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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306719

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306719

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306719
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCARDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, M. A D et Mme E G, représentés par Me Cardon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 septembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo refusant de délivrer à Mme G un visa de long séjour en qualité de parent d'enfant français, ainsi que cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, pendant un délai de deux mois, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans les mêmes conditions de délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, pendant un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

- le signataire de la décision consulaire ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ; la décision de la commission de recours n'est pas signée par son auteur ;

- la décision consulaire est insuffisamment motivée tant en droit qu'en fait ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté, tel qu'il est protégé par les articles 47 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne du 7 décembre 2000 ;

- Mme G contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants à proportion de ses ressources ;

- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues ;

- les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E G, ressortissante congolaise née le 21 juin 1984, a sollicité un visa de long séjour en qualité de parent d'enfants français auprès de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo, laquelle n'a pas fait droit à sa demande. Par une décision implicite née le 11 septembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. D et Mme G demandent l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision consulaire :

2. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui instituent un recours administratif préalable obligatoire, que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission née le 11 septembre 2022 s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo. Il en résulte, d'une part, que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours, d'autre part, que les moyens soulevés à l'encontre de cette décision consulaire doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 11 septembre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

3. Aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme G est la mère des enfants I C A et H C B, nés le 26 juillet 2018 et le 3 août 2020, de nationalité française, résidant en France avec leur père, M. D, ressortissant français. Eu égard à leur jeune âge, ces enfants ont vocation à vivre tant auprès de leur père, qu'avec leur mère, dont il est établi, par la production de photographies la montrant avec eux à différents moments de sa vie, qu'elle a participé à leur éducation jusqu'à leur départ pour la France. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment, d'un certificat médical d'un médecin généraliste établi le 15 juin 2022, que l'état de santé de M. D, âgé de soixante ans, qui s'est vu reconnaître, par la maison des personnes handicapées du Nord, le 30 juillet 2020, un taux d'incapacité compris entre 50 et 80%, et bénéficie, à ce titre, de l'allocation aux adultes handicapés jusqu'en 2025, peut difficilement assurer seul la prise en charge de ses jeunes enfants. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors même que les requérants ne versent que peu d'éléments attestant du maintien des liens entre Mme G et sa famille depuis leur entrée en France en novembre 2021, la commission de recours a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D et Mme G sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité, au profit de Mme G, dans un délai de deux mois suivant sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Cardon, sous réserve que celui-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 11 septembre 2022, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme G un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cardon la somme de 1 200 euros (mille deux cents) sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme E G, à Me Cardon, ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvet, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

C. CHAUVET

La greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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