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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305551

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305551

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 avril et 16 mai 2023 et le 29 janvier 2024, Mme A B, représentée par Me Le Verger, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 avril 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 2 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bruxelles (Belgique) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- le motif tiré de ce que sa présence en France rend sa demande de visa sans objet n'est pas fondé ;

- son projet d'études est cohérent, étant en adéquation avec la formation qu'elle a suivie au Cameroun ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- l'instruction interministérielle du 4 juillet 2019 relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante camerounaise, née le 20 mai 1997, titulaire d'un titre de séjour belge valable jusqu'au 30 octobre 2022, a sollicité un visa de long séjour en qualité d'étudiante, de l'autorité consulaire française à Bruxelles (Belgique) laquelle, par une décision du 2 novembre 2022, a rejeté sa demande. Par une décision du 6 avril 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours qu'elle a formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée : " Le président de la commission [de recours] est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : / 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; / 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; / 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; / 4° Un représentant du ministre de l'intérieur ". L'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2019 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prévoit que cette commission " délibère valablement lorsque le président et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, lors de la séance du 6 avril 2023 au cours de laquelle elle a examiné la demande de visa de Mme B, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie en présence de son président suppléant, d'un membre de la juridiction administrative et d'un représentant du ministère chargé de l'immigration. Par suite, le quorum étant atteint, le moyen tiré de ce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'était pas régulièrement composée doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, le point 2.1 de l'instruction interministérielle du 4 juillet 2019, relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France. ". Cette même instruction, en son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire ", indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.

5. Pour refuser de délivrer à Mme B le visa sollicité, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que sa présence en France depuis le 20 septembre 2022, antérieurement à sa demande de visa rendait cette demande sans objet, et de ce que son projet d'études n'était pas cohérent avec son cursus.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, Mme B résidait habituellement sur le territoire français depuis septembre 2022, afin de suivre une formation dans le cadre d'un " BTS productions animales ", au sein de l'école du Nivot, située à Lopérec (Finistère). Dès lors que la requérante a fait le choix d'établir sa résidence habituelle en France en cours de procédure, sa situation ne relevait plus du champ de l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, mais de celui fixé par les dispositions de l'article L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour pour motif d'études, lesquels peuvent être délivrés aux étudiants ne justifiant pas d'un visa de long séjour à ce titre en vertu de l'article L 412-3 du même code. Dans ces conditions, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a pu, à bon droit, lui opposer le premier motif rappelé au point précédent tiré de ce que sa demande de visa était sans objet.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a obtenu, en 2020, au Cameroun, une licence et un master 1, mention agronomie, option productions animales. Par suite, la formation en vue de l'obtention d'un " BTS production animale " à laquelle elle est inscrite constitue une répétition du cursus qu'elle a suivi au Cameroun, ainsi qu'une absence de progression dans son projet d'études. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en lui opposant le second motif rappelé au point 5 tiré de ce que son projet n'était pas cohérent avec ses études.

8. En dernier lieu, eu égard à la nature de la décision contestée, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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