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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305467

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305467

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023 sous le n° 2305467, M. C B, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le mois de la décision à rendre en vue de l'examen de sa demande de titre de séjour pour raisons de santé et humanitaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023 sous le n° 2305469, Mme D A, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office et lui a prescrit de se présenter au commissariat de police d'Angers, munie de son document d'identité, tous les lundis, mercredis et vendredis à 10 h ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le mois de la décision à rendre en vue de l'examen de sa demande de titre de séjour pour raisons de santé et humanitaire ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont méconnus ;

- l'obligation de présentation au commissariat de police d'Angers est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une pièce, enregistrée le 6 octobre 2023, a été produite par Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant de la République de Guinée né en 1996, et Mme D A, ressortissante de la République de Guinée née en 1998, concubine de M. B, sont, selon leurs déclarations, entrés sur le territoire français le 14 décembre 2021. Les demandes d'asile qu'ils avaient présentées ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 août 2022 et des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 3 mars 2023. Par les arrêtés attaqués du 30 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'éloignement d'office et a prescrit à Mme A de se présenter au commissariat de police d'Angers, munie de son document d'identité, tous les lundis, mercredis et vendredis à 10 h. Il y a lieu de joindre les requêtes de M. B et de Mme A pour statuer par une seule décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de M. B nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne faisaient pas obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

4. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. Il ne ressort pas du dossier que la vie ou la liberté de M. B seraient menacées en République de Guinée ou qu'il risquerait d'être soumis dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir qu'en comptant ce pays au nombre des destinations possibles en cas de reconduite d'office le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations et dispositions rappelées au point 4.

6. Il ne ressort pas du dossier que la vie ou la liberté de Mme A seraient menacées en République de Guinée et ou qu'elle risquerait d'être soumise dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte qu'elle n'est pas fondée à soutenir qu'en comptant ce pays au nombre des destinations possibles en cas de reconduite d'office le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations et dispositions rappelées au point 4.

7. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ".

8. Si la requérante soutient que le préfet de Maine-et-Loire a commis une illégalité en lui prescrivant de se présenter au commissariat de police d'Angers trois fois par semaine au motif qu'elle est enceinte, elle n'apporte, toutefois, aucune justification de l'état de grossesse ainsi allégué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Les conclusions à fin d'injonction qu'ils présentent ne peuvent, par suite, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

N°S 2305467, 2305469

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