lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306403 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 mai 2023 et 20 mars 2024,
M. B A D et M. C A, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle l'ambassade de France en République centrafricaine a refusé d'enregistrer et d'instruire la demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale de M. A ;
2°) d'enjoindre à l'ambassade de France en République centrafricaine, à titre principal, de proposer une date de rendez-vous à M. A dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir afin qu'il soit procédé à l'enregistrement effectif de sa demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de cette même date, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation de M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros, à verser à leur conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, à défaut d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la même somme, qui devra leur être versée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable, dès lors que le rejet de sa précédente demande de visa par une décision du 2 avril 2022 n'a pas d'incidence sur l'obligation d'enregistrer sa nouvelle demande ;
- la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen de leur demande ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'ambassade de France ne pouvait refuser d'enregistrer la demande de visa de long séjour de M. A ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'enregistrement de la demande de visa devait se faire dans un délai raisonnable ;
- elle méconnaît le principe de continuité du service public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle a été enregistrée le
3 mai 2023, soit postérieurement à l'enregistrement de la demande de visa du 22 mars 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 4 mai 2023.
Par un courrier du 29 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête, la décision consulaire orale de refus de visa du 2 février 2023 constituant une décision confirmative de la décision consulaire de refus de visa du 2 avril 2022.
Par un mémoire enregistré le 2 mai 2024 et communiqué, les requérants formulent des observations en réponse au moyen relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2024 :
- le rapport de M. Templier, conseiller ;
- les conclusions de M. Barès, rapporteur public ;
- et les observations de Me Pollono, avocate des requérants.
Une note en délibéré, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 14 mai 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant centrafricain, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale afin de rejoindre son père,
M. B A D, ainsi que sa sœur en France, lesquels se sont vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 juillet 2019. Il s'est vu opposer une première décision consulaire portant rejet de sa demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale par une décision de l'ambassade de France en République centrafricaine du 2 avril 2022. Convoqué par les autorités consulaires le
2 février 2023 aux fins de dépôt d'une nouvelle demande de visa de long séjour, M. A s'est vu opposer ce même jour une décision de refus d'enregistrement et d'instruction de sa demande. M. A D et M. A demandent au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir que la requête serait irrecevable, dès lors qu'elle a été enregistrée le 3 mai 2023 alors que M. A a déposé une demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale le 22 mars 2022, il ressort toutefois des pièces du dossier que cette demande a été rejetée par une décision de l'ambassade de France en République centrafricaine du 2 avril 2022. La décision contestée par les requérants concerne, pour sa part, le refus qui a été opposé à M. A par l'ambassade d'enregistrer et d'instruire une nouvelle demande de visa, que le demandeur a voulu déposer suite au refus opposé par l'autorité consulaire le 2 avril 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le ministre en défense ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. L'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () ". Aux termes de l'article L. 561-4 du même code :
" La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. " Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire () "
4. Aucune disposition législative ou réglementaire ni aucun principe ne fixe de délai déterminé dans lequel l'autorité consulaire serait tenue de recevoir l'étranger désireux d'obtenir un visa au titre de la réunification familiale. Notamment, les dispositions de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énoncent seulement que les autorités diplomatiques et consulaires doivent statuer sur les demandes de visa de réunification
" dans les meilleurs délais ". Toutefois, le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Eu égard aux conséquences qu'emporte la délivrance d'un visa tant sur la situation du réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire que sur celle de son conjoint et ses enfants demeurés à l'étranger, notamment sur leur droit de mener une vie familiale normale, il incombe à l'autorité consulaire saisie d'une demande de visa au titre de la réunification familiale, accompagnée des justificatifs d'identité et des preuves des liens familiaux des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire, de convoquer ces personnes afin de procéder, notamment, aux relevés de leurs empreintes digitales, puis à l'enregistrement de leurs demandes dans un délai raisonnable. Il incombe, par conséquent, aux autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires pour permettre aux membres des familles de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire en France de faire enregistrer leurs demandes de visa dans un délai raisonnable.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a souhaité déposer auprès de l'ambassade de France en République centrafricaine une demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale lors d'un rendez-vous fixé le 2 février 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la demande de visa de M. A aurait été enregistrée, en dépit des relances adressées au poste consulaire par le conseil du demandeur. Dès lors, en l'absence de toute explication de nature à justifier que les services consulaires n'auraient pas été à même d'enregistrer la demande de visa dans un délai raisonnable, alors que M. A avait été convoqué à cet effet le 2 février 2023, le refus d'enregistrement et d'instruction de sa demande est entaché d'une erreur de droit.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que l'ambassade de France en République centrafricaine fixe un rendez-vous à M. A, dans un délai d'un mois à compter de sa notification, en vue de l'enregistrement et de l'instruction de sa demande de visa, dans un délai de deux mois à compter de cette même notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1000 euros à verser à Me Pollono, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de l'ambassade de France en République Centrafricaine refusant d'enregistrer et d'instruire la demande de visa de long séjour au titre de la réunification familiale déposée par M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'ambassade de France en République centrafricaine de fixer un rendez-vous à M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, en vue de l'enregistrement et de l'instruction de sa demande de visa dans un délai de deux mois à compter de cette même notification.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono la somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D,
à M. C A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pollono.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Templier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
Le rapporteur,
P. TEMPLIER
La présidente,
M. LE BARBIER
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026