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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306716

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306716

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP DESCUBES BALLOTEAU LAPEGUE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée, sous le numéro 2306716, le 11 mai 2023, Mme B E D, épouse A, représentée par Me Chekroun, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 20 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de court séjour pour visite familiale, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commission de recours n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- le motif tiré de ce que les informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions de leur séjour sont non fiables n'est pas fondé ;

- la décision attaquée porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale, ainsi qu'à celle de son époux, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 et 19 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- Mme E D a souscrit une assurance santé qui ne couvre pas la totalité de son séjour ;

- elle ne dispose pas de ressources suffisantes pour financer son séjour ;

- il existe un risque de détournement de l'objet de son visa, à des fins migratoires.

II. Par une requête, enregistrée, sous le n° 2306723, le 11 mai 2023, M. C A, représenté par Me Chekroun, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 20 novembre 2022 de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de court séjour pour visite familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commission de recours n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- le motif tiré de ce que les informations communiquées pour justifier de l'objet et des conditions de leur séjour sont non fiables n'est pas fondé ;

- elle porte atteinte au droit au respect de leur vie privée et familiale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 et 19 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. A a souscrit une assurance santé qui ne couvre pas la totalité de son séjour ;

- il ne dispose pas de ressources suffisantes pour financer son séjour ;

- il existe un risque de détournement de l'objet de son visa, à des fins migratoires.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas (code des visas) ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B E D, épouse A, ressortissante égyptienne née le 16 septembre 1950, et M. C A, ressortissant algérien né le 22 mai 1940, ont sollicité des visas de court séjour pour visite familiale auprès de l'autorité consulaire française à Oran (Algérie), laquelle a rejeté leurs demandes le 20 novembre 2022. Par deux décisions implicites nées le 11 mars 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. M. A et Mme E D demandent l'annulation des décisions consulaires et des décisions de la commission de recours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2306716 et 2306723 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions consulaires du 20 novembre 2022 :

3. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui instituent un recours administratif préalable obligatoire que les décisions de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substituent à celles qui ont été prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, les décisions implicites de cette commission se sont substituées aux décisions du 20 novembre 2022 de l'autorité consulaire française en Algérie. Dès lors, d'une part, les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre les décisions de la commission de recours, d'autre part, les moyens soulevés à l'encontre des décisions consulaires doivent être écartés comme inopérants.

Sur la légalité de la décision attaquée :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation des demandeurs de visas n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de Mme E D et de M. A, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer que, pour rejeter les demandes de visas de court séjour présentées par Mme E D et M. A, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, ils n'ont pas produit de contrats d'assurance couvrant l'ensemble de leur séjour, d'autre part, ils ne justifient pas de ressources suffisantes pour financer ce séjour, enfin, il existe un risque de détournement de l'objet de leurs visas, à des fins migratoires.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée n'excédant pas trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de court séjour, dans les conditions prévues à l'article 6 du règlement 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016. / Les demandes de visa de court séjour sont déposées et instruites dans les conditions prévues par les chapitres II et III du titre III du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. ". Aux termes de l'article 15 du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " 1. Les demandeurs de visa uniforme à une ou deux entrées prouvent qu'ils sont titulaires d'une assurance maladie en voyage adéquate et valide couvrant les éventuels frais de rapatriement pour raison médicale, de soins médicaux d'urgence et/ou de soins hospitaliers d'urgence ou de décès pendant leur(s) séjour(s) sur le territoire des États membres. / 2. Les demandeurs de visa uniforme à plus de deux entrées (à entrées multiples) prouvent qu'ils sont titulaires d'une assurance maladie en voyage adéquate et valide couvrant la durée de leur premier séjour envisagé. / (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'assurance dont disposent M. A et Mme E D pour leur séjour en France couvre la période du 1er au 8 janvier 2023, alors que l'attestation d'accueil signée par le maire de l'Houmeau (Charente-Maritime) a été établie pour une période courant du 1er janvier au 31 mars 2023. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément de nature à démontrer que les intéressés auraient souhaité séjourner seulement huit jours en France, et alors, au demeurant, que le motif tiré du risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires n'est pas contesté, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en rejetant, pour le premier des motifs rappelés au point 5, le recours formé contre les décisions de refus des visas sollicités.

8. Il résulte de l'instruction que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ces deux seuls motifs.

9. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les enfants de Mme E D et de M. A seraient empêchés de leur rendre visite en Algérie. Dans ces conditions, eu égard au type de visas sollicités, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E D et M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme E D, épouse A, et de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E D, épouse A, à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,, 2306723

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