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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307383

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307383

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantSCP CARON - DAQUO - AMOUEL - PEREIRA

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée sous le numéro 2307383 le 25 mai 2023, Mme F B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de l'enfant mineur C G, représentée par Me Pereira, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant au jeune C G la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 30 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 5 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) ;

3°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à Bamako de délivrer le visa demandé sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 septembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme B.

II - Par une requête enregistrée sous le numéro 2307386 le 25 mai 2023, Mme F B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de l'enfant mineur E G, représentée par Me Pereira, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant au jeune E G la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 30 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 5 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) ;

3°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à Bamako de délivrer le visa demandé sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

III- Par une requête enregistrée, sous le numéro 2307398, le 25 mai 2023, M. D G, représenté par Me Pereira, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) lui refusant la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France au titre de la réunification familiale ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 30 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 5 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) ;

3°) d'enjoindre à l'autorité consulaire française à Bamako de délivrer le visa demandé sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. La jeune A G, ressortissante malienne née le 23 décembre 2019, résidant en France auprès de sa mère Mme F B, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision du 9 avril 2021 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. M. D G, qui se présente comme son père, et les enfants mineurs C et E G, qui se présentent comme ses frères, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali), en qualité de membres de la famille d'une réfugiée. Par des décisions du 5 décembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par des décisions implicites nées le 30 mars 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours formés contre ces décisions consulaires. M. G et Mme B demandent l'annulation au tribunal des décisions consulaires et des décisions implicites de la commission de recours.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2307383, 2307386 et 2307398 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de l'autorité consulaire française :

3. Il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, les décisions implicites nées le 30 mars 2023 de cette commission se sont substituées aux décisions du 5 décembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bamako. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme dirigées contre les seules décisions de la commission de recours et les conclusions à fin d'annulation des décisions consulaires rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

4. Il résulte des mentions des accusés de réception adressés au conseil des requérants par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse aux recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, les recours seraient réputés rejetés pour les mêmes motifs que ceux opposés par les décisions consulaires, que la commission, dont les décisions se substituent à celles de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant appropriées les motifs retenus par cette autorité, tirés en l'espèce de ce que les déclarations des demandeurs de visas conduisent à conclure à une tentative frauduleuse pour obtenir des visas au titre de la réunification familiale.

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale :/ 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. (). ". Enfin, aux termes des articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".

6. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

7. Pour justifier de leurs identités respectives et du lien familial les unissant à la jeune A G, les demandeurs de visas ont produit, pour chacun d'entre eux, les volet 3 de leur acte de naissance dressé par un officier d'état civil de la commune de Kayes. En outre, M. G produit en ce qui le concerne un extrait d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance du tribunal de Kayes du 15 juin 2022 indiquant qu'il est né à Diyala le 12 septembre 1980, ainsi qu'un extrait d'acte de mariage mentionnant son mariage avec Mme B comportant les mêmes mentions. Toutefois, le ministre produit en défense une copie d'extrait d'acte de naissance n° 2780 établi le 5 février 2021 par l'officier d'état civil du centre secondaire de Korofina mentionnant que M. G est né le 12 septembre 1980 à Bamako, produite par l'intéressé à l'appui de la demande de visa, et relève, sans être contredit, que les deux documents d'état civil produits par M. G présentent des incohérences s'agissant du lieu et de l'heure de naissance de l'intéressé. Le ministre fait également valoir que les actes produits à l'appui des demandes de visas ne sont pas conformes à la loi malienne, en ce qu'ils ne mentionnent pas le numéro d'identification nationale des personnes physiques et morales (" NINA "), mention pourtant obligatoire en vertu de la loi n° 06-040 du 11 août 2006 de la république du Mali. Enfin, la pièce produite pat les requérants intitulée " extrait du jugement supplétif d'acte de naissance " pour M. G n'est qu'un extrait délivré par le greffier en chef du tribunal d'instance de la commune Kayes, ne comportant aucune motivation mais seulement la transcription du dispositif du jugement. Or, lorsqu'un acte de l'état civil étranger vise une décision étrangère sur la base de laquelle il a été dressé, cette décision doit impérativement être produite à l'appui de l'acte, puisqu'elle en est indissociable. Dès lors, en l'absence de production de ce jugement, les actes qui s'y rattachent ne peuvent être considérés comme probant au sens de l'article 47 du code civil. Par suite l'identité de M. G ne peut être établie, ni, par voie de conséquence, celles des jeunes C et E G. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments de possession d'état figurant au dossier, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu rejeter les recours contre les refus de délivrance des demandes de visas sollicités aux motifs énoncés au point 4.

8. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute d'établissement de l'identité des demandeurs de visas et de leur lien familial avec la jeune réunifiante, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n° 2307383, 2307386 et 2307398 de Mme B et de M. G doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2307383, 2307386 et 2307398 de Mme B et

M. G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, M. D G, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 2307386 et 2307398

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