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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307453

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307453

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307453
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantMOUTEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023, Mme A D épouse B et M. C B, représentés par Me Moutel, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites du 10 mai 2022 et du 19 mars 2023 par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté les recours respectivement dirigés contre les décisions de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) du 10 janvier 2022 et du 15 novembre 2022 refusant à M. B la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de conjoint de française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa demandé dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à leur conseil sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Ils soutiennent que :

- les décisions attaquées procèdent d'une appréciation erronée du caractère frauduleux de la demande de visa de M. B ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés, et que les décisions pouvaient être également fondées sur le motif tiré de l'absence d'intention matrimoniale entre les requérants.

Mme D épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- et les observations de Me Moutel, avocate de Mme D épouse B et de M.B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien, marié le 12 juin 2021 à Le Mans avec Mme D, ressortissante française, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de conjoint de français auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie). Par une décision du 10 janvier 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa demandé. Par une décision du 10 mai 2022, dont Mme D épouse B et M. B demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire. Par une décision du 15 novembre 2022, l'autorité consulaire française à Tunis a de nouveau refusé de délivrer à M. B le visa demandé. Par une décision du 19 mars 2023, dont les requérants demandent également l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette dernière décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des mentions de l'accusé de réception adressé au requérant par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, lui indiquant expressément qu'en l'absence de réponse expresse à son recours dans un délai de deux mois à compter de la date de sa réception, le recours serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux opposés par la décision consulaire du 15 novembre 2022, que la commission, dont les décisions se substituent à celles de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce de ce que le projet d'installation en France de M. B revêt un caractère frauduleux, dès lors qu'il est sans rapport avec l'objet du visa sollicité. Il résulte par ailleurs du mémoire en défense que la commission de recours doit être également regardée comme ayant rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire du 10 janvier 2022 en se fondant sur ce même motif.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ".

4. Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

5. Il est constant que Mme D et M. B se sont mariés en France le 12 juin 2021. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B s'est maintenu irrégulièrement pendant plus de dix ans sur le territoire français à l'issue d'un précédent visa expirant le 21 mars 2011. En outre, si les requérants versent au débat la fiche synthétique d'un logement dans lequel ils allèguent vouloir s'installer, ils ne justifient pas de la conclusion d'un bail locatif ou d'un engagement contractuel préalable à cette fin. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, faute de documents produits établissant la contribution financière de M. B aux charges du mariage, qu'existerait un projet de vie commune entre les intéressés. Alors que ces éléments sont de nature à faire douter de l'objet de la demande de visa présentée par M. B, la circonstance que, depuis le mariage, Mme D se soit rendue à plusieurs reprises en Tunisie, pays dont elle est originaire, est sans incidence sur l'appréciation du caractère frauduleux du projet d'installation de M. B en France. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la substitution de motif demandée par le ministre, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en rejetant les recours dirigés contre les décisions consulaires en raison du risque de détournement par le demandeur de l'objet du visa à d'autres fins que celui de rejoindre en France son conjoint de nationalité française, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France aurait commis une erreur d'appréciation.

6. En second lieu, faute d'établissement de la volonté de M. B de rejoindre son épouse en France, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D épouse B et de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction, et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse B et de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse B, M. C B, à Me Moutel et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

P. REVÉREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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