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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305601

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305601

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantGOMMEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2023 et le 10 janvier 2024, Mme B épouse D et M. D, représentés par Me Gommeaux, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 16 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 24 octobre 2022 refusant à M. D la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de conjoint de française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa demandé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur conseil sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est signée d'une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation du risque de menace à l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés, et que la décision attaquée pouvait également être fondée sur les motifs tirés d'une part de ce que le comportement du demandeur de visa est constitutif d'un risque de menace à l'ordre public et, d'autre part, de l'absence d'intention matrimoniale.

Mme B épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 février 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Revéreau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien, s'est marié le 29 mai 2021 à Armentières avec Mme B, de nationalité française. Il a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de conjoint de française auprès de l'autorité consulaire française à Tunis. Par une décision du 24 octobre 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa demandé. Par une décision implicite née le 16 mars 2023, dont Mme B épouse D et M. D doivent être regardés comme en demandant l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le ministre de l'intérieur et des outre-mer ne justifie pas de ce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a adressé aux requérants un accusé de réception de leur recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, leur indiquant que l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet, fondée sur les mêmes motifs que ceux de la décision de l'autorité consulaire. Dès lors, le recours de Mme B épouse D et M. D devant la commission ne peut être réputé rejeté pour le même motif que celui de la décision consulaire. Toutefois, il ressort du mémoire en défense du ministre que la commission doit être regardée comme ayant fondé sa décision implicite de rejet sur les motifs tirés, d'une part du risque de menace à l'ordre public et, d'autre part, de l'absence d'intention matrimoniale.

3. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la décision consulaire du 24 octobre 2022 a été signée par une autorité incompétente, un tel moyen ne peut être utilement soulevé à l'encontre de la décision implicite de la commission de recours née le 16 mars 2023, laquelle s'est substituée à la décision consulaire, alors qu'aucune disposition législative ou règlementaire n'oblige la commission à se réunir pour se prononcer expressément sur les recours dont elle est saisie. Par suite, ce moyen doit être écarté comme étant, en l'espèce, inopérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ".

5. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une menace à l'ordre public, d'établir ladite menace de nature à justifier légalement le refus de visa.

6. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer que M. D, entré irrégulièrement en France le 11 janvier 2017, aurait, entre 2017 et 2020, été l'auteur de faits constitutifs de diverses infractions selon les mentions figurant dans l'extrait d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis, notifié à l'intéressé le 2 mars 2020 et produit par le ministre, dans lequel il est fait état, d'une part, de l'exercice illégal d'une activité professionnelle bien que M. D n'ait pas sollicité de titre de séjour l'autorisant à travailler et, d'autre part, de l'inscription du demandeur de visa au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de conduite d'un véhicule sans être titulaire d'un permis correspondant à la catégorie du véhicule et en faisant usage d'un permis de conduire faux ou falsifié. Par le même arrêté du 2 mars 2020, le préfet de Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre de l'intéressé une obligation de quitter le territoire français et a assorti cette mesure d'une interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an. Toutefois, comme le soutiennent les requérants, la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prononcée à l'encontre de M. D était expirée à la date de la décision en litige, et le ministre n'a pas produit au dossier de justificatif, tel qu'un extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire du demandeur, permettant d'établir la matérialité des faits pénalement répréhensibles qu'il impute à M. D. Par suite, en estimant que M. D constituait une menace pour l'ordre public, le ministre a entaché la décision attaquée d'une erreur d'appréciation.

7. Toutefois, et d'autre part, si les requérants produisent de nombreuses attestations de proches établies entre 2021 et 2023, le caractère stéréotypé des mentions y figurant ne permet pas d'établir la réalité d'une communauté de vie ou d'une relation affective entre les époux antérieurement au mariage, en l'absence par ailleurs d'éléments probants au dossier. En outre, la production de photographies non datées et de copies d'échanges par voie de messagerie ne permet pas d'établir, à elle seule, la persistance d'une communauté de vie. Dès lors, en opposant l'absence d'intention matrimoniale, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Il résulte par ailleurs de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à fonder la décision attaquée.

8. En troisième lieu, Mme B épouse D ne justifie pas, ni même n'allègue, être dans l'impossibilité de de se rendre en Tunisie où réside son époux. En outre, il ne résulte pas des pièces du dossier que les requérants justifient se prêter assistance et contribuer aux charges du mariage. Par suite, faute d'établissement de l'intention matrimoniale des époux, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse D et M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B épouse D et M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse D, à M. A D, à Me Gommeaux et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Dubus, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

P. REVEREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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