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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307010

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307010

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPRELAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2023, Mme A C B, représentée par Me Prelaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de

trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur matérielle et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le droit d'être entendue tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que sa fille mineure était en cours de procédure de demande d'asile devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête, s'agissant des conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, et au non-lieu à statuer s'agissant des conclusions de la requérante dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi, ainsi que des conclusions y afférentes.

Il fait valoir que :

- s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour, aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé ;

- s'agissant des conclusions de la requérante dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de renvoi, il a procédé, par un arrêté du 30 mai 2023, au retrait de ces décisions.

Mme B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rimeu, présidente-rapporteuse,

- et les observations de Me Prélaud, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C B, ressortissante nigériane née le 5 février 1999, déclare être entrée en France le 8 mars 2017. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 11 mai 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 juillet 2019. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 4 avril 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Loire-Atlantique à refuser à Mme B la délivrance d'un titre de séjour, notamment le fait qu'elle ne fait état d'aucun motif exceptionnel ni considération humanitaire justifiant son admission exceptionnelle au séjour, ni d'aucune insertion professionnelle stable et durable en France. Dès lors, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée, et ce moyen sera écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante invoque l'erreur de fait et le défaut d'examen particulier de sa situation dont serait entaché l'arrêté attaqué, qui ne fait pas référence aux courriers du 20 octobre 2022 et 16 février 2023 par lesquels la requérante a adressé au préfet de la Loire-Atlantique des informations et pièces complémentaires à l'appui de sa demande. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué que la désignation de l'enfant Destiny comme " fille aînée " et non " fils aîné " de la requérante constitue une simple erreur matérielle qui n'est de nature à révéler ni une erreur de fait ni un défaut d'examen. Au demeurant, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique fait mention de la scolarisation de Destiny en France, ainsi que des risques d'excision au Nigéria dont fait état la requérante dans les courriers précités. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Si Mme B était en France depuis sept ans à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour, seulement d'autorisation provisoire le temps de l'examen de ses demandes d'asile. Par ailleurs, son époux, également de nationalité nigériane, était également en situation irrégulière en France à la date de la décision attaquée. Enfin, si ses trois enfants mineurs sont nés sur le territoire français, que l'aîné est scolarisé en maternelle et que la demande d'asile de la dernière née est en cours d'examen par l'OFPRA, ces circonstances ne sont pas suffisantes pour établir que la décision portant refus de séjour porterait au droit de Mme B une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. S'il ressort des pièces du dossier que les enfants de Mme B sont nés en France, et que son fils aîné est y est scolarisé, cette seule circonstance, à l'aune de l'insuffisance des attaches familiales de la requérante sur le territoire français et de son absence d'insertion sociale et professionnelle, n'est pas de nature à caractériser des considérations humanitaires ou motifs exceptionnels justifiant que le préfet de la Loire-Atlantique procède à son admission exceptionnelle au séjour. De même, si elle soutient être bénévole au sein de la Mission locale, et maîtriser la langue française, ces éléments, bien que démontrant une réelle volonté d'insertion de la requérante dans la société française, sont insuffisants à caractériser des considérations humanitaires ou motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 précité. Enfin, si elle fait état des craintes qu'elle présente en cas de retour au Nigéria, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'apporte aucun élément nouveau de nature à établir ces craintes, alors même que sa demande de réexamen a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le

8 février 2023. En tout état de cause, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, dont les orientations générales ne sont pas opposables au préfet. Mme B n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

8. En dernier lieu, la décision attaquée de refus de délivrance d'un titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de ses enfants. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 4 avril 2023 en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l'exception de non-lieu opposée par le préfet s'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

10. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 30 mai 2023, postérieur à l'arrêté attaqué, le préfet de la Loire-Atlantique a retiré en toutes ses dispositions sa décision du

4 avril 2023 obligeant la requérante à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. A supposer même que cet arrêté n'ait pas été notifié à la requérante, il est exécutoire de plein droit depuis son édiction. Au demeurant la requérante en a eu communication dans le cadre de la présente instance. Les conclusions à fin d'annulation de ces deux décisions présentées par

Mme B sont, par suite, devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11 Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, n'implique ni la délivrance d'un titre ni le réexamen de la demande de la requérante. En outre, l'arrêté du 30 mai 2023 abrogeant l'obligation de quitter le territoire français du 4 avril 2023 implique qu'un réexamen de la situation de la requérante a été fait. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12 Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de titre de séjour, il n'y a pas lieu de mettre à charge de l'Etat le versement d'une somme à l'avocate de Mme B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 4 avril 2023 portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Clara Prélaud.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La présidente-rapporteuse,

S. RIMEUL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARD

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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