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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306576

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306576

vendredi 9 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, Mme E C, représentée par Me Robin Lahmadni, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 14 octobre 2022 par laquelle le directeur de la délégation Nantes de la direction générale des territoires du département de la Loire-Atlantique a procédé à sa mutation d'office sur des missions de " cadre éducation " ainsi que de toutes les décisions ou actes de gestion qui en ont découlé ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de la Loire-Atlantique de la réintégrer sans délai sur son poste de responsable d'unité éducation ou sur un poste vacant budgété et correspondant à son niveau fonctionnel de responsabilité sans perte de salaire, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et d'examiner sa candidature au poste de chargée de projet au service international en tant que mesure alternative à sa situation actuelle ;

3°) de mettre à la charge du département de la Loire-Atlantique la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ; elle a fait l'objet d'une " mutation-sanction " et a été privée de l'ensemble des garanties procédurales notamment celles relative à la saisine de la commission administrative paritaire (CAP) et à la consultation de son dossier administratif ; elle a été placée dans une situation de perte de responsabilité importante du jour au lendemain sans pouvoir contester la décision prise par l'administration ; lorsqu'elle se risquait à poser des questions et à solliciter sa réintégration sur son poste, elle se voyait menacée d'une éviction ; ses conditions de travail ont été dégradées au point où elle ne dispose plus de bureau ; elle vit un harcèlement moral qui a contribué à dégrader sa santé ; elle justifie d'une inaptitude temporaire sur ses missions de réaffectation ; elle a développé un syndrome anxio-dépressif réactionnel à la mutation illégale dont elle a fait l'objet ; en tant que fonctionnaire territoriale, elle doit pouvoir être affectée sur un emploi permanent vacant et non être placée dans la précarité relative à l'exercice de missions ponctuelles ; ses arrêts maladies l'ont placée dans la situation de percevoir un demi-traitement et si sa situation devait se dégrader, de nouveaux placements en arrêts maladies et une précarité financière pourraient en résulter ; le récent courriel d'une cadre de la délégation témoigne de l'absence de contenu de la mission actuelle relative à la médiation numérique sur laquelle elle est affectée ; de plus, cette mutation, illégale, produit ses effets ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* l'autorité signataire était incompétente dès lors que l'arrêté de délégation de signature n° 15 de la direction générale territoire en vigueur à la date du 22 septembre 2022 dispose à son article 3 que s'agissant des notes d'affectation concernant les responsables d'unité, la compétence est attribuée à la directrice générale des territoires, Mme B ;

* s'agissant de la nullité des actes en l'absence de saisine préalable de la CAP : elle n'a pas bénéficié de la garantie essentielle tenant à la saisine de la CAP ni même celle lui permettant d'accéder à la consultation de son dossier administratif de sorte qu'elle n'a pas pu exercer son droit à la défense ;

* elle est entachée d'une absence de mention des délais et voies de recours, ce qui la prive d'une garantie fondamentale, le droit au recours étant un principe général du droit à valeur constitutionnelle, puisqu'elle prendrait l'apparence d'une mesure d'ordre intérieur laquelle n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours ;

* sa mutation ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur dès lors qu'elle ne repose pas sur des critères objectifs ; il s'agit d'une mesure prise en considération de sa personne puisque la note d'affectation se borne à souligner des éléments subjectifs tenant à l'existence d'un constat d'usure professionnelle qui serait partagé avec elle alors qu'elle n'a jamais partagé ce constat qui en réalité lui a été imposé lors de l'entretien qui s'est tenu avec sa hiérarchie le 10 janvier 2022 et surtout, ce constat d'usure professionnelle n'est pas davantage étayé par un avis de la médecine préventive encore moins par un médecin agréé ; le courriel du médecin du travail en dit long sur les pratiques particulièrement vexatoires de la ligne hiérarchique prête à monter un dossier sur la base de fausses allégations en rapportant des propos prétendument tenus par un médecin du travail et alors que le médecin a ainsi réfuté la tenue de tels propos comme en atteste son courriel du 14 janvier 2022 ; la mutation litigieuse révèle une perte de responsabilité importante et indiscutable, dès lors qu'elle a été privée du jour au lendemain de ses missions principales d'encadrement, de son bureau ; un autre agent s'est vu attribuer l'emploi qu'elle occupait comme le témoigne l'évolution des organigrammes de juillet 2022, octobre 2022 et mars 2023 ce qui permet d'établir qu'il s'agit d'une dépossession au sens littéral du terme ; alors que cet agent est désormais affectée sur l'emploi de " responsable unité éducation ", il convient de souligner l'illégalité d'un tel recrutement puisqu'aucune publicité ni même déclaration de vacance de cet emploi n'ont été réalisées par le conseil départemental de la Loire-Atlantique ;

* sa mutation est une sanction déguisée puisque ses conditions de travail ont été dégradées et qu'il apparaît de manière certaine aux termes de la note d'affectation que la décision d'affectation sur des missions de cadre éducation était motivée par sa manière de servir ; cette intention disciplinaire a été confirmée par M. D lors de sa reprise suite à son arrêt maladie puisque, le 29 mars 2023 lors d'un entretien, ce dernier mentionnait expressément le fait que sa façon de servir aurait fait l'objet de récriminations de la part d'institutionnels et de collègues de travail ; elle a ainsi été privée des garanties en matière disciplinaire ;

* elle est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors que la volonté du conseil départemental de la Loire-Atlantique était de sanctionner sa manière de servir, ce que la dégradation de ses conditions de travail vient confirmer alors que la procédure disciplinaire, que le procédé de mutation a permis de contourner, aurait été garante du contradictoire et du respect du droit de la défense ;

* un harcèlement moral est caractérisé en l'espèce dès lors qu'elle a subi des agissements répétés de la part de son employeur par le biais des mutations illégales dont elle a fait l'objet depuis le 10 janvier 2022 ; elle s'est vu spoliée de ses fonctions pour des raisons prétendument liées à son état de santé sans qu'elle ait eu la possibilité de s'en défendre ; les motivations relatives à l'usure professionnelle ont été inventées de toute pièce et sans référence à une fiche d'aptitude médicale ; il en résulte une pression psychologique exercée à son encontre aux fins d'éviction soit par le biais d'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle soit celle d'un abandon de poste ; les missions de réaffectation ont contribué à son isolement en ne lui permettant plus de participer aux réunions d'encadrement ; elle n'a plus disposé du jour au lendemain des moyens matériels lui permettant d'exercer ses fonctions et s'est retrouvée sans bureau et pendant un temps sans câblage informatique réseau et dépossédée de sa ligne téléphonique fixe attribuée désormais à sa collègue, aucune ligne fixe ne lui ayant été attribuée dans le cadre de sa réaffectation ; elle a vu sa santé se dégrader et un arrêt lui a été prescrit pour syndrome anxio-dépressif lié au travail ; ainsi, le médecin du travail a conclu à son inaptitude temporaire aux missions sur lesquelles elle était affectée soit celles de cadre éducation ; alors qu'à l'issue de son arrêt elle se mettait à la disposition de son employeur pour le prévenir de sa reprise, il lui était notifié une mise en demeure pour abandon de poste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2023, le département de la Loire-Atlantique, représenté par Me Maudet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A titre principal, il oppose une fin de non-recevoir à la requête tirée de ce que la note d'affectation contestée constitue une mesure d'ordre intérieur, insusceptible de recours : la note du 14 octobre 2022 a été prise dans l'intérêt du service, eu égard à l'usure professionnelle de Mme C ; cette affectation n'emporte ni perte de rémunération, ni perte de responsabilité, et ne porte pas atteinte aux droits et prérogatives de Mme C ; Mme C demeure un agent titulaire de catégorie A ayant le même grade d'attachée territoriale tout en poursuivant l'exercice de ses fonctions à Nantes ; de plus, Mme C souhaite postuler sur un poste de chargée de projets/dispositifs internationaux, soit un poste équivalent à celui qu'elle occupe ; quand bien même la mesure de changement d'affectation a été prise pour des motifs tenant à l'usure professionnelle de Mme C, constatée par de nombreuses absences depuis 2020, celle-ci constitue, toutefois, une mesure d'ordre intérieur ; la circonstance que l'usure professionnelle de Mme C soit à l'origine de la mesure litigieuse, prise pour assurer le bon fonctionnement du service, est sans incidence sur la nature de cette mesure ; la circonstance qu'elle ait prise en considération de sa personne, et notamment pour des motifs tenant à son état de santé, est également inopérante.

A titre subsidiaire, il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : Mme C n'établit pas que son changement d'affectation serait de nature à porter une atteinte grave et immédiate à sa situation et son état de santé ; les conclusions du médecin de prévention du 30 décembre 2022 ne font pas état d'une détérioration manifeste de l'état de santé de Mme C, seul un changement de poste étant préconisé ; de plus, le lien avec le service n'est pas établi ; l'intéressée n'a initié aucune démarche en vue de démontrer l'origine professionnelle de la prétendue détérioration de son état de santé ; le lien entre le syndrome dépressif mentionné dans l'arrêt de travail du 10 janvier 2023 et la réaffectation de la requérante n'est pas établi ; par ailleurs, à la date de la décision contestée, Mme C n'a subi aucune perte de rémunération et celle-ci n'apparaît qu'hypothétique ; de plus, comme il a été dit; l'intéressée n'a initié aucune démarche en vue de démontrer l'origine professionnelle de la prétendue détérioration de son état de santé, de sorte que l'éventuel passage à demi-traitement résulterait de l'application des dispositions des articles L. 822-1 du code général de la fonction publique et non de son changement d'affectation ; de surcroît, la requérante a attendu plus de six mois avant de saisir le juge des référés ; enfin, le délai d'instruction de l'affaire au fond ne saurait caractériser l'urgence à statuer ;

- aucun des moyens soulevés par Mme C n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* le signataire de la note du 14 octobre 2022 était compétent ;

* le moyen tiré de l'absence de mention des voies et délais de recours n'est pas sérieux ;

* l'affectation en cause n'emportant pas de modification particulière de la situation de la requérante, celle-ci ne nécessitait pas la saisine préalable de la CAP ; de plus, depuis le 1er janvier 2020, les décisions individuelles relatives à la mobilité et la mutation ne relèvent plus de la compétence de la CAP ;

* la mesure en cause constitue une mesure d'ordre intérieur, comme cela résulte des éléments évoqués au titre de l'irrecevabilité de la requête ;

* la mesure en cause ne constitue pas une sanction déguisée et ne procède pas d'un détournement de pouvoir : cette allégation ne repose que sur des affirmations péremptoires de la requérante et un document établi par elle-même, sans aucune force probante ; de plus, la mission confiée à Mme C correspond à ses responsabilités ;

* la situation de harcèlement moral invoquée n'est pas démontrée, Mme C étant affectée sur un poste conforme à ses prérogatives et responsabilités ; ce moyen est, en tout état de cause, inopérant.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 1er mai 2023 sous le numéro 2306122 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mai 2023 à 14 heures :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- les observations de Me Robin Lahmadni, représentant Mme C, en sa présence ; Me Robin Lahmadni reprend ses écritures à la barre et soutient que le délai observé par Mme C pour saisir le juge des référés est justifié par sa volonté de tenter de donner satisfaction à son employeur et de régler à l'amiable la situation ; Me Robin Lahmadni insiste sur le caractère discriminatoire de la mesure litigieuse, laquelle est motivée par l'état de santé de la requérante, non constaté médicalement et sur la recevabilité de la requête dès lors que la mutation en cause emporte une perte de responsabilités pour Mme C ; elle soutient également que la CAP aurait dû être consultée, la mesure en cause ayant été prise au regard de l'état de santé de Mme C ; s'agissant de l'incompétence de l'auteur de l'acte, Me Robin Lahmadni soutient que la preuve de l'empêchement de Mme B n'est pas établie ; Me Robin Lahmadni conclut enfin, en tout état de cause, au rejet de la demande du département de la Loire-Atlantique tendant à la mise à la charge de la requérante des frais d'instance ;

- et les observations de Me Maudet, représentant le département de la Loire-Atlantique qui reprend ses écritures à la barre et insiste sur le fait que l'affectation litigieuse constitue un simple changement de missions, qui n'emporte ni perte de rémunération, ni perte de responsabilité et qui ne saurait caractériser l'existence d'un préjudice grave et immédiat pour la situation de Mme C ; Me Maudet conteste, d'une part, le fait que cette mesure constitue un sanction déguisée, aucune faute n'étant reprochée à Mme C, et, d'autre part, le caractère fictif de la mission qui lui a été confiée ; Me Maudet, tout comme Me Robin Lahmadni, confirme que l'avis d'inaptitude du médecin du travail du 30 décembre 2022 concerne une mission temporaire confiée à Mme C et non les fonctions de responsable unité éducation précédemment exercées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, agent titulaire de la fonction publique territoriale de catégorie A, affectée à la délégation Nantes de la direction générale des territoires du département de la Loire-Atlantique, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 14 octobre 2022 par laquelle le directeur de la délégation Nantes l'a affectée sur des missions de " cadre éducation " ainsi que de toutes les décisions ou actes de gestion qui en ont découlé.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre une telle mesure, à moins qu'elle ne traduise une discrimination, est irrecevable, alors même que la mesure de changement d'affectation aurait été prise pour des motifs tenant au comportement de l'agent public concerné.

3. Il résulte de l'instruction que Mme C, qui exerçait les fonctions de " responsable d'unité développement éducation Sud " au sein du service développement local de la délégation Nantes du département de la Loire-Atlantique, a été affectée sur un poste de " cadre chargée d'études et de projets " au sein du même service, en charge, à compter du 8 septembre 2022, d'une mission sur l'usure professionnelle des travailleurs sociaux, et, à compter du mois d'avril 2023, d'un état des lieux de la médiation numérique en EDS. L'impossibilité de maintenir l'intéressée dans ses fonctions de " responsable d'unité développement éducation Sud " et la décision de l'affecter à des missions en qualité de cadre éducation, ont été formalisées par la note du 14 octobre 2022 du directeur de la délégation Nantes, contestée dans la présente instance. Il résulte de l'instruction, et particulièrement de la comparaison des fiches de poste " cadre chargé.e d'études et de projets " et " responsable d'unité développement éducation ", que ce changement d'affectation a emporté pour Mme C la perte, notamment, de fonctions d'encadrement, de représentation du département dans différentes instances et de gestion du budget de la politique éducation. Ainsi, la mesure contestée, en ce qu'elle emporte une perte de responsabilités pour Mme C ne peut être regardée comme constituant une simple mesure d'ordre intérieur. Au demeurant, il résulte de l'acte du 14 octobre 2022 litigieux, que cette nouvelle affectation a été décidée au regard de l'état d'" usure professionnelle " présenté par Mme C, lequel a été révélé " par les nombreuses absences () depuis 2020 " de l'intéressée, cette mesure ayant été " notamment prise pour des motifs tenant à [son] état de santé ", selon les écritures en défense. A cet égard, le département de la Loire-Atlantique ne conteste pas que les échanges avec Mme C quant à sa situation professionnelle, engagés en janvier 2022, faisaient suite à sa reprise de travail, à la suite d'un arrêt maladie et qu'au cours de l'entretien du 10 janvier 2022, une mobilité professionnelle pour raisons de santé a été envisagée. Or, il ne résulte pas de l'instruction que l'incompatibilité de l'état de santé de Mme C avec le poste de " responsable d'unité développement éducation " ait été médicalement constatée, particulièrement par le médecin de prévention, lequel n'a émis un avis d'inaptitude temporaire au poste concernant Mme C, que le 30 décembre 2022, alors qu'elle était affectée depuis plus de deux mois sur les fonctions de chargée d'études. Par ailleurs, le département de la Loire-Atlantique ne fait pas valoir, de manière étayée, que le caractère répété ou prolongé des absences de Mme C, pour raisons de santé, aurait perturbé le fonctionnement du service, la note du 14 octobre 2022 se bornant par ailleurs à invoquer un " constat d'usure professionnelle ", dont le caractère partagé est contesté par la requérante. Au regard de ces circonstances, la mesure litigieuse apparaît motivée par l'état de santé de Mme C, sans qu'aucune inaptitude au poste de " responsable d'unité développement éducation Sud " n'ait été au préalable constatée, et doit ainsi être regardée comme traduisant une discrimination prohibée. Par suite, la mesure contestée, ne peut, en tout état de cause, être regardée comme constitutive d'une simple mesure d'ordre intérieur, insusceptible de recours. Pour ce motif, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

6. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de son affectation sur le poste de " cadre chargé.e d'études et de projets ", le médecin de prévention a constaté l'inaptitude temporaire de Mme C à ces fonctions, le 30 décembre 2022. Par ailleurs, Mme C a été placée en arrêt de travail du 28 novembre 2022 au 28 février 2023. Si le médecin ayant prescrit ces arrêts a mentionné que ceux-ci étant sans rapport avec un accident du travail ou une maladie professionnelle, circonstance non contestable en l'absence de toute déclaration d'un tel évènement, celui-ci a néanmoins indiqué à l'assurance maladie, à l'occasion d'une télétransmission de données, le 10 janvier 2023, que Mme C souffrait d'un " syndrome dépressif-(inaptitude temporaire par médecin du travail)-motif exception sorties libres : favoriser reprise d'activité ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, il apparaît suffisamment établi que le changement d'affectation de Mme C a participé à la dégradation de son état de santé. Par ailleurs, comme il a été dit au point 3, la mesure contestée emporte une perte de responsabilités pour la requérante et traduit une discrimination. Ainsi, et en dépit du délai observé par Mme C pour contester la mesure en cause, celle-ci préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

7. Au regard des éléments évoqués au point 3 lesquels permettent, en l'état de l'instruction, de considérer que l'affectation de Mme C sur un poste de " cadre chargé.e d'études et de projets " a été motivée par son état de santé, sans que son inaptitude au poste de " responsable d'unité développement éducation Sud " ait été constatée par le médecin de prévention, le moyen invoqué par Mme C, particulièrement lors de l'audience, et tiré de ce que l'acte contesté constitue une discrimination prohibée, est de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le département de la Loire-Atlantique a affecté Mme C sur un poste de " cadre chargé.e d'études et de projets ".

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique uniquement d'enjoindre au département de la Loire-Atlantique de procéder à un examen de la situation de Mme C et de l'affecter, à titre provisoire dans l'attente du jugement au fond, sur un poste ne portant pas atteinte aux droits et prérogatives qu'elle tient de son statut ou à l'exercice de ses droits et libertés fondamentaux, ni n'emportant perte de responsabilités ou de rémunération, dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Loire-Atlantique, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

11. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de Mme C, laquelle n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le départemental de la Loire-Atlantique au titre des frais de procédure et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions du département de la Loire-Atlantique présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le département de la Loire-Atlantique a affecté Mme C sur un poste de " cadre chargé.e d'études et de projets ", formalisée le 14 octobre 2022, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au département de la Loire-Atlantique de procéder à un examen de la situation de Mme C et de l'affecter, à titre provisoire dans l'attente du jugement au fond, sur un poste ne portant pas atteinte aux droits et prérogatives qu'elle tient de son statut ou à l'exercice de ses droits et libertés fondamentaux, ni n'emportant perte de responsabilités ou de rémunération, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 3 : Le département de la Loire-Atlantique versera à Mme C la somme de 1 000 euros (mille euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions du département de la Loire-Atlantique présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C et au département de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 9 juin 2023.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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