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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305616

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305616

samedi 29 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 20 avril 2023 et 17 mai 2024, M. C B, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet, qui ne peut lui reprocher de ne pas avoir exécuté spontanément une mesure d'éloignement édictée en 2013, a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il justifie en effet contribuer à l'entretien et à l'éducation des enfants dont il est père ; la nationalité française des enfants n'est pas contestable ;

- il est fondé à se prévaloir de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que le préfet a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour implique celle de l'obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant mauritanien né en 1986, est entré en France le 7 novembre 2011, muni d'un visa de court séjour. Après avoir vu sa demande d'asile définitivement exécutée, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, prononcée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 25 avril 2023 mais restée non exécutée. Le 1er août 2022, M. B a demandé au préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 mars 2023, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné la Mauritanie comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a entretenu une relation avec une femme d'origine gabonaise, née en 1980, qu'il présente comme étant de nationalité française sans l'établir. De cette relation sont nées en 2016 deux jumelles, Zeina et Naya, dont M. B allègue également qu'elles seraient françaises, tout en admettant ne pas être mesure de le démontrer. Le couple s'est séparé en 2017. Le requérant se prévaut de sa durée de résidence en France, de onze ans et deux mois à la date de la décision attaquée, et soutient subvenir à l'éducation et à l'entretien de ses enfants. Toutefois, les éléments versés au dossier, notamment des attestations de deux proches, des photos et captures d'écran, deux attestations de virements bancaires datées de 2018 et 2023, d'un montant de respectivement 203 et 80 euros, l'attestation d'assurance scolaire des enfants au nom du requérant pour l'année 2022-2023 et six facturettes relatives à des achats de denrées alimentaires, d'hygiène, de jouets, et de vêtements, datées de 2021 et 2022, si elles attestent de ce que le requérant n'a pas rompu toute relation avec ses enfants, ne suffisent pas à établir, du fait de leur caractère épars et en l'absence, d'une part, de tout engagement de M. B de procéder à des versements financiers réguliers, d'autre part, de précision sur la fréquence de ses rencontres avec les deux fillettes, que l'intéressé subvient effectivement et régulièrement aux besoins de ces dernières. L'unique bulletin de salaire produit est au nom d'un ami du requérant, M. B ne justifiant d'aucune insertion socio-professionnelle. Il suit de là qu'en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. Comme il a été dit, M. B ne démontre pas qu'à la date de la décision attaquée, il contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses filles. Comme il a été dit, A n'apporte aucun élément sur la nationalité des enfants, pas plus que sur celle de leur mère et la situation administrative de celle-ci. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour, opposée à M. B, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, pour les raisons indiquées au point 3, M. B n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant feraient obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait, en l'obligeant à quitter le territoire français, commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée au requérant, étant écartés, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision fixant le pays de destination.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 28 mars 2023

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. Xavier Catroux, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTIN

L'assesseur le plus ancien

X. CATROUX

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

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