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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305581

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305581

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305581
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantIDOURAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 avril 2023, 12 mai 2023 et 22 janvier 2024, M. B F I et Mme L, agissant en leur nom et en qualité de représentants légaux des enfants C F I et M F G, M. F K, Mme F O et Mme F N, représentés par Me Idourah, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 8 septembre 2022 de l'autorité consulaire française à J (République démocratique du Congo) refusant à Mme L, aux enfants C F I et M F G, à M. F K, à Mme F O et à Mme F N la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France en qualité de membres de famille de réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de 15 jours sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer les demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle procède d'une erreur de fait, en ce que l'intention frauduleuse n'est pas établie ;

- cette même décision méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et procède d'une erreur d'appréciation en ce que le réunifiant justifie du lien matrimonial ou de filiation avec les demandeurs de visas tant auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides que par les éléments de possession d'état ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés, et doit être regardé comme sollicitant implicitement la substitution des motifs tirés de ce que, d'une part, le réunifiant n'établit pas avoir eu une relation suffisamment stable et continue avec Mme L à la date de sa demande d'asile et, d'autre part, le réunifiant représente un risque de trouble à l'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- et les observations de Me Idourah, avocat des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F I, ressortissant congolais, né le 19 mars 1977, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 mai 2016. Mme L, née le 3 juillet 1980, qu'il présente comme sa concubine, H F O, né le 27 mars 2002, D F N, née le 15 mars 2003, A F K, né le 11 février 2005 et les jeunes C F I, né le 2 février 2007 et M F G, née le 9 août 2008, qu'il présente comme ses enfants, ont déposé des demandes de visas d'entrée et de long séjour en France, auprès de l'autorité consulaire française à J (république démocratique du Congo), en qualité de membres de famille d'un réfugié. Par une décision du 8 septembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision du 8 février 2023, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, pour rejeter le recours dirigé contre la décision consulaire refusant la délivrance des visas d'entrée et de long séjour en France, la commission de recours s'est fondée, s'agissant de la demande de visa de M. H F O, sur le motif tiré de l'intéressé, âgé de plus de 19 ans à la date du dépôt de sa demande de visa, n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale en qualité de membre de famille de réfugié. Elle s'est par ailleurs fondée, concernant les autres demandeurs de visas, sur les motifs tirés de ce que, d'une part, leur identité et leur lien de filiation avec le réunifiant ne sont pas établis, dès lors que la production successive d'actes de naissance différents pour chacun d'entre eux prive ces documents de caractère authentique et qu'ils ne justifient d'aucun élément de possession d'état permettant d'établir leur lien avec leur père allégué depuis qu'il s'est vu reconnaître le statut de réfugié en 2015, et d'autre part, le caractère inauthentique des documents produits révèle une intention frauduleuse Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de fait qui servent de fondement à la décision attaquée, satisfait aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être aécarté.

3. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L. 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". Il résulte également des dispositions de l'article L. 561-5 de ce même code que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

S'agissant de M. H F O :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions portées dans le formulaire de demande de visa de l'intéressé, que M. H F O, né le 27 mars 2002, a déposé une demande de visa d'entrée et de long séjour en France, au titre de la réunification familiale, le 27 juillet 2021, alors qu'il était âgé de plus de 19 ans et qu'il ne pouvait de ce fait plus prétendre au bénéfice de la réunification familiale. Par suite, en rejetant le recours de l'intéressé pour ce motif, la commission de recours n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et sans qu'il soit besoin de faire droit à la substitution de motifs sollicitée implicitement par le ministre, que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

S'agissant de Mme L, Mme D F N, M. A F K et des enfants C F I et M F G :

6. Afin d'établir l'identité et le lien de filiation des demandeurs de visas avec M. B F I, les requérants produisent une copie de la fiche familiale de référence adressée par l'intéressé à l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 10 juin 2016, dans laquelle il est fait état de Mme L, sa concubine alléguée, et de Mme D F N, M. A F K et des jeunes C F I et M F G, présentés comme ses enfants. Il ressort cependant de ce document qu'il présente des discordances avec la note de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 août 2018, opposée par le ministre en défense, aux termes de laquelle le réunifiant déclare n'être le père que de trois enfants en ne mentionnant pas, notamment, M. F K au titre de ses enfants allégués. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme L, concubine alléguée du réunifiant, a présenté à l'appui de sa demande de visa deux ordonnances d'homologation d'actes de notoriété portant transcription d'actes de naissances mentionnant des dates et des centres d'état civil différents, alors par ailleurs que le ministre oppose, s'agissant de Mme D F N, M. A F K et des jeunes C F I et M F G, enfants allégués du couple, qu'ont été produits, pour chacun d'entre eux, deux actes de naissance distincts et aux mentions discordantes, portant transcription de jugements supplétifs successivement rendus en 2016 et 2020 par le tribunal pour enfants de J (république démocratique du Congo). Dans ces conditions, l'identité et le lien de filiation des demandeurs de visas avec le réunifiant ne peuvent être tenus pour établis. Par suite, en rejetant le recours dont elle était saisie pour ce motif, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'illégalité. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait, sans qu'il soit dès lors besoin d'examiner la demande de substitution de motifs implicitement sollicitée par le ministre, à fonder la décision attaquée.

7. En troisième et dernier lieu, compte tenu de ce qui précède, faute, pour M. H F O de justifier être éligible à la procédure de réunification familiale et pour les autres demandeurs, de justifier de leur identité et de leur lien de filiation avec le réunifiant, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du paragraphe 3 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent également être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F I, Mme L, Mme F O, Mme F N et M. F K est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F I, à Mme E L, à Mme H F O, à Mme D F N, à M. A F K et au ministre de l'intérieur et des outre-mer

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P.BESSE La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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