mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2307349 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | CHAUMETTE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023 sous le n° 2307349, et un mémoire, enregistré le 1er décembre 2023, Mme A F, représentée par Me Chaumette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de quarante-cinq jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans les quinze jours de la notification du jugement à rendre et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique ou au préfet compétent de réexaminer sa situation dans les quinze jours de la notification du jugement à rendre et sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans le même délai et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant est méconnu ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une méconnaissance du § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2023.
II. Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023 sous le n° 2307350, et un mémoire, enregistré le 1er décembre 2023, M. G E, représenté par Me Chaumette, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de quarante-cinq jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans les quinze jours de la notification du jugement à rendre et sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique ou au préfet compétent de réexaminer sa situation dans les quinze jours de la notification du jugement à rendre et sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans le même délai et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant est méconnu ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une méconnaissance du § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Durup de Baleine, président,
- les observations de Me Chaumette, avocat de Mme F et de M. E,
- les observations de Mme F et de M. E, assistés de Mme D, interprète en Géorgien.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il y a lieu de joindre les requêtes de Mme F et de M. E pour statuer par une seule décision.
2. Mme F, ressortissante géorgienne née en 1988, et M. E, ressortissant géorgien né en 1987, son époux, sont entrés sur le territoire français le 15 décembre 2021, munis de leurs passeports en cours de validité et accompagnés de leurs deux enfants, ressortissants géorgiens, l'une née en 2009 et l'autre né en 2015. Les demandes d'asile qu'ils avaient présentées ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 avril 2022 et des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 10 août 2022. Par les arrêtés du 28 avril 2023 dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai. Les requérants ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, leurs demandes d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. Par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer un arrêté de la nature de ceux dont les requérants demandent l'annulation.
4. Il ressort des pièces des dossiers que Mme F et M. E se trouvent dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut obliger l'étranger à quitter le territoire français.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces des dossiers que le séjour en France des requérants, remontant au mois de décembre 2021, demeure très récent, la fraction de ce séjour jusqu'au mois d'août 2022 ne s'expliquant que par l'examen des demandes d'asile qu'ils avaient présentées. Ils ne justifient pas de circonstances particulières se rapportant à leur vie privée et familiale qui feraient obstacle à ce que le foyer qu'ils forment avec leurs deux enfants mineurs, eux-mêmes ressortissants géorgiens et qui peuvent accompagner leurs parents, se reconstitue en Géorgie, où il s'est constitué par le mariage et la naissance de ces enfants à C le 9 mai 2009 et à Koutaïssi le 18 mai 2015. La circonstance que ces enfants sont scolarisés en France ne constitue pas un tel obstacle, dès lors qu'ils peuvent être scolarisés en Géorgie, où la scolarisation d'enfants de ces âges est obligatoire. Les requérants ne justifient pas de liens personnels, notamment familiaux, intenses, anciens et stables en France. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions de leurs séjours en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique, en leur faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours, n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels ont été prises ces décisions. Dès lors, ces obligations ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Si les requérants font en outre valoir que les obligations de quitter le territoire français dont ils demandent l'annulation procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation, ils se prévalent à cet égard des mêmes circonstances dont ils font état à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance par ces décisions des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de sorte que ce moyen ne se distingue pas de celui tiré de cette méconnaissance. Il ne ressort en outre pas du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de telles obligations sur la situation personnelle des requérants.
8. Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. Les deux enfants mineurs des requérants sont de la même nationalité, géorgienne, que leurs parents et les obligations faites à ces derniers de quitter le territoire français affectent, de manière directe et certaine, la situation de leurs enfants. Toutefois, leur fille et leur fils peuvent les accompagner dans le pays dont ils sont les ressortissants. Les arrêtés attaqués n'ont ainsi pas pour effet de séparer ces enfants des personnes titulaires à leur égard de l'autorité parentale et en assurant à titre habituel la responsabilité de la garde, l'entretien et l'éducation. Il ne ressort pas des dossiers qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité en Géorgie, où la scolarisation est obligatoire pour des enfants de ces âges et où la fille aînée des requérants était déjà scolarisée. Il ne ressort pas non plus des dossiers que les obligations faites à leurs parents de quitter le territoire français exposeraient ces enfants à des risques particuliers pour leur santé, leur sécurité, leur éducation ou leur moralité. Il en résulte que ces obligations ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur de ces enfants et que le moyen tiré de la méconnaissance du § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que celles fixant le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire sont illégales en raison de l'illégalité de ces obligations.
11. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
12. Les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'investissent pas le préfet d'un pouvoir discrétionnaire dans la détermination du pays de renvoi d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que le préfet ne saurait commettre une erreur manifeste d'appréciation dans la désignation du pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré d'une telle erreur doit être écarté.
13. Si les requêtes soutiennent que les décisions fixant le pays de renvoi méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant, elles font valoir à cet égard les mêmes circonstances que celles dont elles se prévalent au soutien des moyens tirés de ces mêmes stipulations par les décisions portant obligation de quitter le territoire français, alors que les décisions fixant le pays de renvoi ont un objet spécifique et différent de celui de ces obligations. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations par les décisions fixant le pays de renvoi doivent être écartés.
14. Reprenant les éléments de récits présentés à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à l'appui des demandes d'asile, les requérants font valoir qu'au mois de janvier 2020, M. E a été approché par un maire pour qu'il prête son concours à la campagne d'un parti politique géorgien en vue d'élections législatives à se tenir au mois d'octobre 2020, ce qu'il a refusé ; qu'à la suite de ce refus, un militaire du ministère des affaires intérieures, lui faisant savoir qu'il était surveillé et sous écoute téléphonique, l'a menacé de représailles envers lui-même et les membres de sa famille ; que M. E n'a pas cédé à ces menaces. Ce parti politique a emporté une majorité absolue des sièges à l'issue du premier tour, le 31 octobre 2020, de ces élections. Les requérants ajoutent qu'au mois de février 2021, M. E a fait l'objet de nouvelles pressions émanant du ministère des affaires intérieures, que, le 2 mars 2021, Mme F, alors qu'elle circulait en automobile avec leur fille, a été victime d'un accident de la circulation, Madame et leur fille ayant été blessées, qu'un policier a indiqué à M. F qu'il s'agissait d'un avertissement, que cet accident a été organisé par ce ministère, que M. E a souhaité déposer plainte mais a subi des pressions et a finalement été contraint d'accepter les demandes de ce parti politique pour protéger sa famille, qu'en octobre 2021, il a de nouveau été approché par le même parti en vue de nouvelles élections, que le même militaire lui a demandé d'espionner les partis d'opposition avec l'aide du frère de M. E, frère travaillant dans une entreprise de sécurité ; que de nouvelles menaces contre la famille ont été proférées et que, dans ces conditions, la famille a décidé quitter la Géorgie, en se rendant à Varsovie le 14 décembre 2021 avant de gagner la France le lendemain ; que ces diverses circonstances font obstacle à ce qu'ils puissent retourner en Géorgie sans que leurs vies ou leur liberté y soient menacées.
15. Les requérants présentent également une note d'information de la commission pour le respect des obligations et engagements des Etats membres du Conseil de l'Europe de l'Assemblée parlementaire de cette organisation internationale se rapportant, en particulier, aux élections législatives d'octobre 2020 et aux observations faites à cette occasion par une mission internationale d'observation de ces élections. Ce document, du 15 septembre 2021, fait état d'allégations généralisées de pressions et d'intimidations subies par les électeurs et les militants des partis.
16. Toutefois, cette note d'information, qui présente une portée générale, si elle fait état des allégations généralisées en question, ne confirme pas pour autant la réalité de ces pressions et intimidations, ni ne mentionne ou rapporte des pressions ou intimidations qui auraient pris la forme d'agressions physiques contre des personnes qui se seraient refusées à collaborer avec ce parti politique ayant gagné ces élections ou des membres de leur famille. Les récits que présentent les requérants, outre qu'ils sont peu précis et ne sont pas appuyés d'éléments matériels de preuve quelconque, sont ceux qui ont été présentés à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, alors que cette autorité et la Cour nationale du droit d'asile, autorités spécialisées, n'ont pas fait droit aux demandes d'asile. A supposer que M. E aurait subi des pressions avant la tenue du scrutin le 31 octobre 2020, les requérants n'expliquent pas pourquoi le comportement dont ils font état à leur égard entre février et novembre 2021 se serait poursuivi et aggravé, jusqu'à se traduire par cet accident de la circulation le 2 mars 2021, alors que ce parti politique géorgien a, dans les conditions d'une ample majorité absolue, remporté ces élections et que les prochaines élections législatives sont à se tenir en 2024, sans qu'il apparaisse qu'aurait été engagé en 2021 le " processus électoral " dont fait état le récit de la requérante. En outre, le récit de M. E fait état de ce que les problèmes qu'il décrit ont commencé " pendant les élections parlementaires de 2020 ", alors que celui de Mme F fait état de ce que " cela a dû commencer dans les années 2015-2016 ". Par ailleurs, les récits que présentent les requérants apparaissent émaillés d'erreurs comme de contradictions répétées dans des dates ou périodes indiquées, erreurs les rendant difficilement compréhensibles et crédibles, notamment en ce que le récit du requérant fait état d'élections le 31 octobre " 2021 " et présente ces élections comme s'étant tenues en 2021, alors qu'elles se sont tenues le 31 octobre 2020, et situe l'accident survenu à son épouse et à leur fille le 2 mars 2021 avant ces élections à lire ce récit, alors que l'accident allégué est très postérieur au scrutin du 31 octobre 2020. De même, le récit de la requérante présente cet accident, d'ailleurs tantôt situé en 2020 ou tantôt en 2021, comme antérieur aux élections et à un " processus électoral " dans lequel les requérants se seraient, sous des pressions et sous la menace, engagés " en 2021 ", alors qu'il n'apparaît pas qu'il y aurait eu un tel processus électoral en Géorgie en 2021, la note d'information du 15 septembre 2021 confirmant la tenue du scrutin le 31 octobre 2020 sans faire état d'élections en 2021. Les chronologies ressortant des récits des requérants apparaissent, ainsi, manifestement très peu vraisemblables.
17. Compte tenu de ce qui a été dit au point 16, les pièces des dossiers ne permettent pas de tenir pour établis les faits allégués par les requérants et pour fondées les craintes dont ils se prévalent en cas de retour en Géorgie. Il en résulte qu'il n'est pas établi qu'ils seraient effectivement menacés en Géorgie dans leurs vies ou leur liberté ou qu'ils risqueraient effectivement, personnellement et actuellement, à l'époque des arrêtés attaqués, d'être soumis dans ce pays à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants. Par suite, en comptant le pays dont les requérants ont la nationalité au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F et M. E ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent, par suite, être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les surplus des conclusions des requêtes de Mme F et de M. E sont rejetés.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F, à M. G E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chaumette.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
N°s 2307349, 2307350
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026