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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306336

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306336

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantTOUCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 mai et 6 septembre 2023, M. B D, représenté par Me Touchard, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023, notifié le 17 avril 2023, par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante cinq jours, et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour le jour de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, moyennant la renonciation dudit avocat à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise en l'absence d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire-Atlantique a produit un mémoire en défense enregistré le

28 novembre 2023.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative).

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Chupin, président honoraire de tribunal administratif, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Chupin, magistrat désigné a été entendu à l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant géorgien né le 31 mai 1987, déclare être entré en France le 27 juillet 2022, en compagnie de son épouse, Mme E C et de leurs deux enfants mineurs. Il a présenté une demande d'asile en préfecture de Loire-Atlantique le 8 août 2022 qui a été rejetée le 23 novembre 2022 par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 mars 2023. Par sa requête, M. D demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité " et aux termes de l'article L.614-5 du même code : " ()Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. L'audience est publique. Elle se déroule sans conclusions du rapporteur public, en présence de l'intéressé, sauf si celui-ci, dûment convoqué, ne se présente pas. L'étranger est assisté de son conseil s'il en a un. Il peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin qu'il lui en soit désigné un d'office.".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français:

3. En premier lieu, la décision litigieuse portant obligation de quitter le territoire français vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment les articles L.542-1, L.542-4 et L.611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait également état d'éléments concernant la biographie, le parcours migratoire et la situation personnelle de M. D. Par ailleurs, ladite décision n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation du requérant dont l'administration a connaissance et qu'elle a pris en considération, mais seulement ceux sur lesquels elle entend fonder sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée, tant en droit - notamment au regard des dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - qu'en fait, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, la motivation de la décision attaquée révèle que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Loire-Atlantique s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. D.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. En l'occurrence, il ressort des pièces du dossier que la présence en France de

M. D - qui ne fait état d'aucune relation ancienne, intense et stable sur le territoire français - est récente, alors qu'il est constant qu'il a vécu plus de trente cinq ans ans en Géorgie où il dispose de toutes ses attaches culturelles et familiales. Par ailleurs, s'il est constant que ses deux enfants mineurs sont âgés de 14 ans et 2 ans, la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer les enfants de leurs parents et de les priver de prise en charge scolaire dans le pays de retour. Enfin, Mme C, l'épouse du requérant, fait également l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, en prenant la décision attaquée, qui n'a pas pour effet de porter atteinte à l'unité familiale, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de la reconduite :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

9. En l'occurrence, M. D soutient qu'il encourrait, en cas de retour dans son pays d'origine, des risques pour sa sécurité personnelle, en raison des violences commises et des menaces de mort proférées à l'encontre de son fils A par un voisin très violent qui a également menacé son beau-frère et sa propre mère. La réalité des dangers allégués qui seraient personnellement et directement encourus par l'intéressé ne ressort toutefois d'aucune pièce du dossier, ni d'aucun élément nouveau, alors que le récit de

M. D et celui de son épouse ont été considérés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile comme manquant de précision et peu crédibles. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par

M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

12. En vertu de ces dispositions, le juge ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par

M. D doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à

Me Touchard et au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes le 17 janvier 2024

Le magistrat désigné,

P. CHUPIN

La greffière

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2306336

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