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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307055

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307055

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantAD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 19 mai 2023, sous le n° 2307055, Mme B A épouse E F et M. D E F, représentés par Me Thinon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision implicite de l'autorité consulaire française au Cameroun rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour M. D E F au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de M. D E F dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

Ils soutiennent que :

- la décision n'est pas motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, que le recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas été formé par le demandeur de visa majeur et que le recours préalable n'a pas été exercé dans le délai de deux mois ;

- les moyens soulevés par Mme A épouse E F et M. E F ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 19 mai 2023, sous le n° 2307063, Mme A épouse E F, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante de l'enfant mineur C A E, représentée par Me Thinon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision implicite de l'autorité consulaire française au Cameroun rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour l'enfant C A E au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de délivrer le visa sollicité dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la demande de l'enfant C A E dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans les mêmes conditions d'astreinte ;

Elle soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'appréciation au regard de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer dès lors que le visa a été délivré.

Mme A épouse E F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ravaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse E F et M. E F, ressortissants camerounais, demandent au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé les décisions implicites de l'autorité consulaire française au Cameroun refusant à M. D E F et à l'enfant C A E des visas de long séjour au titre de la réunification familiale.

2. Les requêtes nos 2307055,2307063 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur l'exception de non-lieu à statuer partiel opposée en défense :

3. Postérieurement à l'introduction de la requête, l'enfant C A E s'est vu délivré un visa au titre de la réunification familiale le 14 juillet 2023. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête n° 2307063. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

4. En premier lieu, si le ministre soutient que le recours formé devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été formé par Mme A épouse E F alors que M. E F est majeur, il ressort des pièces du dossier que ce dernier est son époux. Par suite, alors qu'au surplus la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas demandé la production d'un mandat, Mme A épouse E F pouvait former le recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France au nom de son époux. La première fin de non-recevoir doit ainsi être écartée.

5. En second lieu, si le ministre soutient que le recours préalable obligatoire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas été formé dans le délai de deux mois en suivant la naissance de la décision implicite de rejet du poste consulaire, il ne ressort pas des pièces du dossier, contrairement à ce qui est allégué en défense, que M. E F aurait signé le formulaire de demande de visa le 21 avril 2022 et que ce dernier comportait la mention des voies et délais de recours. Par suite, la seconde fin de non-recevoir doit également être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de visa de M. D E F :

6. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A épouse E F et M. E F ont sollicité la communication des motifs de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 561-3 du même code : " La réunification familiale est refusée : / 1° Au membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ou lorsqu'il est établi qu'il est instigateur, auteur ou complice des persécutions et atteintes graves qui ont justifié l'octroi d'une protection au titre de l'asile () ".

8. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur et des outre-mer que la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est réputée être fondée sur le motif tiré du fait qu'en application de l'article L. 561-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile M. E F serait l'instigateur ou le complice des persécutions et atteintes graves ayant conduit à l'octroi de la protection par l'office français de protection des réfugiés et apatrides à Mme A épouse E F.

9. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas sérieusement contesté par les requérants, que l'office français pour la protection des réfugiés et apatrides a octroyé le statut de réfugié à Mme A épouse E F en raison de ses déclarations constantes et circonstanciées sur les violences subies de la part de son époux. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé le visa sollicité sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que la décision attaquée n'a pas portée une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation, et par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête n° 2307055 présentées par Mme A épouse E F et M. E F doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2307063.

Article 2 : La requête n° 2307055 de Mme A épouse E F et M. E F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse E F, à M. D E F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

Le rapporteur,

C. RAVAUT

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Nos 2307055,

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