lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306722 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | PIERROT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 12 mai 2023 sous le n° 2306722, Mme F A et Mme C B, représentées par Me Pierrot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 20 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte-d'Ivoire) refusant de délivrer à Mme F A un visa de long séjour au titre du regroupement familial a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire procéder au réexamen de la demande dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le bénéfice du regroupement familial a été accordé à Mme B au profit de Mme A ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.
Par un mémoire, enregistré le 12 avril 2024, Mme F A et Mme C B, représentées par Me Pierrot, demandent au tribunal :
1°) de constater le non-lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision née le 20 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte-d'Ivoire) refusant de délivrer à Mme F A un visa de long séjour au titre du regroupement familial a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité, ainsi que sur ses conclusions tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai 2023 et 12 avril 2024 sous le n° 2306728, Mme C B, agissant en qualité de représentante légale de E A, représentée par Me Pierrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision née le 20 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte-d'Ivoire) refusant de délivrer à E A un visa de long séjour au titre du regroupement familial a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire procéder au réexamen de la demande dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le bénéfice du regroupement familial lui a été accordé au profit du demandeur ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'authenticité des actes d'état civil produits ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés et doit être regardé comme sollicitant une substitution de motifs.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 13 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2306722 et 2306728 sont relatives à une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme B, ressortissante ivoirienne, a obtenu le bénéfice du regroupement familial, par une décision de la préfète de l'Oise du 30 août 2022, au profit de sa fille, Mme F A et de son fils, E A. Les demandes de visas de long séjour déposées à ce titre ont été rejetées par l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) le 21 décembre 2022. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions de refus consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités par deux décisions implicites nées le 20 mars 2023, dont les requérantes demandent l'annulation au tribunal.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte, en tant qu'elles concernent la décision de refus de visa opposée à Mme F A :
3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête n° 2306722, Mme A s'est vu délivrer, le 6 septembre 2023, le visa de long séjour sollicité. Les conclusions à fins d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par les requérantes, en tant qu'elles concernent l'intéressée, sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation en tant qu'elles concernent la décision de refus de visa opposée à E A :
4. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.
5. Par ailleurs, il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
6. S'il n'est pas contesté que, par une décision du 24 mai 2022, la préfète de l'Oise a rejeté la demande de regroupement familial déposée par Mme B au bénéfice de ses enfants, celle-ci, ainsi qu'il a été dit au point 2 et comme le reconnaît le ministre en défense, a finalement fait droit à cette demande le 30 août 2022, après avoir procédé au réexamen de la situation de l'intéressée, en exécution de l'ordonnance n° 2202232 du 18 juillet 2022 du juge des référés du tribunal administratif d'Amiens. Ainsi, à la date de la décision attaquée, Mme B bénéficiait d'un droit au regroupement familial au bénéfice du demandeur. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait.
7. Toutefois, l'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve, toutefois, qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, le ministre fait valoir que l'identité du jeune E A et son lien de filiation avec la regroupante ne peuvent être tenus pour établis dès lors, d'une part, que l'acte naissance présenté à l'appui de sa demande de visa revêt un caractère frauduleux et, d'autre part, qu'aucun élément de possession d'état de nature à démontrer l'existence d'un lien familial entre les intéressés n'est produit.
9. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de la demande de visa présentée pour E A, a été produit l'acte de naissance n° 7802, dressé par l'officier d'état civil de la commune de Cocody (Côte d'Ivoire). S'il est constant que ce document comporte des incohérences quant à sa date d'établissement ainsi qu'à la date de décès du père du demandeur, la requérante produit, d'une part, une " décision de rectification administrative d'une erreur matérielle ", rendue le 20 septembre 2023 par le procureur de la république près le tribunal de première instance d'Abidjan, ordonnant la correction de ces anomalies et, d'autre part, l'acte de naissance de l'intéressé portant mention de cette décision rectificative. Dans ces conditions, l'identité de E A et son lien de filiation avec la regroupante doivent être tenus pour établis. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à la demande de substitution de motifs sollicitée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête n° 2306728, que la requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle porte refus de délivrer un visa de long séjour à E A.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête n° 2306728 :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à E A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à l'intéressé le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser à Mme A et à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête n° 2306722.
Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 20 mars 2023 est annulée en tant qu'elle porte refus de délivrer un visa de long séjour à E A.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à E A le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Mme A et à Mme B la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2306728 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Barbier, présidente,
M. Tavernier, conseiller,
M. Glize, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
Le rapporteur,
T. TAVERNIER
La présidente,
M. LE BARBIERLa greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2306722, 2306728
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026