vendredi 29 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306188 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SEILLER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 avril 2023, M. C B et Mme D B, représentés par Me Seiller, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar refusant de délivrer à Mme B un visa de long séjour au titre de la procédure de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française au Sénégal de délivrer le visa sollicité au besoin sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision est insuffisamment motivée en droit ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions visées ne correspondent pas au motif retenu par la commission ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que l'identité de Mme B est établie par l'ensemble des documents d'état civil versés au dossier, qui sont établis régulièrement, sans intention frauduleuse ;
- à titre subsidiaire, l'identité et l'état civil de Mme B sont établis par le mécanisme de la possession d'état ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 5 juin 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 31 juillet 2023.
Un mémoire présenté pour le ministre de l'intérieur et des outre-mer a été enregistré le 16 février 2024 et n'a pas été communiqué.
Par décision du 28 février 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. et Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 %.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né en 1982, et Mme B, ressortissante sénégalaise née en 1990, demandent au tribunal d'annuler la décision du 9 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar refusant de délivrer à Mme B un visa de long séjour au titre de la procédure de regroupement familial.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La commission a confirmé la décision de refus de visa opposée à Mme B au motif que son identité et son lien familial allégué avec M. C B ne pouvaient être regardés comme établis dès lors que le jugement d'autorisation d'inscription tardive du 7 mai 2021 et l'acte de naissance transcrit le 26 mai 2021 ne sont pas conformes à l'article 87 du code de la famille sénégalais et aux articles 57 et 255 du code de procédure civile sénégalais eu égard à " l'absence de communication au ministère public et de respect du délai d'appel ".
3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".
4. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de lien conjugal ou de lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de famille que celui-ci entend rejoindre.
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil qui dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux, ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
7. Pour justifier de son identité, Mme B joint à sa requête un " jugement annulation et inscription de naissance " n° 2176 du 7 mai 2021 du tribunal d'instance hors classe de Dakar rendu sur sa requête, prononçant l'annulation d'un précédent acte de naissance n° 3448/1993 au motif de l'absence d'enregistrement dans les registres du tribunal du jugement d'autorisation d'inscription de naissance correspondant à cet acte, s'appuyant sur une attestation d'indisponibilité du jugement délivrée par l'administrateur des greffes de la juridiction, et autorisant " l'inscription de la naissance de D B née le 19 octobre 1990 à Dakar de F et de A E dans les registres de naissance de l'année en cours du centre principal de Dakar ". Les requérants joignent à cette pièce le volet 1 d'un acte de naissance n° 0989 du 26 mai 2021, portant la référence du jugement d'autorisation n° 2176 du 7 mai 2021 et indiquant que Mme D B est née le 19 octobre 1990 à Dakar et que ses parents sont M. F B et Mme A E. Mme B produit également un extrait des minutes du greffe délivré le 27 juillet 2021 par l'administrateur de greffe de la juridiction sénégalaise, confirmant les mentions biographiques du jugement, une copie littérale d'acte de naissance, un extrait du registre des actes de naissance, une attestation d'authentification d'acte de naissance et un bulletin de naissance délivrés par l'officier d'état civil du centre principal de Dakar, dont les mentions concordent toutes entre elles. La demanderesse dispose également d'une carte d'identité sénégalaise et d'un passeport sénégalais délivrés au mois de juillet 2021. Eu égard à la présentation de ces documents, à la concordance de leurs mentions biographiques, et dès lors que les éléments susceptibles de révéler leur caractère frauduleux ou irrégulier au regard du droit local ne ressortent pas des pièces du dossier, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir pour établie l'identité de Mme B, la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
8. Il ressort par ailleurs d'un " certificat de mariage constaté " établi le 3 août 2021, d'une copie littérale d'acte de mariage datée du 11 août 2022 et d'un livret de famille produits par les demandeurs et dont la commission ne conteste pas la régularité dans les motifs de sa décision, que M. C B et Mme D B se sont mariés le 7 novembre 2017 " selon la coutume " et qu'ils ont fait enregistrer ce mariage devant l'officier d'état civil sénégalais le 9 avril 2018. Les éléments susceptibles de révéler le caractère irrégulier de ces documents ne ressortant pas des pièces du dossier, et dès lors qu'il résulte du point précédent que l'identité de Mme D B doit être tenue pour établie, il y a lieu de considérer le lien marital entre M. et Mme B comme étant également démontré. Enfin, il est constant que le préfet du Val-de-Marne a accordé à M. C B le 1er juin 2021 une autorisation de regroupement familial en vue de lui permettre d'être rejoint en France par sa conjointe.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 9 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de refus de visa opposée à Mme D B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme D B le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. L'Etat étant partie perdante dans le cadre de la présente instance, Me Seiller avocate des requérants, peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Seiller de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 9 février 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme D B le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Seiller une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026