mardi 23 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | HOURMANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et deux mémoires complémentaires enregistrés les 3, 9 et 15 mai 2023, M. C G, agissant en son nom et en qualité de représentant légal des enfants mineurs D, E, F, G et B J B et N G K A, représentés par Me Hourmant, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 30 janvier 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Khartoum (Soudan) a refusé de délivrer un visa de long séjour à Mme I A et à ses enfants mineurs D, E, F, G et B J B, en qualité de membres de la famille d'un réfugié, a, à son tour, implicitement refusé de livrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que Mme G L A réside actuellement seule au Soudan avec leurs cinq enfants dans des conditions particulièrement difficiles, notamment en raison des affrontements à Khartoum qui les ont contraints à fuir, alors qu'ils cherchent un moyen de fuir le pays le plus rapidement possible, soit vers un pays frontalier, soit avec l'aide de l'armée britannique présente actuellement à Port-Soudan, qui constitue une zone de transit où les ONG n'ont pas la capacité d'accueillir un tel afflux de réfugiés, de sorte que les intéressés se trouvent à la rue et non dans le camp de réfugiés, totalement livrés à eux-mêmes ; l'un des enfants présente d'importantes crises d'eczéma aux membres inférieurs en raison du stress suscité par la situation ; Si le formulaire du BFR n'a été complété que trois ans (et non quatre) après l'admission au statut de réfugié, c'est en raison de la nécessité de pouvoir accueillir dignement la famille et dans les meilleures conditions ; quant au déclenchement du conflit au Soudan, il est évidemment indépendant de leur volonté ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi qu'au regard des dispositions de l'article 47 du code civil dès lors qu'ils justifient de la valeur probante des documents transmis, notamment la copie de la carte de réfugiée valable du 6 novembre 2021 au 5 novembre 2022, leurs certificats de naissance ainsi que ceux des enfants, les jugements érythréens valant acte de reconnaissance du mariage, le livret de famille, ainsi que la fiche familiale délivrée à l'office français des réfugiés et des apatrides (OFPRA) sur laquelle figurent les noms et dates de naissance des enfants ;
* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 121-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que leur mariage a été établi par le certificat de mariage de l'OFPRA tenant lieu d'acte d'état civil, ainsi que le livret de famille ;
* la circonstance que les certificats de naissance auraient été établis en 2021 ne remet pas nécessairement en cause leur authenticité, M. G ayant livré les informations relatives à ses enfants dès la procédure de demande d'asile ; les liens allégués sont établis par la possession d'état ;
* elle méconnaît les stipulations des articles 3 paragraphe 1 et 10 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que Mme G L A est seule à élever leurs cinq enfants, dont certains en bas âge, dans des conditions particulièrement précaires résultant notamment des affrontements dans le pays, lesquels ont déjà conduit à ce que près de 500 000 personnes quittent le pays et traumatisent particulièrement les enfants ;
* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : sans nier la situation de guerre à Khartoum, l'épouse et les enfants allégués sont désormais sous la protection du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) et sont installés à Port-Soudan, où il n'existe pas d'affrontement armé ; M. G n'a fait preuve d'aucune diligence pour faire venir sa famille alléguée dès lors que le formulaire du BFR n'a été complété que le 27 juin 2022, soit plus de quatre années après la reconnaissance du statut de réfugié ;
- aucun des moyens soulevés par M. G n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* il n'est nullement établi que la personne ayant faite la demande de visa soit l'épouse du requérant ni que les enfants soient ceux du réfugié ; le nom de famille des enfants ne correspond ni à celui du requérant ni à celui de la mère alléguée ; le requérant s'est trompé de date de naissance pour les enfants lors de sa déclaration à l'OFPRA ; les certificats de naissance des enfants ont tous été établis le 14 octobre 2021 par le même officier d'état civil, ce qui ne joue pas en faveur de leur authenticité dans un pays où la corruption règne ; ils ont été de surcroît établis tardivement soit plus de 12 ans après la naissance des triplés et sur simple déclaration, sans que l'on en sache qui en est à l'origine ni sur quels fondements d'identification alors qu'aucune décision judiciaire n'a été produite ; les passeports des enfants ne sont pas produits dans le dossier et ne permettent pas de corroborer l'éventuelle authenticité des certificats de naissance érythréens ;
* elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'aucun élément de possession d'état dans le dossier ne prouve une quelconque communauté de vie entre le requérant et sa famille alléguée depuis son entrée en France en 2018 ; ce moyen n'est pas fondé eu égard au caractère frauduleux de la demande et à de l'absence de preuve d'identification et de lien familial.
M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 4 mai 2023.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 3 mai 2023 sous le numéro 2306237 par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mai 2023 à 9 heures :
- le rapport de Mme H, juge des référés,
- les observations de Me Neve, substituant Me Hourmant, avocate de M. G et Mme G L A,
- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
M. G et Mme G K A ont produit le 23 mai 2023 une note en délibéré qui n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant érythréen né le 2 janvier 1974, déclare avoir obtenu le statut de réfugié par une décision du 25 février 2019. Dans le cadre de la procédure de réunification familiale, il a sollicité des visas de long séjour pour sa femme, Mme I A, ainsi que pour ses cinq enfants mineurs, D, E et F J B, nées le 9 juillet 2019, B Hamd B né le 14 mai 2018 et Mahmoud Hamd B née le 13 août 2013. Par la présente requête, M. G et Mme G K A demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la commission de réforme contre les décisions de refus de visas d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 30 janvier 2023 par laquelle l'autorité consulaire française à Khartoum (Soudan) a refusé de délivrer un visa de long séjour à Mme I A et ses enfants mineurs D, E, F, G et B, en qualité de membre de la famille d'un réfugié, a, à son tour, implicitement refusé de livrer le visa sollicité.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 4 mai 2023, M. G a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %). Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
5. Il résulte de l'instruction que, du fait de la décision litigieuse, Mme I A et les enfants mineurs D, E, F, D, E, F, G et B J B dont le lien de parenté avec M. G n'est pas sérieusement remis en cause par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, se trouvent séparés de ce dernier depuis plusieurs années sans que le délai ainsi écoulé puisse valablement lui être opposé eu égard aux diligences qu'il a accomplies et que, de surcroît, les intéressés se trouvent en situation de particulière vulnérabilité au Soudan en raison de la situation sécuritaire y prévalant actuellement. Dans ces conditions, la décision attaquée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à la situation des requérants pour que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative soit, dans les circonstances très particulières de l'espèce, regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
6. Les moyens soulevés par M. G et Mme G K A à l'appui de leur demande de suspension et tirés, d'une part, de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 47 du code civil et, d'autre part, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance paraissent, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que, les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement refusé de délivrer à Mme I A et aux enfants mineurs D, E, F, G et B J B des visas de long séjour en qualité de membres de la famille d'un réfugié statutaire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ".
9. La présente décision implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen des demandes de visa de à Mme I A et des enfants mineurs D, E, F, G et B J B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais d'instance :
10. M. G a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %). Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à l'Etat le versement à Me Hourmant d'une somme de 1 000 euros (mille euros).
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. G tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement refusé de délivrer à Mme I A et aux enfants mineurs D, E, F, G et B J B des visas de long séjour en qualité de membres de la famille d'un réfugié statutaire est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder au réexamen des demandes de visa de Mme I A et des enfants mineurs D, E, F, G et B J B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : L'Etat versera à Me Hourmant, avocate de M. G et Mme G K A, la somme de 1 000 euros (mille euros) au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C G, à Mme M G K A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Hourmant.
Fait à Nantes, le 23 mai 2023.
La juge des référés,
M. H
La greffière,
G. PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026