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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305186

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305186

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305186
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023, Mme C A, représentée par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le mois de la décision à rendre en vue de l'examen de sa demande de titre de séjour pour raisons de santé et humanitaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas régulièrement motivé ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;

- le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu ;

- une erreur manifeste a été commise dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;

- elle n'est pas admissible dans un autre pays que la Guinée ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président ;

- les observations de Me Neraudau, avocate de Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née en 1994, est, selon ses déclarations, entrée sur le territoire français le 22 août 2020. La demande d'asile qu'elle avait présentée le 15 septembre 2020 a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 novembre 2020 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 décembre 2021. Par l'arrêté attaqué du 30 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique le 30 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un arrêté de la nature de celui dont le requérant demande l'annulation, en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision de son auteur portant obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que cette décision est régulièrement motivée. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que Mme A est ressortissante guinéenne et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

4. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique, qui a fait application des lois et règlements sans statuer par application d'orientations générales ou de lignes directrices, a examiné la situation de Mme A, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation.

5. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une obligation de quitter le territoire français et fixe le pays de renvoi en cas d'éloignement d'office, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, lorsqu'il demande l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

6. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a présenté une demande d'asile, l'a fait en vue d'obtenir une protection à ce titre et ainsi d'être autorisée à demeurer en France, sans devoir ou être contrainte de quitter la France et, en particulier, de retourner dans le pays dont elle est la ressortissante. Elle ne pouvait ainsi ignorer, à la suite de l'intervention des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile rejetant cette demande, être susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, fixant la destination en cas d'éloignement d'office. Elle a également, à la suite du rejet de cette demande d'asile, demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire en se prévalant de son état de santé ou au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Cette demande a été rejetée par une décision du préfet de la Loire-Atlantique du 7 février 2023. Elle a, ainsi, été mise à même à plusieurs reprises de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur sa situation de séjour et les raisons qui seraient susceptibles que l'autorité compétente s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Elle n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la violation par l'arrêté attaqué du droit d'être entendu doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme A a été définitivement rejetée. Si elle fait état de ce qu'elle a présenté une demande de titre de séjour en se prévalant de son état de santé ou au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, une telle circonstance, qui ne confère pas en elle-même à son auteur le droit de se maintenir sur le territoire français, ne faisait pas obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter ce territoire. Même à admettre que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile feraient obstacle à ce qu'elle puisse faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, une telle circonstance ne l'autoriserait pas pour autant à demeurer sur ce territoire, l'article L. 425-9 de ce code ne prescrivant pas la délivrance de plein droit de la carte de séjour temporaire qu'il prévoit. Il en résulte que c'est par une exacte application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans méconnaître l'article L. 542-4 de ce code que le préfet de la Loire-Atlantique a pris l'arrêté attaqué.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Le séjour de Mme A en France, remontant au mois d'août 2020 selon ses déclarations, est récent et la durée de ce séjour jusqu'à la fin de l'année 2021 ne s'explique que par la présentation et l'examen de la demande d'asile qu'elle avait introduite. La requérante est mariée et son époux ne réside pas en France. Elle est la mère de deux enfants mineurs, nés en 2014 et 2016, qui résident en Guinée, où vit également sa mère. Elle ne justifie pas d'attaches personnelles particulières, notamment familiales, en France. Elle ne justifie pas ne pouvoir poursuivre sa vie privée et familiale ailleurs qu'en France, notamment dans le pays dont elle est la ressortissante. Si elle fait état de ce qu'elle maîtrise la langue française, cette dernière est la langue officielle de la République de Guinée. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme A en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels a été pris cet arrêté. Il en résulte que ce dernier ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

12. La requérante, qui séjourne en France depuis environ deux ans et demi à la date de l'arrêté attaqué, y réside habituellement au sens du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle présente un certificat médical d'un médecin psychiatre du centre hospitalier universitaires de Nantes du 18 avril 2023, à l'époque de l'arrêté attaqué, selon lequel elle est affectée de troubles sévères ayant un impact majeur sur son état de santé et qui, s'ils étaient interrompus, entraîneraient des conséquences d'une exceptionnelle gravité avec un risque d'agitation et un risque suicidaire majeur. Le traitement alors prescrit à l'intéressée associait, quotidiennement, la sertraline, l'olanzapine, la cyamémazine et la tropatépine chlorhydrate. Le même traitement était encore prescrit à l'intéressée le 24 juillet 2023, pour une durée d'un mois, ainsi que le 25 septembre 2023, pour une durée d'un mois, à renouveler une fois.

13. Le dossier ne permet pas suffisamment de déterminer si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni, en cas de réponse positive à cette question, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en République de Guinée, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il y a lieu, avant dire droit, de décider une mesure d'instruction. Pour cela, le préfet saisira le collège de médecins compétent du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues aux articles 9 à 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus. A cet effet, Mme A fera établir par un médecin praticien hospitalier ou le médecin qui la suit habituellement le certificat médical mentionné au deuxième alinéa de l'article 1er de l'arrêté du 27 décembre 2016, dont le modèle type figure à l'annexe A de cet arrêté. A ce certificat, elle joindra l'attestation d'un médecin psychiatre du 18 avril 2023, l'ordonnance de ce médecin du 24 juillet 2023, celle du 25 septembre 2023 et, le cas échéant, tous autres documents utiles à l'appréciation de son état de santé, tels que comptes rendus d'examens médicaux, certificats ou attestations émanant seulement d'un médecin ainsi qu'ordonnances prescrivant un traitement. Les simples convocations et confirmations de rendez-vous à des examens médicaux ne sont pas des documents utiles. Elle constituera le dossier constitué de ce certificat médical et de ces autres documents utiles dans un délai de trois semaines à compter de la notification de la présente décision et, sous enveloppe et dans un délai de quatre semaines à compter de cette notification, le remettra au tribunal sur support papier, et non au moyen de l'application Télérecours. Le tribunal transmettra le dossier ainsi remis au préfet de la Loire-Atlantique, qui, avec une copie de la présente décision, le transmettra pour avis de ce collège au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, collège qui rendra son avis, dans les conditions prévues aux articles 6 et 11 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et conformément au modèle figurant à l'annexe C de cet arrêté. Cet avis sera communiqué au tribunal par le préfet de la Loire-Atlantique, sur support papier et sous enveloppe et non au moyen de l'application Télérecours, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision. En cas de difficulté dans la mise en œuvre de cette mesure d'instruction, les parties en réfèreront au tribunal.

D E C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur la requête de Mme A, il sera avant dire droit procédé à la mesure d'instruction spécifiée au point 13 de la présente décision.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas statué par la présente décision sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Néraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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