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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306160

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306160

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantPUSZET - LEBRIQUIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 avril et 12 mai 2023 ainsi que le 5 mars 2024, Mme D F E B, épouse C, représentée par Me Lebriquir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Bogota (Colombie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de la commission est entachée d'une erreur d'appréciation de son intention matrimoniale au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il faut valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire en intervention, enregistré le 11 mars 2024, a été présenté pour

M. A C, représenté par Me Lebriquir, qui demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de Mme E B, par les mêmes moyens.

Des pièces complémentaires, produites pour Mme E B, ont été enregistrées les 14 et 25 mars 2024 et n'ont pas été communiquées.

Par un courrier du 27 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de ce que, la demandeuse étant entrée sur le territoire français à la date de la décision attaquée, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se trouvait en situation de compétence liée pour refuser de délivrer un visa.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Templier, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique du 15 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E B, ressortissante colombienne, s'est mariée le 6 septembre 2018 à Medellin (Colombie) avec M. A C, ressortissant français. Le mariage a été transcrit dans les registres de l'état-civil français le 2 novembre 2018. Mme E B a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français auprès de l'autorité consulaire française à Bogota (Colombie), laquelle a rejeté sa demande. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 8 mars 2023, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à la décision consulaire. La requérante doit donc être regardée comme demandant l'annulation au tribunal de cette seule décision de la commission.

Sur l'intervention de M. C :

2. M. C, époux de la requérante, justifie d'un intérêt à l'annulation de la décision attaquée. Son intervention est donc recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, le 8 mars 2023, Mme E B résidait habituellement sur le territoire français, où elle est entrée au cours du mois de décembre 2022. Dès lors, si elle entend se prévaloir d'un droit à la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, sa situation entre, désormais, dans le champ d'application de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux cartes de séjour temporaires " vie privée et familiale " délivrés aux étrangers mariés avec un ressortissant français, lesquelles relèvent exclusivement de la compétence du préfet. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se trouvait en situation de compétence liée pour refuser de lui délivrer un visa. Il s'ensuit que l'ensemble des moyens de la requête ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

Mme E B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. C est admise.

Article 2 : La requête de Mme E B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à M. A C.

Délibéré après l'audience du 15 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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