vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2306834 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 mai 2023 et le 4 août 2023 Mme G F et M. E B, agissant en leur nom et au nom des enfants mineurs C F et A B, représentés par Me Renard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à H refusant de délivrer à M. E B et aux enfants C F et A B des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer les visas sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer les demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- le motif de la décision tiré de l'absence de preuve de l'identité des demandeurs de visas et de leur lien de famille avec Mme F est entaché d'erreur d'appréciation dès lors que les documents d'état civils produits sont probants et que les liens de famille sont également établis par la possession d'état ;
- le motif de la décision tiré du caractère frauduleux des demandes de visa est entaché d'erreur d'appréciation ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par une ordonnance du 13 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2023.
Un mémoire en défense présenté pour le ministre de l'intérieur et des outre-mer a été enregistré le 6 mars 2024 et n'a pas été communiqué.
Par décision du 6 décembre 2023 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme G F au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Lejosne, substituant Me Renard, représentant les requérants.
Une note en délibéré présentée pour les requérants a été enregistrée le 15 mars 2024 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G F, ressortissante congolaise née en 1978, reconnue réfugiée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 août 2019, et M. E B, ressortissant congolais né en 1983, demandent au tribunal d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à H refusant de délivrer à M. E B et aux enfants C F et A B des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La commission a confirmé les trois décisions de refus de visa au motif que l'identité des demandeurs, et partant leur lien familial avec Mme G F, ne pouvaient être tenus pour établis dès lors, d'une part, que les actes de naissance des demandeurs sont entachés d'incohérences et d'irrégularités les privant de leur caractère authentique et, d'autre part, qu'aucun élément de possession d'état ne permet d'établir le lien de concubinage entre M. E B et Mme G F. La commission a également fondé sa décision sur le caractère frauduleux des demandes de visas.
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code prévoit que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
6. Pour justifier de l'identité de M. E B, les requérants produisent une copie conforme d'un jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal de paix de H rendu le 27 septembre 2019 sur requête de M. E B, déclarant pour droit que M. E B est né à H le 23 mai 1983, donnant l'identité de ses parents et ordonnant à l'officier d'état civil de la commune de Kasa-vubu de transcrire le dispositif du jugement dans le registre des actes de naissance de l'année en cours. Est également produit l'acte de naissance dressé le 10 octobre 2019 par l'officier d'état civil de la commune de Kasa-vubu en transcription de ce jugement dont il porte la référence. La circonstance que ce jugement supplétif ait été rendu postérieurement à l'obtention par Mme F du statut de réfugiée ne constitue pas un élément suffisant à révéler le caractère frauduleux de ce jugement supplétif d'acte de naissance. S'il ressort de la décision de la Cour nationale du droit d'asile accordant à Mme G F la qualité de réfugiée que l'intéressée a déclaré à la Cour avoir appris au mois de septembre 2018 que son mari serait décédé, il ressort du compte-rendu de son entretien à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) au mois de décembre 2018 et de la fiche familiale de référence complétée par l'intéressée au mois d'octobre 2020 qu'elle a déclaré son époux en vie. Par suite, eu égard à la présentation générale du jugement supplétif et de l'acte de naissance dressé en transcription, et alors que les éléments permettant de conclure à leur caractère inauthentique ne ressortent pas des pièces du dossier, il y a lieu de tenir pour établie l'identité de M. B.
7. Pour justifier de l'identité et la filiation des enfants C F et A B, les requérants versent au dossier une copie conforme d'un jugement supplétif d'acte de naissance du tribunal pour enfants de H/D du 14 août 2019 rendu sur requête de M. E B, dont il ressort que la juridiction congolaise a tenu pour établies la naissance des enfants C F et A B respectivement le 3 octobre 2012 et le 27 août 2014, leur filiation avec M. E B et Mme G F et a ordonné la transcription du dispositif du jugement dans le registre d'actes de naissance de l'année en cours. L'exemplaire du jugement apparait revêtu des cachets et signatures de l'autorité judiciaire. Il est constant que ce jugement a été rendu quelques semaines avant le jugement supplétif d'acte de naissance permettant d'établir l'identité de M. E B. Les requérants produisent cependant, outre ce jugement supplétif et les deux actes de naissance dressés le 10 octobre 2019 en transcription du jugement, une copie du récit de demande d'asile de Mme G F, un extrait du compte-rendu de son entretien à l'OFPRA en France ainsi que la fiche familiale de référence complétée par l'intéressée après la reconnaissance de son statut de réfugiée. Il ressort de l'ensemble de ces documents que Mme G F a déclaré de façon constante être mariée religieusement à M. E B depuis 2001 et avoir eu avec lui les enfants I F, née en 2003 et entrée en France avec elle, C F, né le 3 octobre 2012 et A B née le 27 août 2014. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que l'identité et la filiation des enfants doivent être tenues pour établies.
8. Il ressort par ailleurs du certificat de naissance tenant lieu d'acte d'état civil établi par l'OFPRA pour la jeune I F, née en 2003, que l'administration française a tenu pour établie la filiation de cette enfant avec M. E B et Mme G F. Il ressort également des éléments du récit présenté par Mme F à l'appui de sa demande d'asile, dont la Cour nationale du droit d'asile a déduit que l'intéressée craignait avec raison d'être persécutée en cas de retour dans son pays, que M. E B est un ancien militaire ayant déserté l'armée de République démocratique du Congo, et que Mme F a été détenue en République démocratique du Congo en raison du maintien de ses liens avec son époux. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que Mme F et M. B doivent être regardés comme justifiant de leur qualité de concubins au sens de l'article L. 561-2 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte des points qui précèdent que les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir pour établies l'identité des trois demandeurs de visas et leur lien de famille avec Mme G F et en leur opposant le caractère frauduleux de leurs demandes, la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre les décisions de refus de délivrance de visas de long séjour à M. E B et aux enfants C F et A B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. E B et aux enfants C F et A B les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. L'Etat étant partie perdante dans le cadre de la présente instance, Me Renard, avocat des requérants, peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Renard de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 15 mars 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. E B et aux enfants C F et A B les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Renard une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G F, à M. E B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
M. Ravaut, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLe greffier,
S. VALAIS.
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026