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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305613

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305613

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305613
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSARFATI LOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, M. C B et Mme D A, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur E B, représentés par Me Sarfati, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 5 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 6 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) refusant à Mme A et au jeune E B la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à Dacca de délivrer les visas demandés dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer les demandes dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est réunie dans une composition régulière ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle procède d'un défaut d'examen particulier de leur situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'enregistrement tardif des naissances est prévu par la législation bangladaise, que les actes produits et les éléments de possession d'état dont il est justifié établissent le lien familial unissant les demandeurs de visas avec le regroupant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 24 alinéa 2 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par ordonnance du 5 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 juillet 2023.

Le ministre a produit un mémoire, enregistré le 2 février 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- et les observations de Me Le Floch substituant Me Sarfati.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante bangladaise, née le 27 janvier 1980, et le jeune E B ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial auprès de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh), à la suite de l'autorisation de regroupement familial accordée le 5 janvier 2021 par le préfet de la Marne à

M. B, de même nationalité et titulaire d'une carte de résident. Par une décision du

6 novembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite puis par une décision expresse du 9 mars 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

M. B et Mme A demandent l'annulation de la décision implicite née le 5 février 2023.

Sur l'objet du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B et Mme A tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours contre la décision implicite de l'autorité consulaire française à Dacca (Bangladesh) refusant à Mme A et au jeune E B la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France doit être regardée comme dirigée contre la décision du 9 mars 2023 par laquelle la commission a expressément rejeté ce recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

4. Aux termes de l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / Le président de la commission est choisi parmi les personnes ayant exercé des fonctions de chef de poste diplomatique ou consulaire. / La commission comprend, en outre : 1° Un membre, en activité ou honoraire, de la juridiction administrative ; 2° Un représentant du ministre des affaires étrangères ; 3° Un représentant du ministre chargé de l'immigration ; 4° Un représentant du ministre de l'intérieur. / Les membres de la commission sont nommés par décret du Premier ministre pour une durée de trois ans. Un premier et un second vice-présidents ainsi que, pour chacun des membres de la commission mentionnés aux quatre alinéas précédents, un premier et un second suppléants, sont nommés dans les mêmes conditions. / L'un ou l'autre des vice-présidents peut siéger à la commission en lieu et place du président, sur désignation de celui-ci. En cas d'absence ou d'empêchement du président, ses fonctions sont assurées par le premier vice-président et, en cas d'indisponibilité de ce dernier, par le second vice-président. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission () délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. ".

5. En l'absence d'éléments apportés par le ministre de l'intérieur dans le cadre de la présente instance, permettant d'établir que la commission de recours contre les décisions de refus de visas réunie en séance le 9 mars 2023 était régulièrement composée, conformément aux dispositions précitées, pour valablement délibérer et se prononcer sur le recours de M. B et Mme A, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B et Mme A sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement implique seulement que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France procède au réexamen des demandes de visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 9 mars 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France de réexaminer les demandes de visas de Mme A et du jeune E B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, Mme D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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