lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | TUENDIMBADI KAPUMBA |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai et 15 juin 2023 sous le n° 2306460, Mme B E F, agissant en qualité de représentante légale de l'enfant
H, représentée par Me Tuendimbadi Kapumba, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à G
(République démocratique du Congo) refusant de délivrer à H un visa de long séjour au titre de la réunification familiale a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il revenait à l'administration de solliciter une régularisation auprès de la requérante ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 1371 du code civil dès lors que la procédure d'inscription de faux n'a pas été mise en œuvre par l'administration, l'authenticité des documents d'état civil produits devant, alors, être tenue pour établie ;
- le motif tiré de ce qu'aucun acte de décès du père H n'a été produit est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors qu'il lui est impossible de contacter les autorités de son pays d'origine pour obtenir ce document sans prendre le risque de perdre la qualité de réfugiée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai et 15 juin 2023 sous le n° 2306484, M. A D, représenté par Me Tuendimbadi Kapumba, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à G
(République démocratique du Congo) refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les motifs tirés, d'une part, de la tardiveté de sa demande de réunification familiale et, d'autre part, de son inéligibilité à cette procédure, sont entachés d'erreur d'appréciation au regard des difficultés générées par la crise sanitaire liée au Covid-19 sur les demandes de rendez-vous à l'ambassade de France en République démocratique du Congo ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que la limite d'âge pour solliciter la réunification familiale est fixée à dix-neuf ans par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 4 avril 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2306460 et 2306484 sont relatives à une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Des demandes de visas de long séjour au titre de la réunification familiale ont été déposées au profit de M. A D et H, enfants déclarés de
Mme B E F, ressortissante congolaise s'étant vue reconnaître en France la qualité de réfugiée le 10 avril 2018, auprès de l'autorité consulaire française à G (République démocratique du Congo), laquelle a rejeté ces demandes. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision de refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité par une décision du 22 février 2023, dont les requérants demandent l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que les demandes de visas, déposées plus de trois ans et demi après l'obtention de la qualité de réfugiée par Mme E F, n'ont pas été présentées dans des délais raisonnables, de ce que l'acte de naissance H est dépourvu de caractère probant, de ce qu'aucun justificatif du décès du père de ce dernier n'a été produit et, enfin, de ce que M. A D, âgé de plus de
dix-huit ans à la date de sa demande de visa et issu d'une précédente union de la réunifiante, n'est pas éligible à la procédure de réunification familiale. Cette décision comporte un exposé suffisant des considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient.
/ Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur de la demande lorsque la réponse de l'administration ne comporte pas les indications mentionnées à l'alinéa précédent. "
5. La décision attaquée n'est pas motivée par un vice de forme ou de procédure entachant le recours administratif préalable obligatoire de Mme E F et ayant fait obstacle à son examen. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes de l'article R. 561-1 du même code : " La demande de réunification familiale est initiée par la demande de visa des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les articles () L. 434-3 à L. 434-5 () sont applicables.
/ La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code :
" Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux " et aux termes de l'article L. 434-4 de ce code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale,
en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ".
8. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles des articles L. 434-3 et
L. 434-4 du même code, auxquelles l'article L. 561-4 renvoie, que le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié ou a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale, par ses enfants non mariés, y compris par ceux qui sont issus d'une autre union, à la condition que
ceux-ci n'aient pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été présentée. Les demandes présentées pour les enfants issus d'une autre union doivent, en outre, satisfaire aux autres conditions prévues par les articles L. 434-3 ou
L. 434-4, le respect de celles d'entre elles qui reposent sur l'existence de l'autorité parentale devant s'apprécier, le cas échéant, à la date à laquelle l'enfant était encore mineur.
9. Il résulte également des dispositions citées au point 6 que lorsque la venue d'une personne en France a été sollicitée au titre de la réunification des membres de la famille d'une personne reconnue réfugiée ou bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Par suite, la commission de recours ne pouvait légalement fonder sa décision sur le motif tiré de ce que les demandes de visas n'avaient pas été constituées dans un délai raisonnable suivant l'obtention par Mme E F du statut de réfugiée.
En ce qui concerne H :
10. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de la demande de visa présentée pour H a été produit l'acte de naissance n° 3188/2020, établi le 21 août 2020 par l'officier d'état civil de la commune de C (République démocratique du Congo) et pris en transcription du jugement supplétif n° 3477/II rendu le 14 juillet 2020 par le tribunal pour enfants de G/C. Toutefois, ainsi que le fait valoir le ministre en défense, alors que l'acte de naissance étranger, sans production du jugement supplétif, ne peut faire foi au sens de l'article 47 du code civil puisque ce jugement est indissociable de l'acte dont il permet l'établissement, les requérants ne produisent pas la copie du jugement au vu duquel l'acte de naissance susmentionné a été dressé, sans justifier de l'impossibilité pour eux de le produire. Dans ces conditions, l'identité H et son lien de filiation avec Mme E F ne peuvent être tenus pour établis. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin pour l'administration de mettre en œuvre une procédure d'inscription de faux, que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation pour ce motif.
11. Par ailleurs, si Mme E F soutient qu'elle serait dans l'impossibilité d'obtenir le certificat de décès du père H sans prendre le risque de se voir retirer sa qualité de réfugiée, elle n'établit pas ni même n'allègue, que ledit document ne pourrait pas être obtenu sur place par un de ses proches. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation ni d'une erreur de droit à cet égard.
En ce qui concerne M. A D :
12. Il ressort des pièces du dossier que M. D, né le 26 mars 2003, était âgé de moins de dix-neuf ans à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été présentée et était, donc, éligible à cette procédure. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée, en tant qu'elle porte refus de délivrer un visa à M. D, dont l'identité et le lien de filiation avec Mme E F ne sont pas contestés, est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation pour ce motif.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2306484, que les requérants sont seulement fondés à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle porte refus de délivrer un visa de long séjour à M. D.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement implique seulement mais nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à M. D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité à l'intéressé dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. D.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2306460 est rejetée.
Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 22 février 2023 est annulée en tant qu'elle porte refus de délivrance d'un visa de long séjour à M. D.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E F, à
M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
Mme Glize, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
Le rapporteur,
T. TAVERNIER
La présidente,
M. LE BARBIER La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2, 2306484
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026