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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306689

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306689

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, M. C... B... demande au tribunal d’annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a rejeté sa demande de naturalisation.

Il soutient que :
- la modification du prénom de son père sur le jugement supplétif d’acte de naissance est indépendante de sa volonté et résulte d’une erreur du tribunal du Mali ;
- il a obtenu l’original manuscrit de son acte de naissance, ce qui permet d’établir son identité ;
- il réside en France depuis 21 ans et sa conjointe et ses six enfants sont français.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 janvier 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
l’acte de naissance produit par M. B... n’est pas authentique ;
les autres circonstances invoquées par M. B... sont inopérantes.



Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Ribac, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. B..., de nationalité malienne, a présenté une demande de naturalisation, rejetée par le ministre de l'intérieur par une décision du 15 mars 2023 dont le requérant demande l’annulation au tribunal.

En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article 21-15 du code civil : « Hors le cas prévu à l’article 21-14-1, l’acquisition de la nationalité française par décision de l’autorité publique résulte d’une naturalisation accordée par décret à la demande de l’étranger ». Aux termes de l’article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : « (…) Si le ministre chargé des naturalisations estime qu’il n’y a pas lieu d’accorder la naturalisation (…) sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l’ajournement en imposant un délai ou des conditions (…) ». Aux termes de l'article 37-1 du même décret : « Le demandeur fournit, selon les mêmes conditions de recevabilité que celles prévues par l'article 9 : / 1° Son acte de naissance ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 811-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. » Aux termes de l’article 47 du code civil : « Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ».

L’autorité administrative peut, sans erreur de droit, ajourner ou rejeter une demande d’acquisition de la nationalité française en se fondant notamment sur la circonstance que le postulant avait, au soutien d’une demande tendant à obtenir de l’administration la délivrance d’une décision favorable, présenté des documents d’état civil étranger dépourvus de caractère probant, au sens de l’article 47 du code civil et ce, alors même que la présentation de ces documents n’aurait pas constitué une fraude personnellement commise par le postulant en connaissance de cause.

Pour rejeter la demande d’acquisition de la nationalité française de M. B..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que les actes qu’il a produits ne peuvent être considérés comme suffisamment probants au regard de l’article 47 du code civil compte tenu de leurs incohérences dès lors que, d’une part, le jugement supplétif d’acte de naissance n° 358 de l’année 1993 a été modifié au niveau de la date de l’audience publique ordinaire et a été gommé au niveau du prénom de son père pour rectification et que, d’autre part, la mention du jugement supplétif de naissance n’apparaît pas dans son acte de naissance délivré postérieurement.

Il est constant que le jugement supplétif d’acte de naissance n° 358 de l’année 1993 produit par M. B... à l’appui de sa demande de naturalisation a été modifié au niveau de la date de l’audience publique ordinaire et a été gommé pour rectification au niveau du prénom de son père. Si M. B... produit un extrait d’acte de naissance n° 182 établi suivant le jugement supplétif du tribunal n° 358 en date du 11 novembre 1993 et qui mentionne qu’il est le fils de M. A... B... ainsi qu’une copie d’extrait d’acte de naissance n° 182 établie suivant le jugement supplétif du tribunal n° 358 en date du 11 novembre 1993, certifiée conforme à l’original n° 182 et qui mentionne qu’il est le fils de M. A... B..., ces documents ne permettent pas de lever les incohérences qui touchent le jugement supplétif d’acte de naissance n° 358 de l’année 1993. Par suite, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation de M. B... au motif que ses documents d’état civil étaient dépourvus de caractère probant.

En second lieu, eu égard au motif qui fonde la décision attaquée, M. B... ne peut utilement se prévaloir de sa durée de séjour en France et de la circonstance que sa conjointe et ses six enfants sont français.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B..., qui ne comportait que des conclusions à fin d’annulation, doit être rejetée.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B... et au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l'audience du 10 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,
M. Simon, premier conseiller,
Mme Ribac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La rapporteure,





L.-E. Ribac
La présidente,





M. Le Barbier

La greffière,





A. Chabanne

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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