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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307428

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307428

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307428
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMPIGA VOUA OFOUNDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, M. C A, représenté par Me Mpiga Voua Ofounda, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnait son droit à la vie privée et familiale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle est de nature à porter atteinte à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, se disant ressortissant malien né le 31 décembre 2002, déclare être entré en France le 17 avril 2019. Il avait été confié au département de Maine-et-Loire par une ordonnance du procureur de la République du tribunal de grande instance de Pontoise du 12 juin 2019 et, par une ordonnance du 17 juin 2019, le juge des enfants B l'avait placé provisoirement à l'aide sociale à l'enfance pour une durée de six mois. A l'issue d'une nouvelle évaluation de l'âge de l'intéressé, la juge en charge des tutelles des mineurs au tribunal de grande instance B a prononcé un non-lieu à l'ouverture d'une mesure de tutelle par une ordonnance du 12 décembre 2019. Le 19 juillet 2022, M. A a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 3 mai 2023 dont M. A demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle obligation fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signée par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, qui disposait, en application d'un arrêté du 31 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Maine-et-Loire d'une délégation pour signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire de la décision attaquée manque en fait.

3. Aux termes du I de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". La décision obligeant M. A à quitter le territoire français, qui mentionne expressément qu'elle a été prise en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de séjour, dont il n'est pas contesté que, comme elle l'est, elle est régulièrement motivée, dès lors que l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait constituant le fondement de la décision refusant l'admission de l'intéressé au séjour. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit, par suite, être écarté.

4. Il résulte de l'instruction que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à l'examen de la situation personnelle de M. A avant de prendre l'arrêté attaqué.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est arrivé irrégulièrement sur le territoire français, à une date dont il ne justifie pas. Son séjour en France, remontant selon ses déclarations au mois d'avril 2019, demeure récent. Il ne justifie d'aucune attache particulière, notamment familiale, sur le territoire français. Il est célibataire et n'a personne à sa charge. Il n'est pas sans attaches personnelles dans le pays dont il se dit le ressortissant et où réside, à tout le moins, sa mère. S'il se prévaut de la circonstance qu'il a obtenu le 13 octobre 2022 un certificat d'aptitude professionnelle dans la spécialité de peintre applicateur de revêtements, une telle circonstance, qui ne constitue pas une considération humanitaire, n'est pas en elle-même un motif exceptionnel ouvrant droit à une régularisation du séjour. Dès lors, compte tenu du large pouvoir d'appréciation qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de M. A en France ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels qu'il ferait valoir.

7. Compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. A en France comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en prenant l'arrêté attaqué, en toutes les décisions qu'il comporte.

8. M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de celle portant obligation de quitter le territoire français.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Mpiga Voua Ofounda.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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