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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306127

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306127

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023, M. A B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- il n'est pas établi qu'elles ont signées par une autorité compétente ;

- les décisions sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il s'est intégré en France depuis plus de trois ans ; la décision entraine la fin de son parcours de formation professionnelle déjà entamé alors qu'il souhaite passer l'examen d'entrée à l'école d'avocats en septembre 2023 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet aurait pu lui accorder un délai de départ supérieur à trente jours pour passer son examen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né en juin 1994, est entré régulièrement en France le 3 septembre 2019, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour étudiant valable jusqu'au 3 septembre 2020. Son titre de séjour portant la mention " étudiant " a été régulièrement renouvelé jusqu'au 16 novembre 2022. Il a, à nouveau, sollicité du préfet de Maine-et-Loire le renouvellement de son titre de séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 14 mars 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 14 mars 2023.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, a reçu délégation, par un arrêté du préfet du 31 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " tous arrêtés () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

4. Le refus de séjour attaqué du 14 mars 2023 comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus du séjour n'est pas fondé et doit être écarté. Il en résulte, dès lors que le refus de séjour est suffisamment motivé, et en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français du même jour doit également être écarté. Enfin, les décisions fixant le pays à destination duquel l'intéressé pourrait être éloigné et fixant le délai de départ volontaire comportant également l'exposé des considérations de droit et de fait qui les fondent, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit également être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de M. B, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur le défaut de réalité et de sérieux des études suivies par l'intéressé, compte tenu de la stagnation de son parcours universitaire.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année 2019-2020, M. B a été inscrit en première année de master droit des affaires à l'université d'Angers qu'il a validée avec une note globale légèrement supérieure à la moyenne générale et avec une mention " passable ". Au cours de l'année universitaire 2020-2021, l'intéressé a été inscrit à l'institut d'études judiciaires (IEJ) de l'université d'Angers. Il ressort des documents fournis par l'intéressé, notamment de sa lettre explicative, qu'il ne s'est pas présenté à l'examen d'accès au centre régional de formation professionnelle d'avocats (CRFPA) à l'université d'Angers, même s'il explique que ce serait en raison de son choix personnel de s'être inscrit à l'IEJ afin de renforcer ses connaissances et de poursuivre ses études l'année suivante au sein d'une deuxième année de master droit des affaires. Au cours de l'année universitaire suivante, 2021-2022, il est inscrit en deuxième année de master histoire du droit et des institutions à l'université d'Angers, année à laquelle il a échoué. S'il allègue avoir été ajourné essentiellement en raison d'une absence de stage, il ressort néanmoins du relevé de notes versé au dossier que l'intéressé a obtenu une majorité de notes inférieures à la moyenne au cours de son deuxième semestre. De plus, il ressort du certificat de scolarité de l'intéressé pour l'année 2021-2022 que M. B était également inscrit, au titre de l'année universitaire 2021-2022, à l'IEJ afin de passer l'examen du CRFPA et ne justifie pas avoir passé l'examen correspondant. Enfin, au titre de l'année universitaire 2022-2023, M. B est à nouveau inscrit à l'IEJ et à ce titre il allègue être désireux de se présenter à l'examen du CRFPA à l'université d'Angers. Dans ces conditions, alors qu'entre 2020 et 2023, l'intéressé a suivi deux formations différentes sans valider une seule année d'études, qu'il ne s'est pas présenté à l'examen du CRFPA à deux reprises alors même qu'il allègue être finalement désireux de passer cet examen au titre de l'année 2022-2023, le préfet de Maine-et-Loire a pu considérer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, opposée au requérant, étant écartés, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français du 14 mars 2023 devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de séjour du même jour.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. B entend se prévaloir, d'une part, de la durée de son séjour sur le territoire français et de son réseau amical et, d'autre part, du fait que la décision attaquée aurait pour conséquence de l'empêcher de se présenter à l'examen du CRFPA au titre de l'année universitaire 2022-2023 et ainsi de mettre un terme à son intégration professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en septembre 2019 et bénéficiait depuis cette date de titres de séjour en qualité d'étudiant, ne lui donnant ainsi pas vocation à rester en France. De plus, le requérant est dépourvu d'attaches familiales en France et n'établit pas la réalité, l'intensité et la stabilité des relations alléguées. Par ailleurs, la seule atteinte à " l'intégration professionnelle " du requérant n'est pas de nature à caractériser une méconnaissance des stipulations précitées. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 10 du jugement, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B en l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 11 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 14 mars 2023 fixant le pays d'éloignement doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. En premier, lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 11 du jugement que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 14 mars 2023 fixant le délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

14. En second lieu, le requérant entend se prévaloir de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours aurait pour conséquence de l'empêcher de se présenter à l'examen du CRFPA auquel il est inscrit au titre de l'année universitaire 2022-2023. Toutefois, si l'intéressé se borne à soutenir qu'il est pleinement investi et sérieux dans la poursuite de ses études et, par voie de conséquence, qu'il se présentera effectivement à l'examen du CRFPA, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne s'y est pas présenté par deux reprises et ainsi, eu égard aux motifs exposés au point 7 ci-dessus, ces éléments, à eux seuls, sont insuffisants pour considérer que le préfet de Maine-et-Loire aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

gf

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