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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305648

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305648

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantLARGY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du président du tribunal administratif de Nice du 18 avril 2023, la requête de M. C A H et Mme F G épouse A H, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur fille Mme B A H ainsi que Mme E A H épouse D, enregistrée le 11 avril 2023, a été transmise au tribunal administratif de Nantes.

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 avril 2023 et le 31 janvier 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. C A H et Mme F G épouse A H, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur fille Mme B A H, ainsi que Mme E A H épouse I, représentés par Me Largy, doivent être regardés comme demandant au Tribunal d'annuler la décision implicite née le 2 avril 2023 par laquelle le sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre les décisions du 17 janvier 2023 de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) refusant à M. A H, à Mme G épouse A H et à Mme B A H la délivrance de visas d'entrée et de court séjour en France.

Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'ils remplissent les conditions pour obtenir les visas sollicités.

Par ordonnance du 26 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2023.

Le ministre a produit un mémoire, enregistré le 29 janvier 2024, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- et les observations de Me Largy, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A H ainsi que leur fille, Mme B A H, ressortissants tunisiens, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de court séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) en vue de rendre visite à Mme A H épouse D, leur autre fille, de nationalité française. Par des décisions du 17 janvier 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision du 2 avril 2023, dont les consorts A H doivent être regardés comme demandant l'annulation, le sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, est chargé d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312 8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

3. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision, en l'espèce du sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer, qui se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce, d'une part, de ce que les demandeurs de visas n'ont pas fourni la preuve qu'ils étaient en mesure d'acquérir légalement des moyens de subsistance suffisants pour la durée du séjour envisagé ou pour le retour dans leur pays d'origine et d'autre part, du caractère non fiable des informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour en France.

4. En premier lieu, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes dit " code frontières Schengen " : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ()les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes: ( ) c) justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens; () 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. () L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. () ". Aux termes de l'article L. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger qui déclare vouloir séjourner en France pour une durée n'excédant pas trois mois dans le cadre d'une visite familiale ou privée doit présenter un justificatif d'hébergement qui prend la forme d'une attestation d'accueil, signée par la personne qui se propose d'assurer le logement de l'étranger, ou son représentant légal. Cette attestation est validée par l'autorité administrative et constitue le document prévu par la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 pour justifier les conditions de séjour dans le cas d'une visite familiale ou privée ". Enfin, aux termes de l'article R. 313-9 du même code : " Le signataire de l'attestation d'accueil doit, pour en obtenir la validation par le maire, se présenter personnellement en mairie, muni d'un des documents mentionnés aux articles R. 313-7 et R. 313-8, d'un document attestant de sa qualité de propriétaire, de locataire ou d'occupant du logement dans lequel il se propose d'héberger le visiteur ainsi que de tout document permettant d'apprécier ses ressources et sa capacité d'héberger l'étranger accueilli dans un logement décent au sens des dispositions réglementaires en vigueur et dans des conditions normales d'occupation. ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'obtention d'un visa de court séjour est subordonnée à la condition que le demandeur justifie à la fois de sa capacité à retourner dans son pays d'origine et de moyens de subsistance suffisants pendant son séjour. Il appartient au demandeur de visa, dont les ressources personnelles ne lui assurent pas ces moyens, d'apporter la preuve de ce que les ressources de la personne qui l'héberge et qui s'est engagée à prendre en charge ses frais de séjour au cas où il n'y pourvoirait pas sont suffisantes pour ce faire. Cette preuve peut résulter de la production d'une attestation d'accueil validée par l'autorité compétente et comportant l'engagement de l'hébergeant de prendre en charge les frais de séjour du demandeur, sauf pour l'administration à produire des éléments de nature à démontrer que l'hébergeant se trouverait dans l'incapacité d'assumer effectivement l'engagement qu'il a ainsi souscrit.

6. Il ressort des pièces du dossier que, à l'appui de leurs demandes de visas d'entrée et de court séjour en France, M. et Mme A H ont produit pour eux-mêmes et pour leur fille B, deux attestations d'accueil, validées par le maire de la commune de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) au regard d'un acte de propriété, des factures d'électricité, du dernier avis d'imposition et des trois derrières fiches de paie de l'accueillante, établies par leur fille, ressortissante française résidant dans cette commune, s'engageant à les héberger durant la validité de leurs visas et à prendre en charge les frais de séjour de ses parents et de sa sœur dans le cas où ces dernier n'y pourvoiraient pas. Il n'est en outre pas établi par le ministre que Mme D se trouverait dans l'incapacité d'assumer effectivement l'engagement qu'elle a ainsi souscrit. Dans ces conditions, alors même que les époux A H ne justifient à l'appui de leurs demandes d'aucune ressource pour garantir le financement de leur séjour en France, en estimant que celles de leur fille ne seraient pas suffisantes, le sous-directeur des visas a commis une erreur d'appréciation.

7. En second lieu, aux termes de l'article 21 du règlement n° 810/2009 du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " () 3. Lorsqu'il contrôle si le demandeur remplit les conditions d'entrée, le consulat vérifie : () b) la justification de l'objet et des conditions du séjour envisagé fournie par le demandeur () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : / a) si le demandeur : () ii) ne fournit pas de justification quant à l'objet et aux conditions du séjour envisagé () ".

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants n'auraient pas transmis à l'appui de leurs demandes de visa un dossier complet, ni que les informations et les documents justificatifs fournis ne seraient pas fiables ou authentiques. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir qu'en rejetant leurs recours pour les motifs rappelés au point 2, le sous-directeur des visas a entaché sa décision d'illégalité. Par suite, la décision attaquée doit être annulée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 2 avril 2023 du sous-directeur des visas de la direction de l'immigration du ministère de l'intérieur et des outre-mer est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A H, Mme F G épouse A H, Mme E A H épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Dubus, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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