mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306141 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 5ème chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, M. E B, représenté par Me Kaddouri, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 36 mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- sa motivation n'est pas suffisante ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation ; il a fixé en France le centre de ses attaches privées et familiales ; il n'a plus aucun lien avec sa famille ; il vit en France avec sa compagne de nationalité française ; le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle ; son éloignement aurait pour conséquence de le séparer de sa compagne ;
- il ne menace pas l'ordre public ; il conteste formellement être l'auteur des faits délictueux qui lui sont reprochés ; en l'absence de condamnation pénale, le préfet ne peut se prévaloir d'une menace pour l'ordre public qu'en présence d'éléments concordants, objectifs et précis ;
Sur le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la fixation du pays de renvoi :
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décision du 3 octobre 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Martin, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 11 octobre 2023.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 15 décembre 2003, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2019, alors qu'il était encore mineur. Il a été condamné, le 25 novembre 2021, par le tribunal pour enfants du A à six mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances en récidive, fait commis le 10 juin 2020. Il a été écroué à la maison d'arrêt d'Angers le 15 février 2022. Par un arrêté du 28 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Cet arrêté n'a toutefois pas été exécuté. Le 27 avril 2023, l'intéressé a été de nouveau interpellé pour des faits de vol avec violences volontaires et violences volontaires avec une arme. Il a été condamné pour ces faits à une peine d'un an d'emprisonnement et incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers à compter du 28 avril 2023. Par un arrêté du 27 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a désigné la Tunisie comme pays de renvoi et prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ce dernier arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 22 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire le même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. D, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à M. C F, chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire des décisions attaquées, à l'effet de signer notamment les décisions portant éloignement de ressortissants étrangers, assorties ou non de délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. L'absence ou empêchement de M. D n'étant pas contestés, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il oblige M. B à quitter le territoire français, vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne expressément qu'il a été pris en application des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle le parcours suivi par M. B depuis son entrée sur le territoire français en faisant état des faits délictueux qui lui sont imputés depuis août 2019. Il précise que l'intéressé a déclaré lors de son audition du 27 avril 2023 être en concubinage avec une personne de nationalité française, avoir un enfant âgé de dix-huit mois qui n'est pas à sa charge et résider avec la mère de l'enfant à Angers sans justifier d'une adresse précise. Il ajoute que M. B ne démontre pas participer à l'entretien et l'éducation de son enfant. Ainsi, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, lesquelles permettaient au requérant de comprendre les motifs de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette mesure ne peut, dès lors, qu'être écarté. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de M. B avant de prendre l'arrêté attaqué.
4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que si les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union et que le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membres est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'administration est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu par un officier de police judiciaire le 27 avril 2023, préalablement à la prise de l'arrêté attaqué, dans le cadre d'une procédure pour vol avec violence et violences volontaires avec arme. Interrogé sur son souhait de repartir dans son pays d'origine, il a répondu par la négative en faisant état de la présence de son enfant sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du non-respect du principe de l'Union européenne d'être entendu avant que la décision en litige ait été prise doit être écarté.
6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. M. B fait valoir qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française et qu'il est père d'un enfant français de huit mois. Toutefois, l'intéressé n'accompagne cette affirmation d'aucun commencement de preuve. Lors de son audition par un officier de police judiciaire, le 27 avril 2023, il a déclaré vivre de temps en temps chez la mère de sa concubine, ne pas savoir à quelle adresse, et, le reste du temps, être hébergé à droite et à gauche. Il ressort de la consultation du fichier des traitements des antécédents judiciaires que M. B est mentionné en qualité d'auteur dans 23 affaires délictueuses commises depuis le mois d'août 2019. Comme il a été dit au point 1, il a été condamné à deux reprises à des peines d'emprisonnement. Eu égard à l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache aux constatations de fait mentionnées dans les décisions du juge pénal, la matérialité des faits à l'origine de ces condamnations doit être regardée comme établie. Au vu de l'ensemble de ces circonstances, le préfet de Maine-et-Loire a pu considérer à bon droit, sans porter une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que le comportement de M. B représentait une menace pour l'ordre public, justifiant son éloignement du territoire français.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. B, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts () ".
10. Il est constant que le comportement de M. B représente une menace pour l'ordre public. Dès lors, le préfet n'a pas fait une inexacte application des articles L. 612-2 et L. 612-3 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire. Pour les raisons mentionnées au point 7, cette décision n'est ni contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
11. L'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. B, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. L'ensemble des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. B, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 27 avril 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction et les frais liés au litige :
14. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence. De même, la demande présentée par le requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, ne peut, dès lors que ce dernier n'est pas partie perdante dans la présente instance, qu'être rejetée.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
L. MARTIN La greffière,
V. MALINGRE La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire
en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026