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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305476

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305476

samedi 29 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 avril et 3 mai 2023, M. A B, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- en considérant qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir attribuer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour implique celle de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français implique celle de la décision fixant le pays de renvoi.

Un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, a été présenté par le préfet de Maine-et-Loire et n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant albanais né le 21 octobre 1992, déclare être entré irrégulièrement en France en août 2013. Le 3 octobre 2013, il a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 21 août 2014. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 13 mars 2015. Le préfet de Maine-et-Loire a alors édicté à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, le 18 juin 2015, qui n'a pas été exécuté. L'OFPRA a rejeté ses demandes de réexamen de demande d'asile, par décisions respectives du 30 septembre 2015 et du 6 juin 2016. Le 8 juin 2016, M. B a demandé la délivrance d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé. Par un arrêté du 7 juin 2017, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Ce jugement a toutefois été annulé par le tribunal et M. B a été mis en possession d'une autorisation provisoire de séjour et d'un titre de séjour pour raisons médicales, valables du 8 janvier 2018 au 22 mars 2019. Il a ensuite demandé un changement de statut et la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Par un arrêté du 9 mai 2019, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande. M. B a contesté la légalité de cet arrêté devant ce tribunal mais sa requête a été rejetée par un jugement du 29 septembre 2022. Avant le prononcé de ce jugement, en juin 2022, M. B avait réitéré sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été rejetée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 23 mars 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désignant l'Albanie comme pays de destination. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. M. B se prévaut de sa durée de résidence sur le territoire français, de neuf ans et sept mois à la date de la décision attaquée, de sa relation de concubinage avec une ressortissante française et de la présence de ses parents en France en situation régulière. Il fait également valoir qu'il s'est inséré professionnellement dès qu'il a été autorisé à travailler. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, atteint de troubles psychiques, n'a séjourné régulièrement sur le territoire français que du 8 janvier 2018 au 22 mars 2019 afin de se soigner. S'il entretient une relation amoureuse avec une ressortissante française dont il a fait connaissance en 2016, leur vie commune n'a commencé qu'en septembre 2020, soit deux ans et demi seulement avant la décision attaquée. Si l'intéressé avait auparavant été accueilli au sein de la communauté Emmaüs d'Angers où il avait travaillé en tant que chauffeur, avait également occupé un emploi d'opérateur polyvalent au sein de l'entreprise d'insertion Envie entre les mois de juillet 2018 et janvier 2019, a acquis une bonne maitrise de la langue française et s'est engagé dans une activité bénévole depuis le mois de février 2023 au sein de l'association La Ruche de Belle-Beille, il ne justifie ce faisant d'aucune insertion professionnelle stable et durable. Condamné une première fois, par un jugement du tribunal correctionnel d'Angers du 12 janvier 2016, à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis, il a également fait l'objet d'un rappel à la loi pour des faits délictueux commis le 8 août 2019. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Dans ces conditions, si le requérant a fait preuve de dévouement auprès de son père après que celui-ci a été amputé d'une jambe en décembre 2019, s'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales sur le territoire français, à savoir ses parents, hébergés par la communauté Emmaüs et admis au séjour pour raison de santé, et une tante, titulaire d'une carte de résident, ces éléments ne suffisent pas à établir qu'à la date de la décision attaquée, M. B, célibataire sans enfant, justifiait en France de liens et d'une insertion sociale d'une ancienneté, d'une stabilité et d'une intensité telles que le préfet de Maine-et-Loire ne puisse, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour, opposée à M. B, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette dernière décision pour demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

5. En second lieu, pour les raisons exposées au point 3, le moyen tiré par M. B de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

6. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, opposées à M. B, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces dernières décisions pour demander l'annulation de la décision désignant l'Albanie comme pays de destination.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 23 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. B entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

9. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée par M. B au profit de son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. Xavier Catroux, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

N°

ah

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