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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2306733

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2306733

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2306733
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLAGIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 12, 19 et 25 mai 2023, l'association ONE VOICE demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet de la Vendée a autorisé une période complémentaire, allant du 15 mai 2023 jusqu'à l'ouverture générale de la chasse 2023, de vénerie sous terre du blaireau dans le département de la Vendée ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable : elle est agréée au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement, au niveau national, depuis le 5 janvier 2019 ; son objet social est parfaitement défini par ses statuts ; son intérêt à agir contre des actes d'application locale a, en outre, été reconnu par la cour administrative d'appel de Douai ; les moyens tirés de l'absence de bilan de son action ou la prétendue violation du code civil d'Alsace-Moselle ou de l'imprécision de sa requête seront aisément écartés ; l'arrêté attaqué a un rapport direct avec son objet et ses activités statutaires puisqu'elle agit notamment en faveur de la connaissance du blaireau par le grand public et de la protection de cette espèce par plusieurs moyens tels que la création d'un site internet consacré au blaireau présentant des informations relatives à son mode de vie, la réalisation d'investigations sur la pratique de la vénerie sous terre et ses incidences en matière de bien-être animal, la publication d'informations et d'alertes sur ce sujet à destination du grand public sur ses sites internet, sur les réseaux sociaux et également dans le magazine " Noé " qu'elle publie ; elle s'est fixée comme moyen d'action " d'intenter toute action ayant rapport à son objet devant les juridictions françaises " ; l'arrêté attaqué produit des effets dommageables pour l'environnement en prolongeant la période de vénerie sous terre du blaireau sur plusieurs mois, autorisant ainsi la mise à mort d'un nombre indéfini de blaireaux sur l'ensemble du département ; l'arrêté attaqué produit des effets sur le territoire du département de la Vendée et elle bénéficie d'un agrément au niveau national ; l'arrêté attaqué a été publié postérieurement à l'agrément de l'association One Voice intervenu le 5 janvier 2019 ; la juridiction administrative a reconnu l'intérêt à agir de l'association à de nombreuses reprises ; elle est valablement représentée par sa présidente, Madame B A, qui est habilitée à agir au nom de l'association en application de l'article 18 des statuts ; elle a donc bien qualité et intérêt à agir dans la présente instance ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que, en premier lieu, l'arrêté attaqué porte atteinte aux intérêts qu'elle défend à savoir la protection du bien-être animal et la protection de la biodiversité alors que la vénerie sous terre est un mode de chasse qui génère un niveau de souffrance particulièrement élevé pour les animaux chassés et que l'arrêté attaqué ne prévoit aucune limitation du nombre de blaireaux qui pourront être tués au cours des opérations, espèce ayant pourtant un rythme de reproduction particulièrement lent, avec un taux de croissance net de 15 à 20% par an ; en deuxième lieu, l'arrêté attaqué porte une atteinte immédiate aux intérêts qu'elle défend et alors même que le recours en annulation qu'elle a déposé ne sera en tout état de cause pas jugé avant l'ouverture de la période complémentaire de vénerie sous terre le 15 mai 2023 et la mise à mort des blaireaux ; en troisième lieu, l'arrêté attaqué porte une atteinte grave aux intérêts précités étant donné que le blaireau est une espèce dont le taux de croissance est particulièrement lent, de 15 à 20% en raison d'un mode de reproduction spécifique et d'un taux élevé de mortalité naturelle des jeunes blaireaux ; les documents préparatoires à l'adoption de l'arrêté ne contiennent aucune indication fiable du nombre de blaireaux présents dans le département de la Vendée et de l'évolution de leur population ces dernières années ; la période complémentaire intervient à une période de l'année où il reste des petits dans les terriers qui n'ont pas atteint leur maturité sexuelle et ne se sont donc pas encore reproduits, ce qui constitue une atteinte grave à l'équilibre biologique de l'espèce ; il résulte de la note de présentation de l'arrêté litigieux que ce sont entre 350 et 450 blaireaux qui vont être déterrés dans le cadre de la période complémentaire, ce nombre étant suffisant pour caractériser la gravité de l'atteinte et alors que les souffrances générées aux blaireaux par la pratique de la vénerie sous terre sont particulièrement élevées, puisque les blaireaux sont acculés au fond de leurs terriers pendant plusieurs heures, et parfois blessés par les chiens, avant d'être extirpés violemment à l'aide de pinces métalliques et d'être mis à mort, parfois à l'arme à feu, parfois à l'arme blanche ; en dernier lieu, il n'existe aucun intérêt public s'opposant à la suspension de l'arrêté litigieux puisqu'aucun des motifs invoqués par le préfet pour autoriser l'ouverture d'une période complémentaire de vénerie sous terre - dégâts aux infrastructures et aux cultures notamment - n'est établi et alors que les blaireaux sont déjà chassés à tir lors de la période générale d'ouverture de la chasse, entre septembre et février, sont également déterrés dans le cadre d'opérations de vénerie sous terre entre septembre et le 15 janvier ; de plus, les blaireaux sont le cas échéant visés par des opérations de destruction administratives autorisées sur le fondement de l'article L. 427-6 du code de l'environnement et de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales, toute l'année et en tout lieu, en cas notamment de risques de dégâts aux cultures, aux infrastructures routières, ou encore d'atteinte à la salubrité publique ; la juridiction administrative a à de nombreuses reprises rejeté les arguments avancés par les préfectures lié aux risques que poserait la suspension de la période complémentaire de vénerie sous terre en raison des dégâts causés par les blaireaux ; le préfet n'apporte strictement aucun élément permettant d'établir la matérialité des dégâts causés par les blaireaux sur le territoire du département ; le niveau des collisions routières n'est pas de nature à rendre indispensable l'ouverture d'une période complémentaire de vénerie sous terre ; tous les tribunaux administratifs saisis ont considéré que la condition d'urgence était satisfaite et la circonstance qu'elle n'a pas systématiquement contesté tous les arrêtés relatifs à la vénerie sous terre des blaireaux dans le département de la Vendée est sans incidence sur l'appréciation de la condition d'urgence ; il est établi que 80 à 90 % des prélèvements ont lieu au cours de la période complémentaire ce qui atteste de la gravité de l'atteinte portée à l'espèce des blaireaux par l'arrêté litigieux ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle méconnaît les modalités de consultation de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS) au regard de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'est pas établi que la convocation des membres de la CDCFS à la réunion du 9 mars 2022 est intervenue au moins cinq jours avant la tenue de la réunion et qu'elle était accompagnée de l'ensemble des documents nécessaires à l'examen des affaires qui y étaient inscrites ; la convocation à la réunion du 9 mars 2022 n'était accompagnée que des projets d'arrêtés soumis à discussion et ne comportait aucun élément relatif, notamment, à la question de la vènerie sous terre des blaireaux ;

* elle méconnaît le principe de précaution prévu à l'article L. 110-1 du code de l'environnement dès lors que, en premier lieu, la mise à mort de blaireaux constitue un dommage irréversible pour lesdits blaireaux et la pratique de la vénerie sous terre contribue à fragiliser de façon substantielle l'équilibre biologique même de l'espèce en raison du taux de croissance naturelle particulièrement faible de l'espèce, situé entre 15 et 20% par an ; le préfet se fonde sur un indicateur (le nombre de blaireaux tués chaque année dans le cadre de la vénerie sous terre, soit près de 330 individus) qui renseigne uniquement sur la pression de chasse et non sur l'état des populations alors que ce nombre est plus élevé que dans de nombreux départements ; le préfet se fonde sur un comptage des terriers réalisé par les chasseurs eux-mêmes, qui ne repose sur aucune méthodologie vérifiée alors que l'augmentation des terriers peut s'expliquer par une augmentation du nombre de comptages effectués, et ne signifie en rien que la population des blaireaux dans le département serait en augmentation ; en tout état de cause, la mise à mort de blaireaux dans le cadre de la période complémentaire ferait mécaniquement diminuer le taux de croissance déjà très faible du blaireau, et ce alors même que les données relatives aux populations de blaireaux sont lacunaires et qu'il est établi que les blaireaux ont un taux de reproduction particulièrement lent, susceptible de conduire à une diminution des effectifs si les prélèvements atteignent 20% environ du niveau des populations ; en second et dernier lieu, le préfet n'a pris aucune mesure visant à évaluer le risque réel que la période complémentaire de vénerie sous terre fait peser sur l'équilibre biologique du blaireau et sur le risque d'atteinte à des petits et n'a assorti sa décision d'aucune mesure de précaution visant à limiter le nombre de prise ou à limiter les risques de captures de petits ou d'animaux d'autres espèces présentes dans les terriers ; le préfet, en se bornant à se prévaloir d'une étude de l'ONCFS de 2019 réalisée au niveau national, ne démontre pas que les populations de blaireaux ne seraient pas menacées sur le territoire de la Vendée, comme cela résulte des nombreuses études scientifiques produites ;

* elle méconnaît l'interdiction de tuer des petits prévue par l'article L. 424-10 du code de l'environnement dès lors que des petits, au sens d'individus n'ayant pas atteint leur maturité sexuelle ou non sevrés, ni autonomes sur le plan de l'alimentation, seront présents dans les terriers au cours de l'intégralité de la période complémentaire de vénerie sous terre autorisée par l'arrêté litigieux ; l'administration elle-même reconnaît que les petits blaireaux ne sont pas sevrés au 15 mai, comme cela résulte d'un arrêté de la préfète des Deux-Sèvres ; il est établi que des portées et des " petits " blaireaux, quel que soit le critère retenu pour les définir, seront présents dans les terriers, lors de la période complémentaire de vénerie sous terre définie par l'arrêté litigieux ; les dispositions précitées du code de l'environnement ne prévoient aucune dérogation à l'interdiction de mise à mort des portées et petits des mammifères dont la chasse est autorisée, y compris des blaireaux ; les chiens ne font pas la distinction entre les jeunes blaireaux et les blaireaux adultes et il ne saurait être raisonnablement soutenu que les chiens de chasse seraient en mesure de distinguer, dans les terriers, les " petits " au sens du code de l'environnement ; il en va de même pour les chasseurs ; des blairelles seront par définition tuées au cours des opérations alors que les blaireautins sont encore dépendants de leurs mères lors de la période complémentaire de vénerie sous terre de sorte qu'ils ne pourront tout simplement pas survivre et mourront de faim dans les jours qui suivront la mort de leur mère ; le stress généré par la traque par les chiens, l'impossibilité pour les chasseurs d'empêcher les chiens de s'en prendre aux blaireautins et la mise à mort des mères conduira nécessairement à ce que des blaireautins soient mis à mort ; l'exécution de l'arrêté litigieux, en ce qu'il autorise de facto la mise à mort de petits blaireaux doit être suspendue ; à titre subsidiaire, l'exécution de cet arrêté doit être suspendue en ce qu'il ne justifie pas l'autorisation de mise à mort des blaireautins ; ni les documents préparatoires à l'adoption de l'arrêté litigieux ni l'arrêté lui-même ne contiennent d'élément permettant d'étayer les dégâts imputés au blaireau puisqu'ils ne contiennent tout simplement aucune donnée chiffrée ni aucune étude qui ferait état d'une situation particulièrement alarmante en termes de dégâts causés par les blaireaux dans le département ; ni les documents préparatoires à l'adoption de l'arrêté litigieux ni l'arrêté lui-même n'indiquent en quoi la mise à mort de petits serait nécessaire pour atteindre ces objectifs ; les dégâts agricoles notamment sur les parcelles de maïs ou liés aux infrastructures de transport causés par les blaireaux sont systématiquement surévalués et il est impossible de les attribuer spécifiquement aux blaireaux puisqu'on peut les attribuer également au sanglier ; les dégâts imputables aux blaireaux peuvent être prévenus par d'autres moyens que leur mise à mort et la mise à mort de leurs petits notamment par des clôtures basses imbibées d'essence, qui ont un effet répulsif ; l'article L. 424-10 du code de l'environnement est bien applicable à la chasse des blaireautins et il appartient à la fédération des chasseurs d'en contester la légalité si elle s'y croit fondée ; par ailleurs, contrairement à ce que fait valoir la fédération des chasseurs, les sangliers étant classés ESOD (espèce susceptible d'occasionner des dégâts) du groupe 3, la chasse de leurs petits peut être autorisée ; le sevrage, qui ne constitue qu'un changement de mode d'alimentation, ne saurait constituer le seul critère permettant de définir les petits dès lors que ces dispositions ont pour objectif de garantir les conditions de reproduction des espèces concernées, ce qui justifie qu'elles ne soient pas applicables aux ESOD ;

* elle méconnaît la gestion équilibrée des écosystèmes prévue à l'article L. 420-1 du code de l'environnement dès lors que ni les documents joints à la consultation du public, ni les considérants de l'arrêté litigieux ne contiennent d'élément permettant d'apprécier avec précision l'état de la population des blaireaux sur le territoire " du Lot-et- Garonne " ; le préfet n'a assorti son arrêté d'aucune disposition imposant un plafond au nombre de blaireaux pouvant être mis à mort au cours de la période complémentaire de vénerie sous terre ; il n'a pas plus prévu d'obligations pour les chasseurs d'informer les autorités administratives à l'issue des actions de chasse, ce qui serait essentiel pour assurer un suivi efficace des conséquences de la vénerie sous terre sur les blaireaux ; il ne prévoit aucune mesure pour limiter les risques de mise à mort de femelles et de petits blaireaux, ou pour prévenir le risque d'atteinte à d'autres espèces à l'occasion de la pratique de la vénerie sous terre ; ni la fédération départementale des chasseurs , ni le préfet n'apportent d'élément permettant d'établir la matérialité des dégâts imputés aux blaireaux et d'estimer le montant de ces dégâts ;

* elle ne prend pas en compte l'équilibre agro-sylvo-cynégétique au regard de l'article L. 420-1 du code de l'environnement dès lors que les dégâts attribués aux blaireaux ne font l'objet d'aucune estimation solide, sont systématiquement surestimés et confondus avec les dégâts causés par les sangliers, et pourraient en tout état de cause être limités par des solutions alternatives plus efficaces ;

* elle méconnaît l'interdiction de destruction d'espèces protégées prévue à l'article L. 411-1 du code de l'environnement dès lors que de nombreux éléments scientifiques attestent de la présence de deux espèces protégées dans les terriers des blaireaux soit les chauves-souris et les chats sauvages ; l'exécution de l'arrêté litigieux doit être suspendue en ce qu'il permet la destruction, l'altération, la dégradation et la mutilation d'animaux d'espèces protégées et de leurs habitats ; à titre subsidiaire, son exécution doit être suspendue, en ce qu'il méconnaît le principe de précaution, puisque malgré l'existence d'éléments circonstanciés relatifs à la présence d'espèces protégées dans les terriers des blaireaux, le préfet n'a pris aucune mesure visant à accréditer l'hypothèse d'un tel risque, et n'a pas plus mis en œuvre de mesures proportionnées visant à limiter la probabilité de survenance de ce risque et il n'a fait état, au cours de la procédure d'adoption de l'arrêté litigieux (consultation du public) et dans la rédaction de l'arrêté lui-même, d'aucun élément permettant d'apprécier le risque d'atteinte à une espèce protégée. ;

* l'illégalité de l'article R. 424-5 du code de l'environnement entache d'illégalité l'arrêté contesté : cet article fonde l'arrêté contesté, alors qu'il méconnaît l'interdiction prévue par l'article L. 424-10 du code de l'environnement ;

* la vénerie sous terre n'est pas utile dans le cadre de la lutte contre la tuberculose bovine : le rôle des blaireaux dans la propagation de cette maladie n'est pas établi ; de plus, la vénerie sous terre est interdite en zone infectée, en ce qu'elle constitue un facteur de propagation de la tuberculose bovine ; le dispositif SYLVATUB prévoit des battues organisées sur le fondement de l'article L. 427-6 du code de l'environnement afin de lutter contre la propagation de cette maladie.

Par une intervention, enregistrée le 24 mai 2023, la Fédération départementale des chasseurs de la Vendée (FDCV), représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête.

A titre principal, elle oppose des fins de non-recevoir à la requête tirées, d'une part, du défaut d'intérêt à agir de l'association ONE VOICE, en ce que celle-ci a une vocation nationale, que son objet est trop général, qu'aucun bilan de ses actions n'est produit, d'autre part, de ce que ses statuts méconnaissent les dispositions des articles 56 et 59 code civil d'Alsace-Moselle, enfin de l'imprécision de la requête et de la méconnaissance de la part de l'association de la règlementation applicable au blaireau.

A titre subsidiaire, elle fait valoir que :

* son intervention est recevable dès lors qu'elle a émis un avis favorable à la décision contestée, comme cela résulte de l'arrêté du 24 avril 2023 ; elle est partie prenante dans le débat relatif à la chasse du blaireau dont il convient de rappeler qu'il est une espèce de gibier à part entière ; la vènerie sous terre, ou déterrage, est un mode de chasse légal et inscrit comme tel dans le code de l'environnement ; elle a un intérêt direct et indiscutable à agir dans le présent contentieux dès lors que la requête vise à restreindre les périodes de chasse d'une espèce de gibier, voire à interdire purement et simplement la chasse de l'espèce ; il est fondamental pour elle de ne pas laisser en l'état la discussion sur la chasse du blaireau dans le département de la Vendée alors que, de plus, le discours de l'association requérante militante délivre une analyse inexacte tant en droit qu'en fait ; elle fait application de l'article L. 421-5 du code de l'environnement selon lequel les fédérations départementales des chasseurs " assurent la défense de la chasse ainsi que des intérêts de leurs adhérents " ; elle produit un extrait des délibérations du conseil d'administration habilitant son président à ester en justice ainsi qu'un exemplaire de ses statuts ;

* la requête de l'association ONE VOICE est irrecevable en raison de son défaut d'intérêt

pour agir :

- au regard de la vocation nationale de cette association : l'arrêté du préfet de la Vendée ne concerne qu'une seule espèce de gibier, pour une période de chasse très courte, sur le territoire d'un seul département ;

- au regard de l'imprécision de l'objet social de cette association : son objet social est très général ; ses statuts ne prévoient pas, parmi l'objet et les moyens d'action, l'action en justice ;

- au regard de l'absence de bilan de l'action de cette association : elle ne fournit aucun élément quant à son action et nul bilan de ses actions n'est joint au recours en ce qui concerne le blaireau, spécialement dans le départemental de la Vendée ;

* la requête de l'association ONE VOICE est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas en règle avec le code civil d'Alsace-Moselle et en particulier les articles 56 et 59 qui obligent une telle association à avoir au moins 7 membres au moment de sa déclaration ;

* la requête de l'association ONE VOICE est irrecevable dès lors qu'elle est imprécise : la requête ne mentionne jamais la date de l'arrêté contesté, et se contente d'indiquer le jour de sa publication au recueil des actes administratifs (le 5 mai), sans même prendre le soin d'en préciser l'année ; il est ainsi impossible de savoir quel arrêté est contesté dans cette instance ; l'association requérante fait preuve d'une parfaite méconnaissance de la réglementation applicable au blaireau puisque l'article R. 424-5 du code de l'environnement n'autorise la vènerie sous terre du blaireau que jusqu'au 15 janvier et non jusqu'en février comme elle l'indique ;

* la condition d'urgence n'est pas remplie : en premier lieu, l'association s'est déjà désistée d'une requête similaire comme en témoigne l'ordonnance du Juge des référé du tribunal du 7 juin 2021, ce qui révèle l'absence de fondement de la présente requête ; l'association requérante n'a pas cru utile d'attaquer en justice l'arrêté préfectoral pris pour l'année 2022 ; le moyen de la requête de l'association ONE VOICE selon lequel " la vènerie sous terre est un mode de chasse qui génère un niveau de souffrance particulièrement élevé pour les animaux chassés " n'a pas de fondement juridique et la référence au bien-être animal ne s'applique pas aux espèces de faune sauvage ; aucun texte, législatif ou réglementaire, n'impose que les animaux prélevés dans des opérations de vènerie sous terre soient soumis à un prélèvement maximum autorisé ; à aucun moment l'association ONE VOICE n'a jugé utile de saisir le préfet d'une demande préalable visant à critiquer la disposition de l'article 5 de l'arrêté préfectoral du 19 mai 2022 relatif à l'ouverture et à la clôture de la chasse dans le département pour la campagne cynégétique 2022-2023 dans le département de la Vendée et à obtenir que la chasse du blaireau ne soit pas ouverte pour une période complémentaire ; la note de présentation du projet d'arrêté préfectoral soumis à la consultation du public prend le soin de détailler la réglementation applicable à la chasse du blaireau, son statut et la connaissance de l'espèce dans le département avec le nombre de prélèvements opérés depuis la campagne 2017-2018 et les dégâts dont ils sont la cause ; l'association requérante est ainsi la seule à ne pas être informée de la situation du blaireau en Vendée ; en second lieu, la jurisprudence du Conseil d'Etat comme de certains tribunaux administratifs concluent au rejet des requêtes lorsqu'une espèce concernée par un référé n'est pas menacée d'extinction et que la mesure n'est pas de nature à entraîner une baisse importante de la population, ce qui est le cas en l'espèce ; en troisième lieu, le défaut d'urgence à statuer est caractérisé puisque l'arrêté critiqué porte la date du 15 mai comme date de début de la période complémentaire en 2023, date à laquelle les blaireautins sont sevrés ; en quatrième lieu, l'association ne produit aucune étude relative à la situation du blaireau dans le département de la Vendée et ne se contente que de critiquer celles établies par la FDCV ; elle n'administre pas la preuve qu'elle agit de manière positive pour le blaireau dans le département de la Vendée ; en cinquième lieu, la protection du blaireau n'est pas un enjeu majeur puisqu'il n'a pas de statut biologique dont la nature susciterait des inquiétudes en termes de conservation et l'association ONE VOICE confond sa haine de la chasse avec la problématique de la conservation d'une espèce de faune sauvage ; l'association ne fait aucune démonstration que la pratique de la chasse sous terre a causé ces dernières années un préjudice à la population de blaireaux vendéenne ;

* il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

* s'agissant du droit de l'Union européenne, il ne comporte pas de disposition, directive ou règlement, qui serait susceptible de s'appliquer à l'espèce blaireau et l'association requérante ne dit rien sur ce point ;

* s'agissant de la convention de Berne de 1979 : le blaireau n'est pas une espèce protégée puisqu'il est inscrit parmi les espèces de l'annexe III de cette convention et non de l'annexe II ; le comité permanent de la convention de Berne a rejeté deux plaintes d'associations de protection des animaux contre la vènerie, en 2013 et 2020, au motif que la réglementation française était satisfaisante ;

* le blaireau est une espèce qui se porte bien dans l'ensemble de l'Europe ; elle n'est ni menacée, ni en danger dès lors que les experts européens s'accordent pour dire que les populations européennes de ce mammifère sont stables voire en augmentation dans la plupart des pays européens ; le blaireau est classé comme gibier dans plusieurs pays d'Europe et le déterrage est un mode de chasse très ancien ;

* en France, le blaireau est une espèce de gibier, estimée à environ 150 000 individus, dont la chasse est autorisée conformément à l'arrêté ministériel du 26 juin 1987 et à ce titre il est susceptible de faire l'objet de vénerie sous terre ; s'il n'appartient pas à la liste des ESOD il peut, toutefois, faire l'objet de battues administratives, aux termes de l'article L. 427-6 du code de l'environnement, d'actes de chasse à tir, en application de l'article R. 424-4 du même code, et également de vènerie sous terre, réglementée par l'arrêté du 18 mars 1982, modifié par arrêté du 1er avril 2019 ; la vènerie sous terre, qui ne peut être pratiquée que par des équipages agréés, est le seul mode de chasse praticable, réaliste et efficace, du fait des mœurs nocturnes du blaireau ; le Conseil d'Etat a, par un arrêt du 30 juillet 1997, précisé que la légalité d'un arrêté autorisant une période complémentaire de la chasse sous terre était conditionnée à la présence d'une population significative de blaireaux dans le département, l'absence de perturbation de la reproduction du blaireau et le respect d'un temps nécessaire à l'élevage des jeunes, le préfet pouvant fixer des conditions techniques pour l'exercice de ce mode de chasse, sans qu'il soit nécessaire, pour prendre un tel arrêté, que des préjudices soient causés par les blaireaux aux récoltes ;

* dans son classement, l'Union internationale pour la conservation des espèces classe le blaireau comme préoccupation mineure de sorte qu'il n'est pas une espèce menacée et ainsi n'est pas à protéger ;

* il résulte des travaux scientifiques récents que la densité des blaireaux en France varie de 1,5 à 2,5 blaireaux par km2 et que l'indépendance alimentaire des jeunes blaireaux est atteinte à la fin du mois d'avril et l'intégration dans un groupe social à la mi-mai ;

* la consultation de la CDCFS du 9 mars 2022 est régulière et la proposition du directeur départemental des territoires faite au préfet l'a été sur la base des discussions qui ont eu lieu au sein de cette commission, appuyées sur des données départementales ; un argumentaire technique très complet sur la période complémentaire de la vènerie sous terre du blaireau datant de février 2020, mis à jour en mai 2023 a été présenté lors de la CDCFS du 9 mars 2022 ;

* le public a été régulièrement consulté, du 7 au 28 novembre 2022 et cette consultation a fait l'objet d'une synthèse ;

* la situation du blaireau en Vendée est parfaitement connue, comme la pratique de la chasse à vénerie ;

* l'instauration d'une période complémentaire de vènerie sous terre est parfaitement justifiée en fait et en droit ;

* l'article L. 424-10 du code de l'environnement n'est pas applicable à la chasse et interdit, en dehors de la chasse, de détruire ou s'approprier des animaux sauvages dans la nature ;

* le blaireau est à l'origine de dégâts causés aux activités agricoles, voies de transports et bâtiments ;

* les blaireaux jouent un rôle dans la propagation de la tuberculose bovine, en tant qu'hôte et transmetteur, alors que 104 foyers de cette maladie, qui emporte d'importantes incidences financières, ont été décomptés en France en 2020 ;

* l'association requérante n'apporte aucune étude, ni argument scientifique justifiant du bien-fondé de sa requête ; aucun élément propre au département de la Vendée n'est produit ; sa requête traduit une croisade contre la chasse, et ses arguments relatifs à l'éthique, la morale, le bien-être de l'animal ou la barbarie de la chasse à la vènerie ne peuvent prospérer ;

* l'arrêté contesté ne méconnaît pas l'équilibre agro-sylvo-cynégétique, au regard des dispositions de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : la période de la chasse ne saurait être confinée à une problématique chasse/dégâts ;

* l'atteinte aux habitats d'espèces protégées portées par l'arrêté contesté n'est pas établie par les seuls extraits de publication produits ; de plus, les veneurs ne détruisent pas les terriers et ont l'obligation réglementaire de les remettre en état ;

* le rapport n°470 fait au nom de la commission des affaires économiques sur les pétitions relatives à l'interdiction du déterrage du blaireau et l'abolition de la vènerie ne plaide pas en faveur de la présente requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : l'augmentation annuelle du nombre de terriers, particulièrement dans deux secteurs du département, alors que le nombre de prélèvements annuels de blaireaux a tendance à diminuer, et que cette espèce est à l'origine de dégâts, justifie la période chasse complémentaire de cette espèce, laquelle est prévue par l'article R. 424-5 du code de l'environnement ; l'association requérante ne justifie pas d'un préjudice grave et immédiat pour les blaireaux présents en Vendée, dont la population n'est pas en péril ; la suspension de l'exécution de l'arrêté contesté aurait pour effet de réduire de façon drastique les prélèvements effectués pour l'année 2023 et de modifier l'équilibre existant sur le territoire ;

- aucun des moyens soulevés par l'association ONE VOICE n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la CDCFS a été régulièrement consultée : elle a été convoquée dans les délais prescrits et a pu prononcer un avis éclairé sur le projet d'autorisation d'une période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau du 15 mai 2023 à la date d'ouverture générale de la chasse 2023 ;

* elle ne méconnaît pas le principe de précaution : le blaireau est classé en catégorie LC " préoccupation mineure " selon l'UICN ; en mai 2019, l'ONCFS a constaté qu'il n'a pas été observé de baisses importantes des populations entre 2001 et 2017 et que les prélèvements actuellement exercés sur le blaireau ne remettent pas en cause l'état de conservation favorable des populations ; la FDCV a constaté une bonne répartition des terriers en augmentation (896 en 2014, 1426 en 2020) et une augmentation lente mais constante des effectifs, au regard des collisions routières et prélèvements ; la consultation du public a recensé 74 avis favorables sur 75 et parmi ces contributions favorables, de nombreux témoignages attestent que les populations de blaireaux se portent bien ; compte tenu de ces données et alors que le prélèvements diminuent depuis 2017/2018, l'arrêté contesté ne peut pas porter une atteinte grave et irréversible à la préservation de cette espèce dans le département ; de plus, le blaireau est un hôte de transmission et de maintien de l'agent pathogène de la tuberculose bovine, prévalente en Nouvelle-Aquitaine, région voisine de la Vendée ; par ailleurs, la chasse à la vènerie fait l'objet d'un encadrement renforcé, par l'arrêté du 18 mars 1982, modifié en 2014 et 2019, lequel prévoit des mesures de précaution ; du fait de l'autorisation accordée, aucun dommage grave et irréversible pour l'environnement n'est à prévoir ;

* elle ne méconnaît pas l'article L. 424-10 du code de l'environnement : il appartient aux chasseurs de mettre en application ces dispositions, auxquelles l'arrêté contesté ne déroge pas ; les informations disponibles n'établissent pas que des petits blaireaux seraient présents dans les terriers après le 15 mai 2023 ; de plus, à supposer même que des jeunes blaireaux sevrés doivent être regardés comme des petits, leur mort serait une conséquence tout à fait indirecte de l'arrêté contesté et ne pourrait être assimilée à la destruction intentionnelle visée à l'article L. 424-10 précité ;

* elle ne méconnaît pas la gestion équilibrée des écosystèmes, au regard de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : la baisse constante des prélèvements réalisés ne peut pas porter atteinte à la préservation des blaireaux en Vendée, ni à l'équilibre du milieu ;

* elle ne méconnaît pas l'obligation de prendre en compte l'équilibre agro-sylvo-cynégétique prévu par l'article L. 420-1 du code de l'environnement : la chasse joue un rôle de régulation qui participe in fine à la préservation des dégâts causés par le gibier ; même s'il est difficile de quantifier les dégâts causés par le blaireau, cette espèce est à l'origine de dégâts agricoles, compte tenu de son régime alimentaire et de ses terriers ; le rapport du Sénat du 29 mars 2023 fait état de dégâts en hausse dans le département ; la FDC, la DREAL, le syndicat mixte du Bassin du Lay, le syndicat mixte Vendée-Sèvre-Autizes ont constaté la présence de terriers, dans les digues et dans les marais breton et poitevin ;

* elle ne méconnaît pas l'interdiction de destruction des espèces protégées, prévue par l'article L. 411-1 du code de l'environnement, compte tenu des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 18 mars 1982 ;

* l'article R. 424-5 du code de l'environnement n'est pas contraire à l'article L. 424-10 du même code, dès lors que ces dernières dispositions s'imposent aux chasseurs par vénerie pendant toute la période de chasse ; il résulte de l'arrêté du 18 mars 1982 que l'animal n'est pas tué par le chien à l'intérieur du terrier mais qu'il est capturé par déterrage à l'aide d'outils de terrassement ou de pinces qui ne le blessent pas puis libéré ou tué immédiatement ; le chasseur est ainsi en mesure d'identifier si l'animal est adulte ou non et tenu de le libérer s'il s'agit d'un petit ; de plus, l'article R. 424-5 du code de l'environnement en fixant la date de chasse complémentaire à compter du 15 mai, date à laquelle la plupart des blaireautins sont sevrés tient compte du cycle biologique de l'espèce.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 12 mai 2023 sous le numéro 2306713 par laquelle l'association One Voice demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mai 2023 à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- les observations de l'association ONE VOICE, représentée par M. C ;

- et les observations de Me Lagier, représentant la fédération départementale des chasseurs de la Vendée (FDCV).

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, l'association ONE VOICE demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 24 avril 2023 par lequel le préfet de la Vendée a autorisé une période complémentaire, allant du 15 mai 2023 jusqu'à l'ouverture générale de la chasse 2023, de vénerie sous terre du blaireau dans le département de la Vendée.

Sur l'intervention de la fédération départementale des chasseurs de la Vendée :

2. La fédération départementale des chasseurs de la Vendée a intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi, son intervention est admise.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

5. Il résulte de l'instruction que la période complémentaire de vènerie sous terre du blaireau, autorisée par le préfet de la Vendée préjudicie aux intérêts défendus par l'association ONE VOICE, qui a notamment pour objet de " protéger et défendre les droits à la vie, à la liberté, au bien-être et au respect des animaux, de protéger et de défendre l'environnement, la nature, les espèces en voies de disparition et la défense d'une société n'engendrant pas la souffrance d'animaux, n'impliquant pas la mort de ces animaux ", et ce, de manière immédiate, dès lors que l'autorisation litigieuse a déjà commencé à produire ses effets, lesquels auront cessé à la date à laquelle le juge du fond statuera sur cette affaire. Toutefois, s'agissant de la gravité du préjudice invoqué, l'association requérante, à laquelle il appartient de justifier de l'urgence à statuer, se prévaut essentiellement de données générales liées au cycle de vie et de reproduction du blaireau, lesquelles ne sont pas de nature à démontrer l'importance des effets de la décision litigieuse sur la population du blaireau en Vendée. En outre, si l'association ONE VOICE se prévaut de la cruauté du mode de chasse en cause, il résulte, toutefois, de l'arrêté du 18 mars 1982 relatif à l'exercice de la vénerie, modifié le 1er avril 2019, que cette pratique, ouverte uniquement aux meutes bénéficiant d'une attestation de conformité délivrée par le préfet, est strictement encadrée et ainsi, que, d'une part, " seul est autorisé pour la chasse sous terre l'emploi d'outils de terrassement, des pinces non vulnérantes destinées à saisir l'animal au cou, à une patte ou au tronc et d'une arme pour sa mise à mort, à l'exclusion de tout autre procédé, instrument ou moyen auxiliaire, et notamment des gaz et des pièges ", et, d'autre part, " si le gibier chassé sous terre n'est pas relâché immédiatement après sa capture, sa mise à mort doit avoir lieu immédiatement après la prise, à l'aide d'une arme blanche ou d'une arme à feu exclusivement. Il est interdit d'exposer un animal pris aux abois ou à la morsure des chiens avant sa mise à mort ". Par ailleurs, si l'association ONE VOICE invoque la mise à mort de petits blaireaux qu'implique la vènerie, il résulte, toutefois, des données produites à l'instance que ceux-ci sont majoritairement sevrés à la mi-mai, et ainsi ne dépendent plus de leur mère pour leur alimentation, alors que, par ailleurs, la chasse sous terre permet une identification du blaireau avant de le tuer, et ainsi de gracier les plus jeunes blaireautins. S'agissant du fait que l'arrêté contesté ne fixe pas un nombre maximal de prélèvements autorisés, il résulte des données produites en défense, non remises en cause par les éléments versés par l'association requérante, que ce nombre est globalement en baisse constante dans le département de la Vendée depuis 2017, alors que les indices de présence du blaireau dans ce département (nombre de terriers et de collisions routières) révèlent une augmentation des effectifs de la population de cette espèce et a minima, leur maintien. Par ailleurs, si l'association ONE VOICE se prévaut du fait que 80 à 90% des prélèvements de blaireau ont lieu durant la période de vénerie sous terre complémentaire, il résulte, toutefois, des éléments produits en défense, notamment du rapport d'information au Sénat n°470 du 29 mars 2023, que cette espèce doit être régulée en raison des importants dégâts qu'elle cause et des risques de développement de la tuberculose bovine, alors que ses comportement nocturne et mode de vie ne permettent pas facilement de réaliser des opérations de régulation. A cet égard, il est constant que la chasse de nuit est interdite en Vendée et il n'est pas sérieusement contesté que la vénerie sous terre est plus difficilement praticable en automne et en hiver. De plus, s'agissant des dégâts causés par les blaireaux en Vendée, il résulte des diverses pièces versées aux débats, notamment de la carte des dégâts figurant dans le rapport d'information au Sénat précité, de la synthèse de la participation du public et du rapport de la DREAL du 16 juillet 2020, que les dégâts causés par le blaireau sont en hausse dans ce département, où la présence de terriers a été constatée dans les marais breton et poitevin et dans les digues fluviales du Lay, mettant en péril leur stabilité et où le nombre de collisions routières avec cet animal est également croissant. A cet égard, si l'association ONE VOICE soutient que les mesures fondées sur les articles L. 427-6 du code de l'environnement et L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales permettent de lutter contre les dégâts causés par le blaireau, celles-ci apparaissent, toutefois, nécessairement ponctuelles et limitées. Enfin, il résulte également de l'instruction que la régulation du blaireau constitue un moyen de lutte contre la propagation de la tuberculose bovine, pathologie particulièrement présente en Nouvelle-Aquitaine, proche de la Vendée. A cet égard, si l'association requérante fait valoir que la chasse sous terre contribue à la propagation de la tuberculose bovine, elle ne saurait, toutefois, sérieusement contester que la régulation de la population de blaireaux, hôtes et transmetteurs de cette maladie, contribue nécessairement à la lutte contre cette infection, alors, en tout état de cause, que la vènerie est interdite en zone infectée. Ainsi, au regard de l'intérêt public qui s'attache à la régulation du blaireau en Vendée, laquelle nécessite la période de vènerie sous terre complémentaire autorisée par l'arrêté litigieux compte tenu du comportement nocturne et du mode de vie de cette espèce, classée LC " préoccupation mineure " selon l'UICN, et alors que les éléments invoqués par l'association ONE VOICE et les pièces produites pour les étayer, ne suffissent pas à établir la gravité du préjudice porté par la décision litigieuse, au blaireau en Vendée, dont elle défend les intérêts, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposés par la FDCV, ni de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions présentées par l'association ONE VOICE sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la mise à la charge de l'Etat des frais d'instance, doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'intervention de la fédération départementale des chasseurs de la Vendée est admise.

Article 2: La requête de l'association ONE VOICE est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association ONE VOICE, à la fédération départementale des chasseurs de la Vendée et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 13 juin 2023.

La juge des référés,

O. Robert-Nutte

Le greffier,

J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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