mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306648 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistré les 11 mai, 1er juin et 5 septembre 2023, M. E D, Mme F G et M. B A, représentés par Me Régent, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 24 mai 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo refusant de délivrer à Mme F G un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'annuler la décision implicite du ministre de l'intérieur et des outre-mer refusant de délivrer à M. B A un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ces visas dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer les demandes dans le même délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de leur situation ;
- le motif consulaire tiré de ce que le regroupement familial serait partiel est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité des demandeurs de visa et leur lien familial avec le regroupant sont établis ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2024.
Par une lettre du 13 février 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur et des outre-mer, dès lors qu'un visa de long séjour a été délivré le 18 septembre 2023 à M. A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Heng,
- et les observations de Me Régent, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant congolais, a obtenu, par décision du 9 septembre 2019, de la préfète de Seine-et-Marne une autorisation de regroupement familial au profit de F G et de B A, ressortissants de même nationalité, qu'il présente comme son épouse et son fils. Par deux décisions, l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo a rejeté les demandes de visa de long séjour présentées au titre du regroupement familial. Par une décision du 24 mai 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté, s'agissant de Mme G, le recours formé contre cette décision consulaire. Elle a adressé le 25 mai 2023, s'agissant de M. A, une recommandation de délivrance du visa sollicité au ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui a, par courrier du 3 juillet 2023, décidé de faire droit à cette demande. En l'absence de réponse de ce ministre à la demande de M. A dans un délai de deux mois, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de refus de délivrance du visa de long séjour qui lui a été opposé. Ils demandent également l'annulation de la décision du 24 mai 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur le non-lieu à statuer :
2. Il ressort des pièces du dossier qu'un visa de long séjour a été délivré à M. A le 19 septembre 2023, soit postérieurement à l'introduction de la requête. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur et des outre-mer sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
3. Pour rejeter le recours introduit pour le compte des requérants, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'identité de Mme G et son lien familial avec M. D n'était pas établi.
4. D'une part, dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation entre le demandeur du visa et le membre de la famille qu'il projette de rejoindre sur le territoire français ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
6. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
7. Pour justifier de l'identité de Mme G, a été produite la copie d'un acte de notoriété supplétif à un acte de naissance, établi le 24 janvier 2022 par un officier d'état-civil de la commune de N'Djili et homologué par une ordonnance du tribunal de paix de Kinshasa/N'Djili le 26 janvier 2023 permettant, ainsi que le soutiennent les requérants, pour les personnes nées comme l'intéressée avant 1987, de suppléer à l'absence d'acte d'état-civil constatant la naissance, conformément aux articles 153 et suivants du code de la famille congolais. La seule circonstance que cet acte a été rendu quarante-huit ans après la naissance de l'intéressée et sept ans après son mariage ne saurait suffire à le faire regarder comme présentant un caractère frauduleux. Par ailleurs, l'authenticité du passeport de Mme G, produit à l'instance, n'est pas contestée. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que Mme G a fait l'objet d'un acte de naissance n° 504/74 dressé le 22 février 2016, sans décision judiciaire préalable, soit en méconnaissance du droit local, cet acte a été annulé par un jugement n° RPG 12.360 rendu le 13 décembre 2021 par le tribunal de de paix de Kinshasa/N'Djili. Dans ces conditions, l'identité de Mme C est établie par les documents d'état civil et d'identité produits.
8. Pour justifier du lien matrimonial l'unissant à M. D, est produit le volet n° 2 d'un acte de mariage n° 422 établi le 12 juin 2015 par le bourgmestre de la commune de N'Djili, faisant état de l'union civile du couple le même jour. La seule circonstance que les requérants ne produisent pas le volet n° 1 de cet acte de mariage ne permet pas de renverser la valeur probante accordée à un tel acte, alors qu'au demeurant le volet n° 2 produit comprend, ainsi que le soutiennent les requérants, toutes les mentions obligatoires prévues à l'article 392 du code de la famille congolais, dans sa version antérieure à la loi de 2016. Il suit de là qu'en estimant que l'identité de Mme G et son lien marital avec M. D n'étaient pas établis, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 24 mai 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à Mme G sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
1. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Régent, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 24 mai 2023 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme G le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Régent la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Mme F G, à M. B A, à Me Régent et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvet, présidente,
Mme André, première conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
H. HENGLa présidente,
C. CHAUVET
La greffière,
A. VOISIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026