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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2305717

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2305717

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2305717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 21 avril 2023 sous le n°2305717, Mme E B, représentée par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, et subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

en ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cet arrêté ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet ne démontre pas l'avoir informée de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour fondée sur un autre motif que sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas justifié de la notification de la décision par laquelle la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté sa demande d'asile ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur de fait en ce qui concerne sa situation familiale et son insertion professionnelle ainsi que celle de son époux ;

-l'obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'elle peut obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, soulevée par voie d'exception ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

-cette décision doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 décembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 21 avril 2023 sous le n° 2305718, M. F A, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, et subsidiairement de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

en ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cet arrêté ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet ne démontre pas l'avoir informé de la possibilité de déposer une demande de titre de séjour fondée sur un autre motif que sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas justifié de la notification de la décision par laquelle la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté sa demande d'asile ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur de fait en ce qui concerne sa situation familiale et son insertion professionnelle ainsi que celle de son épouse ;

-l'obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il peut obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, soulevée par voie d'exception ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

-cette décision doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon,

- les observations de Me Philippon, avocat de Mme B et de M. A, et les explications de Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes des consorts G sont dirigées contre des arrêtés identiques pris simultanément à l'égard des membres d'une même famille et elles présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

2. Mme B et M. A, ressortissants guinéens, sont entrés en France le 6 juin 2019 et ont sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Leur demande d'asile a été rejetée par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 23 juillet 2021, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 juin 2022. Par des arrêtés du 31 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office à l'issue de ce délai. Mme B et M. A demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :

3. Par un arrêté du 5 septembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L.542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

5. En premier lieu, les décisions litigieuses comportent l'énoncé des considérations de droit qui les fondent, indiquent que les demandes de reconnaissance de la qualité de réfugié ou d'octroi de la protection subsidiaire présentées respectivement par Mme B et M. A ont été définitivement rejetées, que les requérants n'entrent dans aucun autre cas d'attribution de plein droit d'un titre de séjour, et examinent leur vie privée et familiale, en mentionnant la présence en France du conjoint de chaque requérant et de quatre de leurs enfants, et en indiquant que la cellule familiale pourrait se reconstituer dans leur pays d'origine et que cette décision n'a pas pour effet de séparer les enfants des parents. La décision est ainsi suffisamment motivée en fait. Si les requérants soutiennent que la décision aurait dû mentionner la scolarisation de leurs enfants, la circonstance qu'ils n'ont plus de famille en Guinée, et leur insertion professionnelle, le préfet n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation respective de chaque requérant, mais seulement de ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision. Pour les mêmes raisons, la circonstance que le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas relevé, pour apprécier leurs attaches en Guinée, que leur fille aînée a quitté ce pays, ne saurait révéler un défaut de motivation. Il en va de même de la naissance en France en 2020 de leur dernier fils, dont il n'est pas établi que le préfet en aurait eu connaissance à la date à laquelle il s'est prononcé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

6. En deuxième lieu, l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Par ailleurs, l'article D. 431-7 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le 30 août 2020, les requérants se sont vu remettre par le guichet unique des demandeurs d'accueil de la Loire-Atlantique une notice en langue française, langue qu'ils ne contestent pas comprendre. Cette notice faisait état de la possibilité de déposer une demande de titre de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile dans un délai de deux mois à compter de la date de la notice, ou de trois mois en cas de demande fondée sur leur état de santé. Il suit de là que le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient entachées d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir respecté l'obligation imposée par l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, manque en fait et doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article R. 532-54 du même code : " Le secrétaire général de la Cour nationale du droit d'asile notifie la décision de la cour au requérant par lettre recommandée avec demande d'avis de réception et l'informe dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend du caractère positif ou négatif de la décision prise () ". Enfin, l'article R. 532-57 du même code dispose que : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que les décisions du 14 juin 2022 par lesquelles la CNDA a rejeté les demandes d'asiles respectives de Mme B et de M. A leur ont été notifiées le 19 juillet 2022, ainsi qu'en atteste la production des relevés d'information de la base de données Telemofpra. Dès lors, Mme B et M. A ne disposaient plus d'un droit à se maintenir sur le territoire français à compter de cette date. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que les décisions les obligeant à quitter le territoire français seraient intervenues en méconnaissance des dispositions des articles L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

11. Par ailleurs, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Mme B et M. A ne justifient d'une présence en France que depuis 4 ans, une partie de cette durée résultant au surplus de leur maintien irrégulier sur le territoire français à la suite du rejet définitif par la CNDA de leur demande d'asile. L'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour effet de les séparer, les deux conjoints faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ni de les séparer de leurs enfants. Il n'est pas davantage établi que ces derniers ne pourraient être scolarisés ailleurs qu'en France. Mme B et M. A, qui indiquent ne plus avoir d'attaches familiales dans leur pays d'origine, n'établissent pas avoir noué d'autres liens en France, en dehors de son cercle familial. Enfin, pour méritoires que puissent être les efforts d'intégration du couple par le travail, ils ne suffisent pas à établir l'existence de liens personnels d'une intensité telle qu'ils justifieraient la délivrance de plein droit aux requérants d'un titre de séjour " vie privée et familiale ". Par suite, les requérants n'établissant pas entrer dans les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement les obliger à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Le présent jugement écarte les moyens dirigés contre la décision obligeant Mme B et M. A à quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de destination, doit en conséquence être écarté.

15. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequl un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de cette convention et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Si Mme B et M. A invoquent les risques d'excision qui pèseraient sur leur fille et sur Mme B en cas de retour en Guinée, pays dans lequel ces pratiques de mutilation sont particulièrement répandues, les éléments d'information générale produits à l'appui de leur argumentation, ne sont, alors que leur demande de protection internationale fondée sur ces mêmes craintes a été rejetée par l'OFPRA, puis par la CNDA, et que Mme B a vécu en Guinée jusqu'à l'âge de 19 ans sans avoir été victime de telles pratiques, pas de nature à établir, à eux seuls, la réalité des craintes alléguées, Mme B et M. A indiquant d'ailleurs qu'ils se sont toujours opposés à ce type de pratiques, dont Mme B reconnait avoir été protégée par sa famille adoptive. Par suite, en désignant la Guinée au nombre des pays à destination desquels les requérants sont susceptibles d'être reconduits d'office, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

17. Le présent jugement rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B et M. A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 31 mars 2023 du préfet de la Loire-Atlantique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B et M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B et de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. F A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Thibaut Philippon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAISLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,, 2305718

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