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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306619

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306619

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantDANET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 mai 2023 et le 2 février 2024, Mme B D, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de ses enfants mineurs A et C E, représentée par Me Danet, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 15 janvier 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 11 octobre 2022 de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant aux jeunes A et C E la délivrance de visas de long séjour en France dit de retour ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas demandés dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de

100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer la demande dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de refus d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à la requérante de la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle procède d'un défaut d'examen de la situation personnelle des demandeurs de visas ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les demandeurs de visas n'avaient pas besoin d'un document de circulation, qu'ils ont un droit au séjour auprès de leur mère et que la préfécture leur avait délivré des documents de circulation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- les observations de M. Rosier, rapporteur public,

- et les observations Me Danet.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, a sollicité pour les enfants mineurs A et C E, nés le 21 septembre 2006 et le 10 octobre 2008, la délivrance de visas de long séjour dit de retour en France auprès de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie). Par des décisions du 11 octobre 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 15 janvier 2023, dont elle demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours :

2. En premier lieu, il résulte des mentions de l'accusé de réception adressé à la requérante par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par les décisions consulaires, que la commission, dont la décision se substitue à celles de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce de ce que d'une part, les demandeurs de visas ne justifient pas d'un droit au séjour et d'autre part, les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou non fiables. Une telle motivation, qui comporte l'énoncé des considérations de fait qui constituent le fondement de la décision, satisfait ainsi aux exigences légales de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation des demandeurs de visas n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation des jeunes A et C E doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour ou du document de circulation délivré aux mineurs en application de l'article L. 414-4 sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage ". Aux terme des dispositions de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ".

5. La détention d'un titre de séjour par un étranger ou, s'agissant d'un étranger mineur, d'un document de circulation pour étranger mineurs ou d'un titre d'identité républicain permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre, produit des pièces établissant sa validité. En ce cas, le consul ne dispose pas du pouvoir de refuser, quel que soit le motif invoqué pour justifier sa décision, l'octroi d'un visa d'entrée en France à l'étranger.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'alors qu'ils résidaient en France avec leurs parents, les enfants A et C E, nés le 21 septembre 2006 et le 10 octobre 2008, se sont vu délivrer des documents de circulation pour étrangers mineurs dont la validité expirait le 5 juin 2016. Mme D, leur mère, indique qu'elle s'est, en 2011, rendue en Algérie avec ses enfants et son ex-mari pour y passer des vacances et que, lors de ce séjour, ce dernier a subtilisé les documents de circulation pour étrangers mineurs des enfants puis a disparu avant qu'elle n'obtienne le divorce le 27 novembre 2011. Toutefois, ces documents étaient expirés depuis plus de six ans lorsqu'elle a sollicité, le 18 juillet 2022, la délivrance de visas d'entrée en France au profit de ses deux enfants. Ainsi, en estimant, pour rejeter le recours formé contre les refus opposés par les autorités consulaires, que les demandeurs ne justifiaient pas d'un droit au séjour et ne pouvaient donc bénéficier d'un visa dit de 'retour', la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif qui justifiait à lui seul le sens de la décision attaquée.

7. En dernier lieu, il est constant que si les jeunes A et C E ont résidé en France avec leurs parents et leur sœur ainée jusqu'en 2011, ils ont rejoint l'Algérie, avec leurs parents, pour les vacances, et y séjournent depuis cette date, d'abord auprès de leur mère puis de leur grand-mère, depuis le retour de Mme D en France, sans que la requérante n'en explique le motif, et les raisons pour lesquelles elle a attendu plusieurs années avant de demander la délivrance de visas pour ses enfants. Par ailleurs, comme cela a été dit au point 6, si Mme D allègue que les documents de circulation des enfants ont été subtilisés par son ex-mari l'ayant contraint à demeurer en Algérie, au-delà de la période de validité de ces documents, elle ne l'établit pas. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les jeunes A et C E, qui ont vécu la majorité de leur existence en Algérie, y seraient isolés et que Mme D ne pourrait pas leur rendre visite. Dans ces conditions, et alors au demeurant que la requérante peut, si elle s'y croit fondée, solliciter des visas pour ses enfants au titre du regroupement familial, la décision contestée n'est pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, entachée d'erreur d'appréciation au regard des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et 3-1 la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Danet.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. FOURNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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