Sarthe a estimé qu'il existait un risque que M. B se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, et a décidé de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

13. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé, et doit donc être écarté. Il en va de même, pour le même motif, du moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur de droit.

14. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation après le rejet de sa demande d'asile, s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, et ne justifie pas de documents d'identité ou de voyage. Par suite, le préfet de la Sarthe a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

15. Les moyens tirés de ce que le refus d'accorder à M. B un délai de départ volontaire méconnaîtrait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ".

17. La décision attaquée vise les dispositions de l'article L.612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que la demande d'asile de M. B a été rejetée, et qu'il n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.

18. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé, et doit donc être écarté. Il en va de même, pour le même motif, du moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

19. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. Ainsi qu'il a été précédemment dit, la demande d'asile formée par M. B a été définitivement rejetée, le requérant n'ayant, par la suite, formulé aucune demande de réexamen de sa situation. Les éléments généraux dont il fait état concernant les menaces et mauvais traitements dont il a été victime de la part de sa famille, du fait de sa relation amoureuse avec sa cousine germaine, ne peuvent être regardés comme présentant un caractère nouveau de nature à établir que le requérant courrait, en cas de retour dans son pays d'origine, des risques de persécutions ou de mauvais traitements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

21. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'interdiction de retour sur le territoire français :

22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". En outre, l'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

23. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

24. La décision litigieuse vise l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que M. B séjourne en France depuis 2017, examine les attaches personnelles et familiales qu'il a nouées dans ce pays, fait état de ce que le requérant a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et indique qu'au vu de l'ensemble des circonstances, l'interdiction de retour d'une durée de douze mois ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Cette décision est ainsi, au regard des exigences rappelées au point précédent, suffisamment motivée en droit comme en fait.

25. Le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un vice de procédure n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé, et doit donc être écarté. Il en va de même, pour le même motif, du moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

26. Les moyens tirés de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français faite à M. B méconnaîtrait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 10.

27. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

28. L'exécution du présent jugement n'impliquant aucune mesure, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, Me Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La magistrate désignée,

V. D

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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