vendredi 19 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2307056 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 mai 2023 et le 8 mars 2024, M. D B et Mme C F, agissant en qualité de représentants des enfants mineures A, E et G B, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) du 17 mars 2022 rejetant les demandes de visas d'entrée et de long séjour présentées pour les enfants mineures A, E et G B ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités, ou subsidiairement de réexaminer la demande, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ; en l'absence d'accusé de réception la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 5 août 2022 est réputée ne pas avoir été communiquée de sorte qu'ils sont fondés à soutenir que la commission n'a pas répondu à leur demande de communication de motifs ;
- le motif de la décision attaquée tiré de ce que les documents d'état civil produits présentent les caractéristiques d'un document frauduleux est entaché d'erreur d'appréciation ;
- le motif tiré de ce que la demande de visa a été déposée dans le cadre d'une réunification familiale partielle est entachée d'erreur de fait ;
- la décision consulaire est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle s'appuie sur un article L. 722-4, qui n'existe pas dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de visa méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. D B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 mars 2023.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2024 :
- le rapport de Mme Douet, rapporteur,
- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 23 décembre 2020, l'enfant Karidja B, ressortissante ivoirienne née le 23 août 2015, a obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugiée en France. Le 14 janvier 2022, des visas de long séjour ont été demandés, en qualité de membres de famille d'un réfugié, pour ses sœurs A B, née le 11 février 2007 et E et G B nées le 14 mars 2009. Après le rejet de ces demandes par l'autorité consulaire française à Abidjan le 17 mars 2022, le recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France formé le 25 avril 2022 a été implicitement puis explicitement rejeté par une décision du 4 août 2022. M. et Mme B, résidant en France sous couvert de cartes de résident en raison de leur qualité de parents de l'enfant Karidja B, demandent l'annulation des décisions de refus de visas.
2. En premier lieu, lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision, présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.
3. La décision du 4 août 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est fondée sur la circonstance que les jeunes A, E et G B n'entrent pas dans le cadre du droit à la réunification familiale prévue à l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Enfin, la circonstance que cette décision n'aurait pas été notifiée à M. et Mme B est sans incidence sur sa légalité.
4. En deuxième lieu, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation sur le caractère authentique des documents d'état civil des demandeuses, de l'erreur de fait quant à une réunification partielle et d'une erreur de droit tirée de ce que les décisions consulaires visent un article inexistant dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont inopérants eu égard au motif de la décision du 4 août 2022.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Il résulte des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur n'a pas ouvert de droit à la réunification familiale en faveur des frères et sœurs d'un réfugié mineur en dehors du cas où ils accompagnent leur ascendant direct, lui-même éligible à la réunification familiale en qualité d'ascendant direct du réfugié mineur.
7. Il ressort des pièces du dossier que les demandes de visas d'entrée et de long séjour des jeunes A, E et G B ne visent pas à accompagner un ascendant direct au premier degré de leur sœur réfugiée mineure en France, et n'entrent donc pas dans les prévisions des dispositions précitées du 3° de de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si les requérants soutiennent que leurs enfants restées en Côte d'Ivoire demeurent éloignées de leur sœur réfugiée en France et de leurs parents, il ressort des pièces du dossier que les demandeuses de visas, âgées de quinze et treize ans à la date de la décision attaquée, ont toujours vécu en Côte d'Ivoire, où elles ont été confiées à des membres de la famille de leurs parents depuis le départ de ces derniers en 2015, pour leur père, et en 2019, pour leur mère. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, en rejetant le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ni celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Mme C F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Chatal, conseillère,
Mme Fessard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.
La présidente-rapporteure,
H. DOUET
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
A. CHATAL
Le greffier,
S. VALAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026