Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I. Sous le n° 2306754, par une requête enregistrée le 12 mai 2023, Mme A... B..., représentée par Me Vilao, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite résultant du silence gardé par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) sur sa demande notifiée le 23 janvier 2023 tendant à la reconstitution de carrière ;
2°) d’enjoindre à l’AEFE de lui verser, après reconstitution de sa carrière, l’indemnité correspondant à la différence entre la rémunération qu’elle a effectivement perçue depuis son recrutement par l’AEFE en 2008 et celle à laquelle elle pouvait prétendre en qualité de personnel expatrié depuis cette même date, dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l’AEFE à lui verser la somme de 115 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison des fautes commises par l’AEFE dans le cadre de la gestion de sa carrière, assortie des intérêts au taux légal à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) d’enjoindre à l’AEFE de lui proposer de choisir entre conserver son statut actuel de résident ou opter pour un contrat portant sur un emploi d’encadrement, dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la légalité de la décision implicite de l’AEFE rejetant sa demande de reconstitution de carrière :
- la décision implicite de l’AEFE rejetant sa demande de reconstitution de carrière est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation dès lors que, d’une part, son recrutement sous contrat de personnel résident est entaché d’un détournement de procédure, et que, d’autre part, le refus de sa candidature sur le poste de secrétaire général du lycée français Jean Monnet à Bruxelles disponible en 2020 est illégal, celui-ci étant réservé aux personnels expatriés en méconnaissance du principe d’égalité de traitement des fonctionnaires ;
En ce qui concerne la responsabilité de l’AEFE :
- l’AEFE a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en la recrutant avec un statut de personnel résident dès lors que ce recrutement est entaché d’un détournement de procédure ;
- l’AEFE a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en refusant sa candidature au poste de secrétaire général du lycée français Jean Monnet à Bruxelles dès lors que ce refus méconnaît le principe d’égalité de traitement des fonctionnaires ;
- l’AEFE a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en refusant de reconstituer sa carrière malgré l’illégalité de son recrutement en tant que personnel résident et du refus de sa candidature sur le poste de secrétaire général du lycée français Jean Monnet à Bruxelles ;
- l’AEFE a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en lui proposant, dans le cadre de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE en 2022, de choisir entre deux contrats ne correspondant pas à sa situation alors que, d’une part, les dispositions du décret n° 2022-896 du 16 juin 2022 qui prévoient les nouvelles catégories de contrats proposés aux personnels détachés auprès de l’AEFE sont une réminiscence de la distinction entre les statuts de personnel résident et de personnel expatrié et qu’elles méconnaissent le principe d’égalité de traitement des fonctionnaires dès lors qu’elles introduisent une différence de traitement fondée sur la nature du poste occupé qui n’est pas justifiée par un motif d’intérêt général, et que, d’autre part, l’AEFE aurait dû lui proposer d’opter pour un contrat sur un emploi d’encadrement et non pas pour un contrat sur un emploi d’enseignement, d’éducation et d’administration ;
- les fautes commises par l’AEFE dans la gestion de sa carrière lui ont causé des préjudices financiers, qu’elle évalue à un montant de 40 000 euros, et des préjudices moraux, qu’elle évalue à hauteur de 75 000 euros ;
- le comportement fautif de l’AEFE tenant à ce qu’elle ne lui propose pas d’opter pour un contrat sur un emploi d’encadrement perdure, ce qui justifie d’enjoindre à l’AEFE de lui proposer de choisir entre son statut actuel de résident et un contrat sur un emploi d’encadrement.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2025, la directrice générale de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que l’AEFE n’a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
Par un courrier du 26 mars 2026, Mme B... a été invitée, en application des articles R. 612-1 et R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire la décision prise par l’AEFE statuant sur une demande qu’elle a préalablement formée devant elle tendant à la réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison du refus opposé à sa demande de reconstitution de carrière formulée dans son courrier notifié le 20 janvier 2023.
Par un courrier du 9 avril 2026, Mme B... a présenté des observations, qui n’ont pas été communiquées.
II. Sous le n° 2505251, par une requête enregistrée le 21 mars 2025, Mme A... B..., représentée par Me Vilao, demande au tribunal :
1°) de condamner l’AEFE à lui verser la somme de 271 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subi en raison des fautes commises par l’AEFE s’agissant du harcèlement moral dont elle a été victime et s’agissant de la gestion de son statut de personnel résident, assortie des intérêts au taux légal à compter de la notification du jugement à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a subi une situation de harcèlement moral, de discrimination, ainsi qu’une rupture d’égalité de traitement, qui sont de nature à engager la responsabilité de l’AEFE pour faute ;
- l’AEFE a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en méconnaissant son obligation de sécurité à l’égard de Mme B... dès lors qu’aucune mesure n’a été prise afin de faire cesser la situation de harcèlement moral qu’elle subissait et de protéger sa santé ;
- l’AEFE a commis une faute de nature à engager sa responsabilité, d’une part, en ne mettant fin que tardivement à la distinction entre le statut de personnel résident et le statut de personnel expatrié dès lors que cette distinction a été jugée illégale par l’arrêt n° 1802702 du 15 mai 2020 de la cour administrative d’appel de Nantes, et, d’autre part, en organisant une campagne de droit d’option fondée sur les dispositions du décret n° 2022-896 du 16 juin 2022 alors que ces dispositions sont illégales, étant contraires au principe d’égalité ;
- la responsabilité sans faute de l’AEFE doit être engagée sur le fondement de la rupture d’égalité devant les charges publiques eu égard à son action tardive pour mettre fin à la distinction entre le statut de personnel résident et celui de personnel expatrié ;
- les fautes commises par l’AEFE et la rupture d’égalité devant les charges publiques lui ont causé des préjudices moraux, qu’elle évalue à hauteur de 215 000 euros, et des préjudices financiers, qu’elle évalue à 56 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2026, la directrice générale de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions indemnitaires présentées par Mme B... sont tardives dès lors que sa requête a été enregistrée plus de deux mois après la naissance de la décision de l’AEFE rejetant sa demande formée le 20 janvier 2023 tendant à la réparation des préjudices causés par son recrutement sur un contrat de résident et par le refus de sa candidature au poste de secrétaire général du lycée Jean Monnet à Bruxelles ;
- l’AEFE n’a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.
Par un courrier du 26 mars 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de la tardiveté des conclusions indemnitaires présentées par Mme B... tendant à la réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison, d’une part, de l’illégalité de la campagne de droit d’option réalisée par l’AEFE, et d’autre part, de l’action tardive de l’AEFE pour mettre fin à la distinction entre le statut de personnel résident et le statut de personnel expatrié, dès lors que la requête a été enregistrée plus de deux mois après la naissance de la décision implicite de l’AEFE statuant pour la première fois sur la demande indemnitaire préalable de Mme B..., reçue le 20 janvier 2023, portant sur ces faits générateurs, alors même que l’AEFE a rejeté postérieurement une nouvelle demande indemnitaire de Mme B... portant sur les mêmes faits générateurs.
Par un courrier du 1er avril 2026, Mme B... a présenté des observations en réponse à ce courrier, qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2002-22 du 4 janvier 2002 ;
- le décret n° 2015-652 du 10 juin 2015 ;
- le décret n° 2022-896 du 16 juin 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Ossant,
- et les conclusions de M. Revéreau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Mme B..., attachée d’administrations parisiennes, a été affectée au sein du lycée français Jean Monnet à Bruxelles (Belgique), d’abord à compter du 19 août 2008 au titre d’un contrat de droit local d’une durée d’un an conclu avec l’établissement pour exercer les fonctions de secrétaire, puis, à compter du 1er septembre 2009, dans le cadre d’un détachement, au titre d’un contrat en qualité de personnel résident conclu avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) le 26 juin 2009 pour une durée de trois ans renouvelable tacitement par période de trente-six mois, pour exercer les fonctions de gestionnaire. Par un courrier du 15 janvier 2023, reçu le 20 janvier suivant, Mme B..., estimant qu’elle aurait dû bénéficier du statut de personnel expatrié et qu’elle aurait dû être recrutée en tant que secrétaire générale de l’établissement, a sollicité auprès du directeur général de l’AEFE la reconstitution de sa carrière avec les conséquences financières qui y sont associées, ainsi que la réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison de son recrutement sur un statut de personnel résident, du refus de sa candidature en tant que secrétaire générale, de l’illégalité de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE en 2022 et de l’action tardive de l’AEFE pour mettre fin à la distinction entre les statuts de personnel résident et de personnel expatrié. Ces demandes ont été implicitement rejetées par l’AEFE du fait du silence gardé par cette autorité pendant un délai de deux mois. Par sa requête n° 2306754, Mme B... demande au tribunal, d’une part, d’annuler la décision implicite de l’AEFE rejetant sa demande de reconstitution de carrière, et, d’autre part, de condamner l’AEFE à lui verser la somme de 115 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison des fautes commises par l’AEFE dans le cadre de la gestion de sa carrière. Par ailleurs, par un courrier du 22 novembre 2024, reçu le 2 décembre suivant, Mme B... a sollicité auprès du directeur général de l’AEFE la réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison du harcèlement moral, des discriminations et des atteintes au principe d’égalité de traitement dont elle aurait été victime, de la méconnaissance par l’AEFE de son obligation de sécurité, de l’action tardive de cette autorité pour mettre fin à la distinction entre les statuts de personnel résident et de personnel expatrié et de l’illégalité de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE en 2022. Par sa requête n° 2505251, Mme B... demande au tribunal de condamner l’AEFE à lui verser la somme de 241 000 euros en réparation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison des fautes commises par l’AEFE et de la rupture d’égalité devant les charges publiques qu’elle aurait subie en raison de l’action tardive de l’AEFE pour mettre fin à la distinction entre les statuts de personnel résident et de personnel expatrié.
Les requêtes nos 2306754 et 2505251 présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
Sur la requête n° 2306754 :
En ce qui concerne l’étendue du litige :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle. (…) ». Aux termes de l’article R. 612-1 du même code : « Lorsque des conclusions sont entachées d’une irrecevabilité susceptible d’être couverte après l’expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d’office cette irrecevabilité qu’après avoir invité leur auteur à les régulariser. (…) La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l’expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l’information prévue à l’article R. 611-7. ».
Mme B... demande notamment l’indemnisation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison du refus opposé à sa demande de reconstitution de carrière formulée par un courrier du 15 janvier 2023, reçu le 20 janvier suivant. Or, la demande indemnitaire préalable adressée par la requérante par ce même courrier du 15 janvier 2023 à l’AEFE ne peut être regardée comme sollicitant l’indemnisation des préjudices qui résulteraient de cette illégalité fautive, dès lors notamment que la décision implicite de l’AEFE rejetant sa demande de reconstitution de carrière est nécessairement née postérieurement à ce courrier. Dans ces conditions, en l’absence de décision de l’AEFE liant le contentieux sur ce fait générateur, et alors que le tribunal a adressé à la requérante, par un courrier du 26 mars 2026, une demande de régularisation sur le fondement de l’article R. 612-1 du code de justice administrative, en réponse à laquelle l’intéressée s’est bornée à indiquer son impossibilité de produire une telle décision, les conclusions de la requête n° 2306754 tendant à la condamnation de l’AEFE à lui verser une indemnité en réparation des préjudices nés du refus opposé à sa demande de reconstitution de carrière sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions à fin d’annulation :
En premier lieu, aux termes de l’article D. 911-42 du code de l’éducation, dans sa version applicable au litige : « Les articles D. 911-43 à D. 911-52 fixent les modalités relatives à la situation administrative des fonctionnaires relevant du code général de la fonction publique, placés en position de détachement pour servir dans les établissements situés à l’étranger suivants : / 1° Etablissements d’enseignement dépendant du ministère des affaires étrangères en application des articles D. 452-1 et suivants relatifs à l’administration et au fonctionnement de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger et du décret n° 79-1016 du 28 novembre 1979 relatif à l’administration et au fonctionnement de l’office universitaire et culturel français pour l’Algérie ; / 2° Etablissements ayant passé une convention administrative, financière et pédagogique avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger ; / 3° Etablissements dont le fonctionnement en matière administrative, financière et pédagogique a fait l’objet d’un traité ou accord international. / (…). ». Aux termes de l’article D. 911-43 du même code, dans sa version applicable au litige, lequel codifie l’article 2 du décret du 4 janvier 2002 visé ci-dessus relatif à la situation administrative et financière des personnels des établissements d’enseignement français à l’étranger : « Ces fonctionnaires sont détachés auprès de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger pour servir, à l’étranger, dans le cadre d’un contrat qui précise la qualité de résident ou d’expatrié, la nature de l’emploi et les fonctions exercées, la durée pour laquelle il est conclu et les conditions de son renouvellement. Les types de contrat sont arrêtés par le directeur de l’agence après consultation du comité technique. Pour les expatriés, le contrat est accompagné d’une lettre qui précise leur mission. / Les personnels expatriés sont recrutés par l’agence, après avis de la commission consultative paritaire centrale compétente, hors du pays d’affectation, sur des postes dont la liste limitative est fixée chaque année par le directeur de l’agence. / Les personnels résidents sont recrutés par l’agence sur proposition du chef d’établissement, le cas échéant après avis de la commission consultative paritaire locale compétente de l’agence. / Sont considérés comme personnels résidents les fonctionnaires établis dans le pays depuis trois mois au moins à la date d’effet du contrat. / (…). ».
Sont entachées d’un détournement de procédure les décisions de l’Agence française pour l’enseignement français à l’étranger procédant au recrutement d’un fonctionnaire, résidant initialement en France, par le biais d’un contrat de travail d’une durée de trois mois régi par le droit du pays d’accueil (« contrat de droit local »), puis, dans un deuxième temps, au recrutement de ce même agent sur la base du statut dit de « personnel résident » défini par l’article D. 911-43 du code de l’éducation, ces deux décisions ayant pour seul objet de priver délibérément l’intéressé du bénéfice du statut de « personnel expatrié ».
Il est constant que Mme B... a conclu, dans un premier temps, un contrat de droit local avec le lycée Jean Monnet à Bruxelles pour la période du 19 août 2008 au 31 août 2009, puis, dans un second temps, un contrat en qualité de personnel résident avec l’AEFE pour exercer au sein du même établissement à partir du 1er septembre 2009. Si la requérante soutient qu’il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la succession de ces deux contrats caractérise l’existence d’un détournement de procédure par l’AEFE, il ressort des pièces du dossier, d’une part, que le contrat de droit local conclu avec le lycée Jean Monnet à Bruxelles couvrait une durée d’un an, et non de trois mois, et que l’intéressée a effectivement exercé ses fonctions au titre de ce contrat de droit local pendant une durée d’un an, dès lors notamment que le contrat de résident n’a été conclu avec l’AEFE que le 26 juin 2009 pour une entrée en fonction à partir du 1er septembre 2009, et que, d’autre part, Mme B... a occupé des emplois différents dans le cadre du contrat de droit local et du contrat de personnel résident. Dans ces conditions, comme le fait valoir la directrice générale de l’AEFE, la conclusion du contrat de droit local avec le lycée Jean Monnet à Bruxelles ne peut être regardée comme ayant eu pour seul objet de permettre à ce que Mme B... remplisse la condition de résidence dans le pays d’affectation depuis plus de trois mois, nécessaire à la conclusion d’un contrat en qualité de personnel résident en application des dispositions citées au point 5. Par suite, et alors qu’à la date de conclusion du contrat en qualité de personnel résident, le 26 juin 2009, Mme B... était établie depuis plus de dix mois en Belgique, son affection au sein du lycée Jean Monnet à Bruxelles au titre, successivement, d’un contrat de droit local puis d’un contrat de personnel résident, ne pouvait avoir pour seul objet de la priver délibérément du bénéfice du statut de personnel expatrié. Il suit de là que, en l’absence de décision de l’AEFE entachée d’un détournement de procédure, la requérante n’est pas fondée à soutenir que la décision implicite de l’AEFE rejetant sa demande de reconstitution de carrière est entachée d’une erreur de droit ou d’une erreur d’appréciation pour ce motif.
En second lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée, qui rejette sa demande de reconstitution de carrière, est illégale dès lors que l’AEFE aurait dû lui confier le poste de secrétaire général du lycée Jean Monnet à Bruxelles créé en 2020 pour lequel sa candidature a été rejetée pour un motif lui-même illégal, il ressort des pièces du dossier, et notamment des courriers de l’intéressée adressés à l’AEFE le 7 janvier 2022, par l’intermédiaire du conseil de Mme B..., et le 15 janvier 2023, ainsi que du courrier de réponse du directeur de l’AEFE du 25 mars 2022, que la requérante n’a jamais présenté de candidature pour le poste de secrétaire général précité, et qu’elle reproche uniquement à l’AEFE de ne pas lui avoir proposé spontanément ce poste. Dans ces conditions, Mme B... ne peut utilement soutenir que le refus opposé à sa candidature était illégal, et que le rejet de sa demande de reconstitution de carrière était, par voie de conséquence, entaché d’une erreur de droit ou d’une erreur d’appréciation.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint à l’AEFE de reconstituer sa carrière et de lui verser l’indemnité correspondant à la différence entre la rémunération qu’elle a effectivement perçue depuis son recrutement par l’AEFE en 2008 et celle à laquelle elle pouvait prétendre en qualité de personnel expatrié depuis cette même date.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 5 à 7 du présent jugement, la requérante n’est pas fondée à soutenir que les décisions de l’AEFE, par lesquelles elle a recruté successivement Mme B... au titre d’un contrat de droit local puis d’un contrat en qualité de personnel résident, sont entachées d’un détournement de procédure constitutif d’une faute de l’AEFE de nature à engager sa responsabilité.
En deuxième lieu, comme il a été dit au point 8, il résulte de l’instruction que Mme B... n’a jamais déposé de candidature au poste de secrétaire général du lycée Jean Monnet à Bruxelles. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement soutenir que le refus de sa candidature au poste de secrétaire général serait illégal, et, par suite, constitutif d’une faute de l’AEFE de nature à engager sa responsabilité.
En troisième lieu, aux termes de l’article D. 911-43 du code de l’éducation, dans sa rédaction issue du décret du 16 juin 2022 modifiant les modalités de recrutement, de rémunération et de gestion des personnels des établissements d’enseignement français à l’étranger, visé ci-dessus : « I.- Les fonctionnaires mentionnés à l’article D. 911-42 sont détachés sur contrat auprès de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger pour servir à l’étranger et pour occuper, dans les établissements mentionnés au même article D. 911-42, les emplois suivants : / 1° Emplois d’encadrement ; / 2° Emplois de formation des enseignants du réseau de l’enseignement français à l’étranger ; / 3° Emplois d’enseignement, d’éducation et d’administration. / II.- Le contrat est conclu entre l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger et le fonctionnaire. Ce contrat précise l’identité des parties, sa date d’effet, la catégorie hiérarchique dont l’emploi relève, le poste occupé, les fonctions exercées, le ou les lieux d’affectation, la durée pour laquelle il est conclu, les conditions de rémunération, les droits et obligations de l’agent et les conditions de son renouvellement. Ce contrat précise également qu’il est établi sur le fondement du 1° de l’article L. 332-1 du code général de la fonction publique. / Les modèles de contrats sont arrêtés par le directeur de l’agence. Le contrat est accompagné d’une lettre qui précise les missions de l’agent. / Les dispositions du décret n° 2002-22 du 4 janvier 2002 relatif à la situation administrative et financière des personnels des établissements d’enseignement français à l’étranger sont applicables aux personnels mentionnés au I du présent article. ». Les articles D. 911-43-1 et D. 911-43-3 du même code, issus du décret du 16 juin 2022 précité, disposent que : « I.- Les emplois d’encadrement mentionnés au 1° du I de l’article D. 911-43 sont les suivants : / (…) / 3° Encadrants administratifs : ces personnels exercent les missions d’agent comptable secondaire fixées par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ou, s’agissant de personnels administratifs appartenant à un corps ou un cadre d’emploi de catégorie A, exercent des missions de secrétaire général ou de directeur administratif et financier ; / (…) II.- Les fonctionnaires recrutés sur l’un des emplois mentionnés au présent article sont recrutés par le directeur de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. / Ils perçoivent les émoluments prévus au A de l’article 4 du décret n° 2002-22 du 4 janvier 2002 relatif à la situation administrative et financière des personnels des établissements d’enseignement français à l’étranger. » et que « I.- Les emplois d’enseignement, d’éducation et d’administration mentionnés au 3° du I de l’article D. 911-43 sont les suivants : / (…) / 10° Personnels administratifs : ces personnels exercent des missions de gestion administrative autres que celles mentionnées au 3° du I de l’article D. 911-43-1 au sein des établissements d’enseignement français à l’étranger. / II.- Les personnels d’enseignement, d’éducation et d’administration sont recrutés par le directeur de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, sur proposition du chef d’établissement. / Ils perçoivent les émoluments prévus au B de l’article 4 du décret n° 2002-22 du 4 janvier 2002 relatif à la situation administrative et financière des personnels des établissements d’enseignement français à l’étranger. (…) ». Enfin, l’article 4 du décret du 4 janvier 2002 précité dispose que les émoluments de ces agents comportent, outre leur traitement brut correspondant à l’indice majoré détenu dans leur corps d’origine, diverses indemnités dont une indemnité destinée à compenser leurs charges de famille et une indemnité tenant notamment lieu d’indemnité de résidence au sens de l’article L. 712-1 du code général de la fonction publique, appelées « majorations familiales pour enfants à charge » et « indemnité géographique et de fonctions spécifiques » s’agissant des personnels recrutés sur des emplois d’encadrement ou de formation des enseignants du réseau de l’enseignement français à l’étranger, ainsi que « avantage familial » et « indemnité compensatrice des conditions de vie locale » pour les personnels occupant des emplois d’enseignement, d’éducation et d’administration.
D’une part, la requérante soutient que la distinction opérée par l’article D. 911-43 du code de l’éducation, dans sa rédaction issue du décret du 16 juin 2022, entre, d’un côté, les emplois d’encadrement et les emplois de formation des enseignants du réseau de l’enseignement français à l’étranger, et d’un autre côté, les emplois d’enseignement, d’éducation et d’administration, reprend la distinction entre les statuts de personnel expatrié et de personnel résident réalisée par la précédente rédaction de l’article D. 911-43 du code de l’éducation, issue du décret du 10 juin 2015 relatif aux dispositions réglementaires des livres VIII et IX du code de l’éducation visé ci-dessus, alors que la cour d’appel de Nantes a estimé, dans son arrêt n° 18NT02702 du 15 mai 2020, que la distinction entre ces statuts de personnel expatrié et de personnel résident était illégale. Toutefois, à supposer même que les dispositions de l’article D. 911-43 du code de l’éducation, dans leur rédaction issue du décret du 16 juin 2022, reprennent, sous une autre dénomination, la distinction opérée par l’ancienne rédaction de ces mêmes dispositions, il ne résulte nullement de l’arrêt précité de la cour d’appel de Nantes que cette distinction serait, par principe, illégale.
D’autre part, le principe d’égalité ne s’oppose pas à ce que l’autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu’elle déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général pourvu que, dans l’un comme l’autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l’objet de la norme qui l’établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. Ces modalités de mise en œuvre du principe d’égalité sont applicables à l’édiction de normes régissant la situation d’agents publics qui, en raison de leur contenu, ne sont pas limitées à un même corps ou à un même cadre d’emplois de fonctionnaires.
Si Mme B... soutient que la distinction entre, d’un côté, les emplois d’encadrement et les emplois de formation des enseignants du réseau de l’enseignement français à l’étranger, et d’un autre côté, les emplois d’enseignement, d’éducation et d’administration, crée une différence de traitement entre les fonctionnaires détachés auprès de l’AEFE en matière d’indemnités, notamment s’agissant de l’indemnité destinée à compenser les charges de famille et l’indemnité tenant lieu d’indemnité de résidence, au détriment des personnels affectés sur des emplois d’enseignement, d’éducation et d’administration par rapport aux personnels affectés sur des emplois d’encadrement ou de formation, la seule circonstance qu’une telle distinction fondée sur la nature des fonctions exercées soit opérée et que les indemnités correspondant à chacune des catégories d’emploi présentent une dénomination et un mode de calcul distincts, ne permet pas, en l’absence d’élément produit par la requérante de nature à établir, de manière effective, l’existence d’écarts significatifs sur les sommes susceptibles d’être allouées à ces personnels selon leur catégorie d’emploi, de caractériser une différence de traitement liée à la catégorie d’emploi dont dépend le fonctionnaire détaché auprès de l’AEFE.
Il résulte de ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à soutenir que la proposition de choix de contrat qui lui a été adressée dans le cadre de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE en 2022 est constitutive d’une faute en ce qu’elle est fondée sur les catégories d’emplois proposés aux fonctionnaires détachés auprès de l’AEFE prévues par l’article D. 911-43 du code de l’éducation, dans sa rédaction issue du décret du 16 juin 2022.
En quatrième et dernier lieu, aux termes de l’article 22 du décret du 16 juin 2022 modifiant les modalités de recrutement, de rémunération et de gestion des personnels des établissements d’enseignement français à l’étranger visé ci-dessus : « I. - Les fonctionnaires qui, antérieurement à l’entrée en vigueur du présent décret, ont conclu avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger un contrat régi par les articles D. 911-43 à D. 911-52 du code de l’éducation restent soumis à ces dispositions réglementaires dans leur rédaction antérieure au présent décret tant qu’ils n’ont pas fait usage du droit d’option prévu au II. / Ils continuent à percevoir la rémunération prévue par le décret du 4 janvier 2002 susvisé dans sa rédaction antérieure au présent décret. / II. - Le directeur de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger propose à chaque fonctionnaire détaché sur un contrat de personnel résident antérieurement à l’entrée en vigueur du présent décret un nouveau contrat pour occuper, en fonction des missions qui lui sont confiées, un emploi d’enseignement, d’éducation et administratif tel que défini par l’article D. 911-43-3 du code de l’éducation ou un emploi d’encadrement ou de formation des enseignants du réseau de l’enseignement français à l’étranger tel que défini par les articles D. 911-43-1 et D. 911-43-2 du code de l’éducation dans leur rédaction issue du présent décret. / Ces agents peuvent choisir de conserver le bénéfice des stipulations de leur contrat antérieur ou opter pour le nouveau contrat qui leur est proposé. Un droit d’option leur est ouvert à ce titre à compter du 30 juin 2022 et jusqu’au 30 juin 2023. L’agent exerce son droit d’option de façon expresse par un écrit daté et signé remis en mains propres contre signature auprès de son chef d’établissement. En l’absence de choix exprès dans le délai imparti, l’agent est réputé avoir donné son accord au contrat proposé, accord qui prend effet à la date de début des contrats applicable dans l’établissement où l’agent exerce ses fonctions et au plus tôt à compter du 1er août 2023. ».
D’une part, contrairement à ce que soutient la requérante, il ne résulte pas de l’instruction, notamment au regard du courrier du directeur général de l’AEFE du 11 octobre 2022, qu’en proposant à Mme B..., dans le cadre de la campagne de droit d’option mise en œuvre en application des dispositions citées au point précédent, de choisir entre la conservation de son contrat de résident ou la conclusion d’un nouveau contrat de personnel détaché sur un emploi d’enseignement, d’éducation et d’administration, l’AEFE n’aurait pas réalisé un examen particulier de la situation de l’intéressée.
D’autre part, si la requérante fait valoir que l’AEFE aurait dû lui proposer, au regard des fonctions qu’elle exerce, un contrat de personnel détaché sur un emploi d’encadrement, il résulte de l’instruction que les fonctions exercées par Mme B... au sein du lycée Jean Monnet à Bruxelles, en qualité de responsable des ressources humaines, ne correspondent ni à celles d’agent comptable secondaire ni à celles de secrétaire général ou de directeur administratif et financier. Dans ces conditions, quand bien même la requérante serait considérée au sein de son établissement comme exerçant des fonctions d’encadrement, elle ne peut être regardée comme occupant un emploi d’encadrant administratif au sens du 3° du I de l’article D. 911-43-1 du code de l’éducation, cité au point 12. Par suite, au regard de ses fonctions, Mme B... ne pouvait se voir proposer qu’un contrat sur un emploi de personnel administratif au sens du 10° du I de l’article D. 911-43-3 du code de l’éducation, également cité au point 12. Ainsi, la requérante n’est pas fondée à soutenir que l’AEFE aurait dû lui proposer un contrat sur un emploi d’encadrement et non pas sur un emploi d’enseignement, d’éducation et d’administration.
Il résulte de ce qui précède que la requérante n’est pas fondée à soutenir que la proposition de choix de contrat qui lui a été adressée dans le cadre de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE en 2022 est constitutive d’une faute en ce qu’elle ne lui propose pas un contrat adapté à son statut.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B... dans le cadre de sa requête n° 2306754 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint à l’AEFE de lui proposer de choisir entre conserver son statut actuel de résident ou opter pour un contrat portant sur un emploi d’encadrement.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’AEFE, qui n’est pas la partie perdante dans l’instance n° 2306754, la somme réclamée par la requérante au titre de ces dispositions.
Sur la requête n° 2505251 :
En ce qui concerne l’étendue du litige :
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle. ». Aux termes de l’article R. 421-2 du même code : « Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l’autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l’intéressé dispose, pour former un recours, d’un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu’une décision explicite de rejet intervient avant l’expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. ».
La décision par laquelle l’administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d’un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l’égard du demandeur pour l’ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l’administration à l’indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n’étaient pas mentionnés dans sa réclamation. Si, une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d’une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d’autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d’une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d’une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n’est fait exception à ces règles que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu’il s’agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l’administration d’une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus. Dans ce même cas, la victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l’administration d’une nouvelle réclamation et invoquer directement l’existence de ces nouveaux éléments devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision. La victime peut faire de même devant le juge d’appel, dans la limite toutefois du montant total de l’indemnité chiffrée en première instance, augmentée le cas échéant de l’indemnité demandée au titre des dommages qui sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement au jugement de première instance.
Mme B... demande notamment au tribunal l’indemnisation des préjudices qu’elle estime avoir subis en raison, d’une part, de l’action tardive de l’AEFE pour mettre fin à la distinction entre le statut de personnel résident et le statut de personnel expatrié, et, d’autre part, de l’illégalité de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE fondée sur les dispositions du décret du 16 juin 2022. Il résulte de l’instruction que la requérante a demandé à l’AEFE la réparation des préjudices résultant de ces faits générateurs pour la première fois par son courrier du 15 janvier 2023, reçu le 20 janvier suivant, et que cette demande a été implicitement rejetée du fait du silence gardé par l’AEFE durant un délai de deux mois. Or, il résulte de ce qui a été dit au point 24 que la requérante ne pouvait saisir le tribunal de conclusions tendant à la condamnation de l’AEFE à l’indemniser des dommages ayant résulté de ces faits générateurs au-delà d’un délai de deux mois suivant la naissance de la décision implicite de l’AEFE rejetant sa demande indemnitaire, alors même que l’administration n’a pas accusé réception de la demande en mentionnant les conditions de naissance d’une décision implicite et en mentionnant les voies et délais de recours à son encontre, dès lors que cette demande concernait les relations entre l’administration et un agent public. En outre, la circonstance qu’une seconde décision de l’AEFE rejetant une autre demande, formée par le courrier du 22 novembre 2024, reçu le 2 décembre suivant, tendant à la réparation des préjudices causés par les mêmes faits générateurs, soit intervenue postérieurement, est sans influence sur l’écoulement du délai de deux mois qui a commencé à courir à compter de la naissance de la première décision de refus d’indemnisation de l’AEFE, la seconde décision de l’AEFE étant purement confirmative de ce premier refus. Enfin, si la requérante soutient que ses préjudices se sont aggravés entre la première et la seconde décision de l’AEFE, il ne résulte pas de l’instruction que, d’une part, les dommages causés par l’action tardive de l’AEFE pour mettre fin à la distinction entre le statut de personnel résident et le statut de personnel expatrié se soient aggravés durant cette période, et que, d’autre part, M. B... ait sollicité, dans le cadre de sa deuxième demande indemnitaire, l’indemnisation liée à l’aggravation des dommages qu’elle estime avoir subis en raison de l’illégalité de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE. Dans ces conditions, alors que la requête n° 2505251 a été enregistrée le 21 mars 2025, soit plus de deux mois après la naissance de la première décision de l’AEFE rejetant sa demande de réparation des préjudices causés par l’action tardive de l’AEFE pour mettre fin à la distinction entre le statut de personnel résident et le statut de personnel expatrié et par l’illégalité de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE, les conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de l’AEFE à réparer les préjudices causés par ces deux faits générateurs sont tardives et doivent donc être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
Aux termes de l’article L. 131-1 du code général de la fonction publique : « Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7. ». Aux termes de l’article L. 133-2 du même code : « Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ». Enfin, aux termes de l’article L. 134-5 de ce code : « La collectivité publique est tenue de protéger l’agent public contre les atteintes volontaires à l’intégrité de sa personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu’une faute personnelle puisse lui être imputée. / Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. ».
Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d’agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence d’un tel harcèlement. Il incombe à l’administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires qu’il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d’instruction utile.
Si la requérante soutient qu’elle a été victime de harcèlement moral, de discrimination et d’une rupture d’égalité en raison, d’une part, des refus opposés à ses candidatures aux postes de secrétaire général du lycée Jean Monnet à Bruxelles en 2020 et d’agent comptable secondaire du même établissement en 2024, et, d’autre part, de comportements de dénigrements et de mise à l’écart, tenant notamment à la diminution de ses responsabilités, à sa marginalisation sur des sujets relevant de ses compétences et à des humiliations de la part de la direction de l’établissement, elle n’apporte aucun élément permettant d’étayer les faits qu’elle allègue. En outre, si elle indique que ces comportements auraient principalement eu pour objectif de faire obstacle à ce qu’elle puisse obtenir un contrat sur un emploi d’encadrement au sens de l’article D. 911-43 du code de l’éducation, cité au point 12, dans le cadre de la campagne de droit d’option mise en œuvre par l’AEFE, il résulte de l’instruction que, comme il a été dit au point 19 du présent jugement, ses fonctions de responsable des ressources humaines ne lui permettent pas, en tout état de cause, de bénéficier d’un tel contrat. Dans ces conditions, Mme B... ne peut être regardée comme soumettant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence d’un harcèlement moral. Ainsi, en l’absence d’un harcèlement moral établi, la requérante ne peut davantage soutenir que l’AEFE aurait méconnu son obligation de sécurité en ne remédiant pas à la situation de harcèlement moral alléguée. Par ailleurs, les faits allégués par la requérante ne sont pas de nature, en l’absence de toute pièce permettant de les étayer, à établir l’existence d’une discrimination à son égard ou d’une méconnaissance du principe d’égalité de traitement par l’AEFE. Par suite, la requérante n’est pas fondée à soutenir que l’AEFE aurait commis, à ces égards, des fautes de nature à engager sa responsabilité.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la fin de non-recevoir opposée par l’AEFE en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B... dans le cadre de sa requête n° 2505251 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées dans le cadre de cette même requête au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2306754 et 2505251 de Mme B... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger.
Délibéré après l’audience du 11 mai 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Picquet, présidente,
M. Cabon, premier conseiller,
M. Ossant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2026.
Le rapporteur,
L. Ossant
La présidente,
P. PicquetLa greffière,
A. Chabanne
La République mande et ordonne au ministre de l’Europe et des affaires étrangères et au ministre de l’éducation nationale en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,