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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305376

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305376

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 avril 2023, M. A F, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou subsidiairement, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme G pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant turc, déclare être entré en France le 25 janvier 2014. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 octobre 2014, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 7 avril 2015. La demande de réexamen présentée par M. F a été rejetée comme irrecevable par l'OFRPA par décision du 9 novembre 2022, confirmée par la CNDA le 7 mars 2023. Par un arrêté du 31 mars 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'issue de ce délai. C'est l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté a été signé par Mme C B, attachée du ministère de l'intérieur, cheffe du bureau de l'asile et de l'intégration à la préfecture de Loire-Atlantique. Par arrêté du 5 septembre 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. D, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de délivrance d'attestation de demande d'asile, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E et M. D n'étaient ni absents ni empêchés. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () " 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".

4. Il ressort de la motivation de la décision attaquée, qui précise en quoi la situation de M. F, dont la demande d'asile a été rejetée, entre dans le champ d'application des dispositions précitées permettant au préfet de prendre à son égard une décision d'obligation de quitter le territoire français, évoque la situation personnelle et familiale du requérant, et mentionne la date à laquelle il est entré sur le territoire français, que le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen complet de la situation du requérant. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. F est entré en France en 2014, sa durée de séjour s'explique principalement par son maintien irrégulier sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile en 2015. Le requérant, qui est célibataire et sans enfant, ne fait état d'aucune attache personnelle ou familiale précise en France, ni d'éléments permettant d'établir une intégration sociale et professionnelle. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Dès lors, le requérant n'établit pas qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui a été précédemment dit aux points 2, 4 et 6 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, soulevé par voie d'exception, doit être écarté.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision litigieuse, le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. F, le préfet ayant relevé que sa demande d'asile avait été rejetée et que le requérant n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Ainsi qu'il a été précédemment dit, la demande d'asile formée par M. F, et sa demande de réexamen ont été définitivement rejetées. Le requérant ne fait valoir, dans la présente instance, aucun élément nouveau de nature à établir qu'il courrait, en cas de retour dans son pays d'origine, des risques de persécutions ou de mauvais traitements. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement n'impliquant aucune mesure, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. F.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, la somme que M. F demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, Me Leroy et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

La magistrate désignée,

V. G

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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