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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305301

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305301

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CARADEUX CONSULTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 17 et 18 avril 2023, Mme C B, M. A D et Mme E D, représentés par Me Diversay, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° PC 085 191 21 Y0315 du 8 août 2022 par lequel le maire de la commune de la Roche-sur-Yon a accordé un permis de construire à la société Nexity Ir Programmes Atlantique en vue de la construction de 22 logements collectifs sur un terrain situé 109, boulevard d'Italie, correspondant aux parcelles cadastrées section BT n°101, n°169 et n° 235, ainsi celle des décisions du 17 novembre 2022 portant rejet de leurs recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de la Roche-sur-Yon la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont un intérêt pour agir dès lors qu'ils établissent tous être les propriétaires de parcelles implantées à proximité immédiate du terrain d'assiette du projet ; la circonstance qu'un bâtiment ait pu être implanté précédemment n'est pas de nature à les priver d'un intérêt à agir dès lors, qu'à ce jour, la parcelle est vide de toute construction et que leurs habitations donnent sur un espace libre de tout immeuble leur offrant une vue dégagée ; Mme B va subir une perte considérable d'ensoleillement alors qu'ils subiront tous des nuisances sonores, mais aussi des vibrations, liées au passage des véhicules devant venir se stationner sous le premier niveau du bâtiment collectif ; la propriété de M. et Mme D va subir toutes les ouvertures des pièces de vie : salon, séjours, et balcons et ce sur toute la longueur et sur tous les niveaux, en vues directes sur leur propriété ; la sécurité des usagers ne sera plus garantie dans le boulevard d'Italie au vu du trafic supplémentaire généré par la desserte de 24 places de stationnement, a minima ;

- les délais d'introduction du recours sont respectés dès lors que, par un courrier en date du 17 novembre 2022, la commune de la Roche-sur-Yon a indiqué que les recours gracieux de M. et Mme D, et F B faisaient l'objet d'une décision ; le délai de recours contentieux expirait a minima le 17 janvier 2023 ; ils ont notifié leurs recours gracieux à la société Nexity alors que la requête en annulation a été notifiée à la commune et au pétitionnaire ;

- la condition d'urgence est présumée ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

* il méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : le permis de construire litigieux n'a pas été délivré par le maire de la Roche-sur-Yon ; or la commune ne justifie pas d'une délégation de compétence et de signature par le maire, en bonne et due forme, régulièrement publiée et exécutoire, de sorte que l'autorité signataire était incompétente ;

* il méconnaît l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : la description de l'état initial du terrain est insuffisante ; en outre, la notice se borne à faire état d'aménagements des espaces extérieurs sans en préciser les tenants et aboutissants alors qu'il est impératif qu'elle soit plus développée quant au sort des plantations à créer aux droits des places de stationnement ;

* il méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : ni le plan de situation, ni le plan de masse ne comportent de report des points et des angles des prises de vue ; aucune autre pièce figurant dans le dossier ne vient compenser cette lacune ;

* il méconnaît les articles R. 431-21 et L. 451-1 du code de l'urbanisme ; il est établi que le projet nécessitera la démolition d'un petit bâtiment d'une surface de 40 m² environ situé dans l'angle Sud-Ouest du terrain d'assiette alors que la société pétitionnaire n'a jamais entendu en solliciter expressément la démolition ; alors que la toiture du bâtiment à démolir est constituée de fibro, comprenant de l'amiante, le dossier ne comporte aucune information sur cette pollution et sur les modalités envisagées quant à la dépollution qui devra nécessairement être entreprise ;

* il méconnaît l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme : en premier lieu, dans le cadre réservé aux caractéristiques du projet, il est indiqué que la demande de permis de construire de la société Nexity a été déposée en mairie le 17 novembre 2021 et complétée le 24 décembre 2022 alors que le permis de construire a été délivré le 8 août 2022 ; dans les visas de l'arrêté n° 22-1574 portant permis de construire, il est mentionné que des pièces modifiées ont été déposées une première fois par la société pétitionnaire le 19 avril 2022, ce qui aurait nécessité un nouveau démarrage du délai d'instruction, puis une seconde fois le 6 juillet 2022 cependant que ces 2 dates ne sont pas précisées dans le cadre réservé aux caractéristiques fondamentales du projet ; en deuxième lieu, les visas font référence au plan local d'urbanisme approuvé, sans en mentionner la date d'approbation alors que cette information était essentielle, dès lors que, à la date de délivrance du permis de construire, le PLU était en cours de révision et son approbation était toute proche, puisqu'elle est intervenue uniquement 9 jours après, soit le 17 août 2022 ; à la date de délivrance du permis litigieux, c'était le PLU en sa version approuvée le 21 mai 2019 qui était opposable au projet. En troisième et dernier lieu, la justification et le sens des avis ne sont pas tous indiqués ; ces indications comportent même des contrariétés entre les avis cités et les pièces annexées audit arrêté de permis de construire ;

* il méconnaît les articles L. 632-1 et suivants du code du patrimoine dès lors que la commune a sollicité l'avis de l'ABF, mais uniquement en ce qui concerne le périmètre de protection autour du bâtiment " Renaissance ". En revanche, dès lors qu'une partie du terrain d'assiette du projet (parcelles cadastrées Section BT n° 101 et n° 169) se situe dans le périmètre de l'AVAP valant SPR, l'ABF devait aussi être consulté à ce titre ;

* il méconnaît l'article UB3 du PLU dès lors que le projet est accessible depuis le boulevard d'Italie ou, plus exactement, depuis une contre-allée qui borde la route départementale n° 760A et dont l'entrée et la sortie donnent en un même point, très précisément, en face de l'accès au futur projet ; cet accès est dangereux puisqu'il se situe précisément en face d'un accès véhicules d'ores et déjà existant, accès donnant sur une route départementale très fréquentée, alors que juste avant l'entrée du terrain d'assiette ; l'arrivée de 22 logements pour 24 places de stationnement uniquement ne satisfait ainsi pas aux exigences de sécurité ;

* il méconnaît l'article UB4 du PLU : en premier lieu, si un transformateur est prévu, il ne sera pas intégré à la construction ; il ne résulte nullement de la pièce " PC 34 - Notice Architecturale " qu'un traitement paysager particulier lui soit réservé en ce sens, aucune mention n'ayant été faite à ce sujet dans ladite notice ; en second lieu, si le plan du rez-de-chaussée identifie un local " OM ", ordures ménagères, à l'opposé de la voie d'accès, en partie Est du projet, en face du transformateur, il est à relever que le local de stockage des bacs de tri sélectif fait défaut alors que la collecte des déchets ne peut être assurée au pied de l'immeuble, et encore moins au niveau du local de stockage ;

* il méconnaît l'article UB7 du PLU : la société Nexity ne matérialise aucunement sur son plan de masse PC2 la bande d'alignement de 18 mètres à partir du boulevard d'Italie ; les retraits sont, tout au plus de 3,42 mètres (BT n° 99) et de 3,24 mètres (BT n° 392) ce qui est insuffisant pour satisfaire aux obligations de l'article précité ;

* il méconnaît l'article UB11 du PLU : le voisinage immédiat est constitué principalement de maisons individuelles de plain-pied ou en R+1, et non de collectifs ; la création d'un long bâtiment de près de 60 mètres de long va rompre avec l'harmonie pavillonnaire de cet ilot dans lequel s'insère le projet ; alors que les façades alentours sont majoritairement de couleur crème, le projet prévoit du blanc ; le transformateur qui sera implanté au fond de l'allée d'accès ne bénéficie d'aucune insertion paysagère ;

* il méconnaît l'article UB12 du PLU : si un local " vélos " est identifié au rez-de-chaussée du bâtiment, sa localisation en fond de parcelle, à l'opposé de la voie publique, et à proximité immédiate d'un emplacement de stationnement rend son accès particulièrement difficile ;

* il méconnaît l'article UB13 du PLU : il ne résulte ni de la notice paysagère (PC4) ni du plan de masse (PC2) que les espaces de stationnement vont être végétalisés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, la commune de la Roche-sur-Yon, représentée par Me Caradeux, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* sur la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : elle justifie d'une délégation de compétence et de signature par le maire ;

* sur la méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : les requérants se bornent à se prévaloir d'une insuffisance de la notice, sans indiquer en quoi une telle omission aurait été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet à la réglementation. A titre superfétatoire, il sera relevé que l'argument des requérants manque en fait. La présentation suffit à présenter le terrain d'assiette. Elle est, au demeurant, complétée par les pièces PC 7, PC 8 et PC 27. Les requérants reprochent à la notice de ne pas définir avec suffisamment de précision le périmètre de protection auquel elle fait référence. Or l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme n'exige aucunement ce type d'information. Cet article tend à favoriser la qualité de l'architecture et de l'urbanisme en obligeant tout pétitionnaire à soigner la présentation de son projet et son insertion paysagère sous forme d'une notice devant expliquer notamment en quoi le projet est amené à changer l'état initial des lieux. La description faite de l'état initial du terrain d'assiette vient donc précisément s'inscrire dans cette démarche. Elle n'a, en revanche, pas pour objet de rappeler et présenter l'ensemble des règles, servitudes ou périmètres affectant le terrain d'assiette. La société pétitionnaire n'avait donc nullement l'obligation de préciser, dans son dossier de demande de permis de construire, si le terrain d'assiette du projet était situé aux abords d'un monument historique ou au sein de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) valant site patrimonial remarquable (SPR) ;

* sur la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : le dossier de demande de permis de construire comprend des photographies du terrain d'assiette du projet dans son environnement proche et lointain. S'il est exact que les points et angles des prises de vue de ces photographies ne sont pas précisés, il n'en demeure pas moins que la lecture de l'ensemble des pièces du dossier permet de déterminer les endroits à partir desquels ces documents photographiques ont été pris et ont permis au service instructeur de situer le terrain dans son environnement proche et lointain ;

* sur la méconnaissance des articles R. 431-21 et L. 451-1 du code de l'urbanisme : il est manifeste que la société pétitionnaire a clairement exprimé son intention d'être autorisée à démolir le bâtiment situé sur le terrain d'assiette. Cela ressort clairement du formulaire Cerfa. En droit, les requérants ne font référence à aucune disposition qui imposerait que les dossiers sollicitant une autorisation de démolir fassent état de la pollution du terrain et des mesures prévues pour le dépolluer ;

* sur la méconnaissance de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme : il est rappelé de façon constante par la jurisprudence que les visas ne constituent pas une formalité substantielle de l'acte administratif. De surcroit, les omissions alléguées n'ont eu aucune incidence sur le sens et le contenu du permis de construire, ni n'ont restreint les garanties dont bénéficient les requérants ;

* sur la méconnaissance des articles L. 632-1 et suivants du code du patrimoine. En droit, il n'appartient pas au maire d'indiquer à l'ABF à quel titre il le saisit. D'ailleurs, rien dans le dossier ne permet d'affirmer que le maire aurait restreint la demande d'avis aux seul monuments historiques. C'est donc à l'ABF, au demeurant le mieux placé pour ce faire, qu'il incombe d'identifier les différentes protections patrimoniales applicables au projet afin de rendre un avis à son sujet. En l'espèce, l'ABF ne s'est expressément prononcé qu'au titre des monuments historiques. Pour autant, il peut parfaitement s'être prononcé expressément concernant la législation relative aux monuments historiques et avoir rendu un avis tacite concernant la législation relative aux SPR. En outre, l'accord préalable de l'ABF est requis pour les travaux modifiant l'aspect extérieur des immeubles, bâtis ou non, situés dans le périmètre du SPR.

En l'espèce, il résulte du document graphique que seule la bande d'accès à la construction

projetée se situe au sein du périmètre du SPR. Or aucune construction, ni aucun aménagement ne sont prévus dans cette partie du SPR. Les travaux autorisés par le permis de construire du 8 août 2022 n'ont donc pas pour objet de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble situé dans le périmètre du SPR. Dès lors, l'ABF n'était pas tenu de se prononcer au regard de la situation du projet au sein du périmètre du SPR ;

* sur la méconnaissance de l'article UB3 du PLU : le projet porte sur la construction d'un immeuble composé de 22 logements et prévoit la réalisation de 24 places de stationnement.

Le projet est accessible par une voie de 7,65 mètres de large dont le trafic sera limité aux

occupants de l'immeuble litigieux. Cette voie donne sur une contre-allée, dont la circulation apaisée (en sens unique) confère des conditions de sécurité optimale. L'accès au boulevard d'Italie (RD 760A), qui supporte un trafic plus dense, n'est donc pas direct. Les automobilistes peuvent choisir d'emprunter la contre-allée, ou de s'insérer directement sur la voie principale du boulevard d'Italie via un cédez-le-passage. La réalisation du projet n'impactera pas les conditions de circulation des piétons qui continueront à disposer de larges trottoirs le long de la contre-allée ;

* sur la méconnaissance de l'article UB4 du PLU : le transformateur sera situé en fond de parcelle. Le projet fait apparaitre un local réservé au stockage des ordures ménagères ;

* sur la méconnaissance de l'article UB7 du PLU : il est exact que cet article ne précise pas qu'il faille prendre la mesure du bâtiment " en tout point ". Mais il a précisément été jugé que " Lorsque l'implantation des bâtiments par rapport aux limites séparatives est régie par rapport à la hauteur des bâtiments, cette hauteur est mesurée à l'égout du toit, en l'absence de dispositions contraires figurant au plan d'occupation des sols " (CE, 14 avril 1995, S.C.I. " Les terrasses de la mer ", n° 129479). En l'espèce, la façade du bâtiment projeté la plus proche de la limite séparative avec la parcelle BT n°99 présente une hauteur de 6,14 mètres à l'égout du toit. Le retrait minimum qui s'impose est donc de 3,07 mètres. Or, le retrait est de 3,42 mètres. Le calcul est identique pour la façade du bâtiment projeté la plus proche de la limite séparative avec la parcelle BT n°392. En effet, cette façade présente une hauteur de 6,03 mètres à l'égout du toit. Le retrait minimum qui s'impose est donc de 3,02 mètres. Or, le retrait le plus proche est de 3,24 mètres ;

* sur la méconnaissance de l'article UB11 du PLU : il n'y a assurément pas d'atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Les lieux avoisinants n'ont en effet aucun caractère particulier ni ne présentent un quelconque intérêt. Le projet ne s'inscrit pas dans un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel, ni dans un site présentant un attrait esthétique, une valeur historique ou culturelle ou représentatif d'un paysage naturel ou urbain. Dans les faits, et contrairement aux dires des requérants, l'environnement est loin d'être

constitué uniquement de maisons individuelles. Les parcelles jouxtant le projet sur sa partie Est supportent en effet nombre de hangars et entrepôts. Il ne ressort ainsi aucune homogénéité. Les couleurs et les matériaux utilisées varient sans que ne se dégage d'harmonie particulière. La hauteur des bâtiments oscille entre le R+1 et le R+2. La couleur des toitures n'est pas uniforme.

* sur la méconnaissance de l'article UB12 du PLU : le local vélos sera d'accès facile ;

* sur la méconnaissance de l'article UB13 du PLU : la configuration même des lieux empêche toute plantation ou création d'espace vert à l'endroit des places de stationnement. Il n'y a aucun délaissé de stationnement. Par suite, il ne pouvait être prévu aucune plantation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, la société Nexity Ir programmes Atlantique, représentée par Me Leraisnable, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

A titre principal, que la requête est irrecevable :

- les requérants ne justifient pas de leur qualité de propriétaires voisins du projet à la date

du dépôt de la demande de permis de construire et de son affichage en mairie,

- aucun des requérants ne présente d'intérêt à agir contre le permis. L'intérêt à agir des requérants doit nécessairement s'apprécier en considération de l'état existant du terrain avant la démolition de ce bâtiment et ce d'autant plus que cette opération de démolition a justement été réalisée pour permettre la réalisation d'un ensemble immobilier. Actuellement, les fonds de parcelles des requérants donnent sur le terrain d'assiette du projet, puis sur les bâtiments industriels voisins. Compte-tenu de cet environnement et des constructions qui y sont autorisées, le projet n'affectera pas les conditions d'utilisation, d'occupation et de jouissance du bien des requérants ; par ailleurs, les ouvertures créées au droit de la façade Sud ne sont pas orientées en direction du bien de M. et Mme D. L'intérêt à agir F B apparait tout aussi contestable. Elle ne subira pas d'impact. Elle ne sera pas davantage affectée par une perte d'ensoleillement. Enfin, si les requérants affirment que le projet entraînerait une perte de valeur vénale de leurs biens, cette affirmation n'est étayée par aucune preuve ;

- les recours gracieux n'ont pas permis de proroger le délai de recours contentieux à l'encontre du permis de construire ;

A titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

- sur la prétendue insuffisance du dossier de demande de permis de construire. Aucune des branches de ce moyen n'est fondée. On ne peut pas légalement exiger du pétitionnaire des pièces et informations qui ne seraient pas expressément listées aux articles R.431-7 et suivants du code de l'urbanisme. Le service instructeur a pu apprécier sans difficultés l'état initial du terrain. Les conditions d'insertion du bâtiment projeté dans son environnement ressortent également d'une lecture cumulée des pièces du dossier de demande de permis de construire ;

- sur la prétendue absence de permis de démolir ; lorsqu'un projet est soumis à permis de démolir, le dossier de demande de permis de construire peut également porter sur une démolition lorsque le dossier mentionne expressément que le projet comporte également des travaux de démolition. Aucune disposition du code de l'urbanisme n'impose de justifier des modalités de gestion des matériaux issus de la démolition des constructions. Au demeurant, il n'est aucunement démontré la présente de matériaux composés d'amiante ;

- sur les prétendues erreurs et omissions dans les visas de l'arrêté de permis de

construire ; la circonstance que, par une erreur matérielle, il ait été fait mention du 24

décembre 2022 eu lieu et place du 24 décembre 2021 est sans influence sur la légalité de la décision

contestée. Ensuite, ces dispositions n'imposent pas davantage de préciser les dates des dernières délibérations du conseil municipal approuvant les procédures d'évolution du Plan Local

d'Urbanisme. Enfin, il est de jurisprudence constante que le moyen fondé sur le non-respect des

dispositions de l'article A.424-1 du code de l'urbanisme est sans influence sur la légalité du

permis de construire. Au cas présent, la circonstance que l'arrêté de permis de construire ne précise pas le sens de l'ensemble des avis sollicités au cours de l'instruction est donc sans influence sur sa légalité ;

- sur la prétendue méconnaissance de l'article L.632-1 du code du patrimoine : l'accord préalable de l'ABF est requis dès lors que les travaux projetés ont pour effet de modifier l'aspect extérieur des immeubles bâtis ou non situés dans le périmètre du SPR et/ou dans le périmètre des abords d'un monument historique. A défaut de réponse de l'ABF, celui-ci est réputé avoir donné son accord ;

- sur la prétendue méconnaissance de l'article UB 3 du PLU ; le projet n'est pas, de par sa faible ampleur, de nature à modifier les conditions de circulation du quartier ;

- sur la prétendue méconnaissance de l'article UB 4 du règlement du PLU ; en l'espèce, il est prévu la réalisation d'un transformateur électrique en fond de parcelle. Cet équipement, eu égard à son positionnement, ne sera pas visible depuis la voie publique. Sa façade Ouest sera, pour partie masquée par un écran végétal constitué d'une haie de bambou. Un espace enherbé ainsi qu'un arbre de haute tige sont prévus au droit de sa façade Est. Il n'est dès lors pas contestable qu'il fera l'objet d'un traitement paysager. Contrairement à ce que prétendent les requérants, la société pétitionnaire n'était aucunement tenue de prévoir un espace de stockage collectif de conteneurs destinés au tri sélectif dans la mesure où l'enlèvement peut s'effectuer au droit de chaque propriété. Au demeurant, la surface de l'espace de stockage est suffisante pour accueillir des conteneurs destinés au tri sélectif ;

- sur la prétendue méconnaissance de l'article UB 7 du règlement du PLU ; contrairement à ce que prétendent les requérants, ces dispositions n'imposent pas de prendre " la hauteur moyenne du bâtiment " pour mesurer le retrait minimum imposé ;

- sur la prétendue méconnaissance de l'article UB 11 du règlement du PLU ; l'architecture du projet et son traitement paysager ont été conçus afin d'assurer une intégration adaptée de la future construction dans son environnement ;

- sur la prétendue méconnaissance de l'article UB 12 du règlement du PLU ; les dispositions du PLU n'imposent pas de prévoir un espace en limite de voie publique, ni d'affecter une partie des emplacements à des vélos-cargos ;

- sur la prétendue méconnaissance de l'article UB 13 du règlement du PLU ; ces dispositions n'imposent pas de prévoir des plantations au droit des places de stationnement.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 17 janvier 2023 sous le numéro 2300813 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mai 2023 à 11 heures :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de Me Gallot, substituant Me Diversay, avocate des requérants, qui conteste le défaut d'intérêt à agir opposé en défense par la société Nexity et insiste particulièrement sur certains moyens : l'architecte des bâtiments de France devait être consulté au titre du SPR ; au titre de la méconnaissance de l'article UB3 du PLU, elle met en avant le fait que les 22 nouveaux logements verront a minima 22 nouveaux véhicules emprunter l'accès du terrain d'assiette, ce qui constitue un véritable danger ; sur la méconnaissance de l'article UB4 du PLU, le transformateur - en surplomb - ne sera pas intégré à la construction et le local à ordures apparait comme trop exiguë et peu accessible depuis la voie publique ; sur la méconnaissance de l'article UB7 du PLU, la bande d'alignement de 18 mètres à partir du boulevard d'Italie n'est pas matérialisée ; sur la méconnaissance de l'article UB11 du PLU, le projet à majorité de couleur blanche ne s'intègre aucunement dans l'ilot majoritairement de couleur beige avec empierrements ; sur la méconnaissance de l'article UB12 du PLU, le local " vélos " est d'un accès particulièrement difficile ; sur la méconnaissance de l'article UB13 du PLU, les espaces de plantation sont insuffisants.

- et les observations de Me Barthélémy, substituant Me Caradeux, avocat de la commune de la Roche-sur-Yon. Il fait valoir que l'ABF a en opportunité choisi de ne se prononcer qu'au titre des monuments historiques ; il doit être regardé comme ayant rendu un avis tacite concernant la législation relative aux SPR, s'agissant d'une simple voie d'accès ; sur la méconnaissance de l'article UB3 du PLU, un " cédez le passage " viendra garantir la sécurité des lieux ; sur la méconnaissance de l'article UB4 du PLU, le transformateur, situé en fond de parcelle, ne sera pas visible depuis la voie publique et sera masqué pour les riverains par une haie de bambous, végétaux à croissance rapide ; sur la méconnaissance de l'article UB12 du PLU, le local vélos sera d'accès facile ; sur la méconnaissance de l'article UB7 du PLU, il convient de s'aligner sur la jurisprudence du Conseil d'Etat ; en l'espèce, le retrait minimum est parfaitement respecté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, M. A D et Mme E D demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le maire de la commune de la Roche-sur-Yon a accordé un permis de construire à la société Nexity Ir Programmes Atlantique en vue de la construction de 22 logements collectifs sur un terrain situé 109, boulevard d'Italie, ainsi que celle des décisions du 17 novembre 2022 portant rejet de leurs recours gracieux.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par les requérants, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige et des décisions du 17 novembre 2022 portant rejet des recours gracieux des intéressés.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées par la société Nexity Ir programmes Atlantique et, en tout état de cause, sur la condition d'urgence, que les conclusions à fin de suspension présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Roche-sur-Yon, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

6. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que demandent la commune de La Roche-sur-Yon et la société Nexity Ir programmes Atlantique au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête F C B, de M. A D et F E D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de la commune de la Roche-sur-Yon au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société Nexity Ir programmes Atlantique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C B, à M. A et à Mme E D, à la commune de la Roche-sur-Yon et à la société Nexity Ir programmes Atlantique.

Fait à Nantes, le 11 mai 2023

Le juge des référés,

L. Bouchardon

La greffière,

M-C. MinardLa République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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