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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306435

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306435

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2306435 le 2 mai 2023 et des mémoires enregistrés les 10 mai, 12 mai et 19 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 30 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer un visa de long séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie être à la charge de ses fils, ressortissants français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2308825 le 19 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Hervet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 mai 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 30 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer un visa de long séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifie être à la charge de ses fils, ressortissants français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Heng a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°s 2306435 et 2308825 sont dirigées contre la même décision. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme A B, ressortissante algérienne, a, se prévalant de sa qualité d'ascendante à charge de ressortissants français, présenté une demande de visa auprès de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie). Cette autorité a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 30 mars 2023 puis par une décision du 24 mai 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces trois décisions.

Sur l'objet du litige :

3. D'une part, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours.

4. D'autre part, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'autorité consulaire française à Alger doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 24 mai 2023 par laquelle la commission a confirmé le refus opposé par cette autorité consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, la décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1, L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Elle indique que, pour rejeter la demande de visa litigieuse, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, Mme B, " qui a sollicité un visa de long séjour en qualité d'ascendante à charge, perçoit des pensions de retraite lui permettant de subvenir à ses besoins dans son pays de résidence ", ne peut se prévaloir de la qualité d'ascendante à charge, et d'autre part, de ce qu'il n'est pas établi qu'elle serait isolée en Algérie où sa famille peut lui rendre visite, et qu'elle s'est vue délivrer un visa de court séjour de circulation de cinq ans. Dès lors, contrairement à ce que soutient Mme B, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour par une personne étrangère faisant état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, les autorités consulaires peuvent légalement fonder leur décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.

8. Pour estimer que Mme B ne peut se prévaloir de la qualité d'ascendante à charge, la commission de recours a considéré que les pensions de retraite qu'elle perçoit lui permettent de subvenir à ses besoins dans son pays de résidence. La requérante, qui se borne à indiquer que ses fils, ressortissants français, la prennent en charge, ne conteste pas disposer de ressources propres, le ministre de l'intérieur et des outre-mer produisant, à cet égard, des attestations faisant état de ce qu'elle perçoit chaque mois une pension de retraite de 60 504 dinars et une pension de réversion de 72 186 dinars, soit environ 417 et 498 euros, dont le cumul dépasse de façon importante le salaire minimum algérien d'un montant mensuel de 20 000 dinars. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour ce premier motif. Il résulte de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.

9. En dernier lieu, il est constant que Mme B a déjà pu obtenir la délivrance d'un visa de court séjour de circulation, qui a expiré en 2020. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les membres de sa famille qui résident en France seraient dans l'impossibilité de venir lui rendre visite en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

La rapporteure,

H. HENGLa présidente,

C. CHAUVETLa greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 ; 2308825

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