vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306789 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mai 2023 et le 23 novembre 2023, M. A D et Mme B C, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à Mme C un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer la situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à leur verser directement en cas de rejet de leur demande d'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation s'agissant de l'appréciation de leur lien familial dès lors que Mme C est la conjointe de M. D, et en tout état de cause sa concubine, et que son identité est établie ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par décision du 27 novembre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. D.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er décembre 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Pollono, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant afghan né en 1994, bénéficiaire de la protection subsidiaire en France, soutient être marié depuis 2017 à Mme C, née en 1997. Par leur requête, M. D et Mme C demandent au tribunal d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Téhéran (Iran) refusant de délivrer à Mme C un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La commission a refusé la délivrance du visa au motif que l'identité et le lien familial de la demanderesse de visa avec M. D n'étaient pas suffisamment établis dès lors que la taskera de Mme C a été établie après l'obtention par M. D de la protection subsidiaire, que les déclarations de ce dernier quant au lieu de célébration de leur mariage ont varié et que les intéressés n'établissent pas l'existence d'une vie commune suffisamment stable et continue, antérieurement à la demande d'asile de M. D.
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Afin de justifier de l'identité de la demanderesse de visa, les requérants produisent la traduction en français d'une carte d'enregistrement de naissance indiquant que " B ", fille de F et de Seamoue et petite-fille de E est née le 20 mai 1997 à Balkh. Est également produite la traduction d'une taskera indiquant que B C, fille de F et petite-fille E est née le 20 mai 1997 à Balkh. La circonstance que cette taskera ait été délivrée au mois d'octobre 2019, postérieurement au dépôt de la demande d'asile de M. D, est sans incidence sur son caractère probant. Les requérants produisent également le passeport afghan de Mme B C sur lequel figure la même date de naissance et le même lieu de naissance que sur les autres pièces. Les requérants doivent dès lors être regardés comme justifiant de l'identité de la demanderesse de visa.
6. Les requérants soutiennent s'être mariés en Iran le 17 novembre 2017 après avoir fui l'Afghanistan en raison de l'opposition de leurs familles à leur union. Ils produisent la traduction en français d'une " lettre de mariage " revêtue de leurs photographies d'identité, de leur identité, de la date du mariage, de la précision selon laquelle les mariés résident en Iran et de l'identité des deux témoins. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a refusé de tenir compte du mariage de M. D au motif que l'enregistrement par les autorités afghanes en Iran de ce mariage célébré en Iran n'était pas démontré. Les requérants versent cependant au dossier la traduction en français d'un " acte de mariage " actant l'enregistrement le 6 novembre 2022 par la section consulaire de l'ambassade d'Afghanistan en Iran de leur union. Ce document apparaît revêtu de l'ensemble des informations relatives à l'identité des mariés, à la date et au lieu du mariage, à l'identité du représentant de l'époux présent lors de cet enregistrement et au numéro d'enregistrement. Si le ministre fait valoir que les témoins cités dans cet acte ne sont pas les mêmes personnes que les témoins apparaissant sur la lettre de mariage, l'enregistrement du mariage au poste consulaire intervenant environ cinq années après la célébration du mariage religieux, et les témoins n'attestant pas avoir assisté à ce mariage religieux, cette circonstance est sans incidence sur le caractère probant de l'acte. S'il ressort du formulaire de renseignements fourni par l'OFPRA, signé par M. D le 29 juillet 2022 que son mariage avec Mme C le 17 novembre 2017 est déclaré comme ayant eu lieu en Afghanistan, il résulte de ce qui précède que cette incohérence ne suffit pas davantage à retirer aux autres documents leur caractère probant. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. D a déclaré de façon constante au cours de son parcours d'asile en France être marié avec Mme C, qu'il lui a adressé plusieurs transferts d'argent depuis la France et que les échanges entre les intéressés se sont maintenus. Dans ces conditions, le mariage religieux de M. D et Mme C en Iran au mois de novembre 2017 doit être tenu pour établi et les requérants doivent être regardés comme justifiant d'un concubinage caractérisé par une vie commune suffisamment stable et continue, antérieure à la demande d'asile de M. D, enregistrée en France au mois de juillet 2018.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision de refus de délivrance d'un visa de long séjour à Mme C.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme C le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 8 février 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme C le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme globale de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. ROULAND-BOYERLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026