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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306307

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306307

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2023, Mme B C et Mme A C, représentées par Me Rodrigues Devesas, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 3 octobre 2022, contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger refusant de délivrer à Mme C un visa de long séjour au titre de la procédure de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la décision à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire puis en cas d'admission de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de rejet de leur demande d'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'Etat cette somme de 1 500 euros à leur verser directement en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors qu'en présence d'une autorisation de regroupement familial accordée par le préfet l'autorité consulaire ne pouvait refuser le regroupement familial au bénéfice d'une enfant confiée par décision de kafala à la personne regroupante en France ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que Mme B C subvient déjà aux besoins de sa sœur par l'envoi d'argent.

Par décision du 19 octobre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme B C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2024 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant les requérantes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C et Mme B C, ressortissantes algériennes nées le 5 septembre 2002 et le 27 novembre 1986, demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 3 octobre 2022, contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger refusant de délivrer à Mme C un visa de long séjour au titre de la procédure de regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité consulaire française à Alger à savoir le motif " détournement de l'objet de la kafala " apparaissant en commentaire dans la rubrique " remarque " du formulaire de refus de visa.

3. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / () / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées au Titre II du Protocole annexé au présent Accord. ". Aux termes du titre II du protocole annexé à l'accord : " Les membres de la famille s'entendent du conjoint d'un ressortissant algérien, de ses enfants mineurs ainsi que des enfants de moins de dix-huit ans dont il a juridiquement la charge en vertu d'une décision de l'autorité judiciaire algérienne dans l'intérêt supérieur de l'enfant. / () ". Il résulte de ces stipulations qu'est éligible au regroupement familial l'enfant âgé de moins de dix-huit ans, à la date du dépôt de la demande, dont le demandeur, de nationalité algérienne, a juridiquement la charge en vertu d'une décision de l'autorité judiciaire de son pays d'origine.

4. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée par le préfet au titre du regroupement familial, sur le fondement du titre II du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, l'autorité consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie dans le cadre de cette procédure que pour un motif d'ordre public excluant l'invocation d'un risque de détournement du visa à des fins migratoires.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B C s'est vue confier par une décision judiciaire du 31 octobre 2018 du tribunal d'Ouled Djellal en Algérie, en application des articles 116 à 122 du code de la famille algérien encadrant le droit de recueil légal (kafala) le droit de tutelle légale sur sa jeune sœur A C, née le 5 septembre 2002. Dès lors, et comme le soutient Mme A C, majeure à l'introduction de la présente requête, en s'appropriant le motif tiré de l'existence d'un " détournement de l'objet de la kafala " pour rejeter le recours formé contre la décision de refus de visa, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'erreur de droit.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de refus de visa opposée à Mme A C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A C le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme B C s'est vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle par la décision visée ci-dessus. L'intéressée, bien que titulaire du droit de recueil légal de Mme A C par un acte de kafala, était cependant dépourvue de qualité lui donnant intérêt à agir au nom de cette dernière, majeure à la date d'enregistrement de la présente requête. Les conclusions tendant à ce qu'une somme soit versée au conseil des requérantes en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent donc qu'être rejetées. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête tendant à ce qu'une somme soit mise à charge de l'Etat sur le fondement des seules dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de refus de visa opposée à Mme A C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A C le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 23 février 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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