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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306408

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306408

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306408
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantFAURE-CROMARIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2023, M. C B et Mme D B, agissant en leur nom propre ainsi qu'en qualité de représentants légaux de l'enfant mineur

A Kraiem, représentés par Me Faure Cromarias, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté comme irrecevable le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 5 octobre 2022 de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) refusant de délivrer un visa de long séjour à l'enfant

A Kraiem au titre de l'adoption ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de communiquer l'entier dossier de la demande de visa ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de la demande de visa, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme globale de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision consulaire et la décision de la commission ne sont pas suffisamment motivées en droit et en fait ;

- la décision de la commission est entachée d'un défaut d'examen ;

- leur recours administratif préalable obligatoire ne présente pas un caractère tardif, dès lors qu'il n'est pas établi que M. et Mme B se sont vus notifier la décision consulaire de refus de visa le 12 octobre 2022 ; par ailleurs, leur recours a bien été enregistré à la poste le

12 décembre 2022 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la convention de la Haye du

29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale n'était pas applicable à l'adoption du jeune A, la Tunisie n'étant pas partie à cette convention ; cette adoption relève, par conséquent, uniquement de la loi tunisienne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la procédure d'adoption était régulière et conforme à l'intérêt de l'enfant A Kraiem ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur leurs situations personnelles ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un mémoire en réplique, produit par les requérants, a été enregistré le 22 mai 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 mai 2024 :

- le rapport de M. Templier, conseiller ;

- et les conclusions de M. Barès, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants tunisiens, ont sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de l'adoption pour l'enfant A Kraiem auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie), laquelle a opposé un refus par une décision du 5 octobre 2022. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire,

la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté ce recours comme irrecevable par une décision du 23 février 2023, dont les requérants demandent l'annulation au tribunal.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Et aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau () ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué. Il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 en portant application, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser de délivrer le visa sollicité, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce que le recours administratif préalable obligatoire des demandeurs, formé le 13 décembre 2022, était irrecevable comme ayant été formé hors délai.

5. Aux termes des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. ". Aux termes des dispositions de l'article D. 312-4 du même code : " Les recours devant la commission mentionnée à l'article D. 312-3 doivent être formés dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de refus de visa. (). ". Aux termes des dispositions de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. () ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 421-5 du même code :

" Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ".

6. Il résulte de ces dispositions combinées que la décision par laquelle une autorité consulaire française refuse la délivrance d'un visa doit mentionner l'existence et le caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, du recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les délais dans lesquels ce recours administratif préalable doit être effectué. L'absence de l'une de ces mentions n'est, cependant, de nature à faire obstacle à ce que les règles prévues par l'article D. 312-3 soient opposables que si l'irrecevabilité qui pourrait être opposée résulte de cette absence d'information. Tel est notamment le cas lorsque le demandeur de visa, qui n'a pas été informé du caractère obligatoire, à peine d'irrecevabilité d'un éventuel recours juridictionnel, du recours administratif préalable prévu par l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile conteste directement devant le juge le refus de visa qui lui a été opposé. En revanche, dès lors qu'il a été régulièrement informé du service auquel il devait présenter son recours administratif préalable et des délais dont il disposait pour ce faire, mais a effectué ce recours hors des délais fixés, la circonstance qu'il n'ait pas été informé du caractère obligatoire de ce recours préalable est sans incidence sur l'opposabilité des délais dans lesquels il devait être formé.

7. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de visa de l'autorité consulaire, qui indiquait que les requérants pouvaient la contester devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans un délai de deux mois, a été régulièrement notifiée à l'adresse commune de M. et Mme B, le 11 octobre 2022. Elle doit, dès lors, être regardée comme ayant été notifiée aux deux requérants ce même jour.

M. et Mme B ont ainsi été régulièrement informés du délai dans lequel ils devaient présenter leur recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. La commission de recours a enregistré le recours des requérants le 14 décembre 2022, soit au-delà du délai de recours de deux mois imparti par l'article D. 312-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indiqué dans la décision consulaire en cause. Dès lors, le recours administratif préalable obligatoire adressé par M. et Mme B à la commission de recours présentait un caractère tardif. La présentation tardive de ce recours n'ayant pas permis de proroger le délai de recours contentieux de deux mois prévu à l'article R. 421-2 précité du code de justice administrative, la requête de M. et Mme B est irrecevable et doit être rejetée comme telle.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au ministre de l'Europe et des affaires étrangères et Me Faure Cromarias.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

Le rapporteur,

P. TEMPLIER

La présidente,

M. LE BARBIER

Le greffier,

A. CORTET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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