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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307467

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307467

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 mai 2023, 15 février 2024 et le

21 février 2024, Mme B A, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de l'enfant mineur C, représentée par Me Arnal, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 mars 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 25 septembre 2022 de l'autorité consulaire française à Bangui (République centrafricaine) refusant au jeune C la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France demandé au titre de l'adoption ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle procède d'un défaut d'examen de la situation personnelle du demandeur de visa ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne s'agit pas d'une adoption internationale mais d'une adoption intra familiale et qu'un agrément n'est pas nécessaire ;

- le jugement d'adoption simple produit ses effets en France, ne porte pas atteinte à la conception française de l'ordre public international et respecte le principe d'adoptabilité et de subsidiarité ;

- il est dans l'intérêt de l'enfant de la rejoindre en France dès lors qu'elle dispose d'un jugement de délégation de l'autorité parentale et d'un jugement d'adoption ;

- elle est entachée d'une erreur de fait sur ses ressources et des conditions d'accueil de l'enfant par l'adoptante ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 octobre 2023 et le 4 mars 2024, ce dernier ayant été produit après la clôture d'instruction et n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

- il y a lieu de procéder à une substitution de base légale de sa décision en substituant aux dispositions des articles L. 311-1 et R. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les articles L. 312-2 du même code et R 148-11 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré du non-respect des principes de subsidiarité et d'adoptabilité ;

Par des mémoires en défense enregistrés le 19 février 2024 et le 5 mars 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée pouvait également être fondée sur un autre motif, dont il demande la substitution, tiré de l'intérêt supérieur de l'enfant caractérisé par l'absence de conditions d'accueil et de ressources satisfaisantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Roncière,

- et les observations de Me Arnal et de Mme A, elle-même.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 27 avril 2021, le tribunal de grande instance de Bangui a prononcé l'adoption simple de l'enfant C, né le 13 août 2017, par Mme B D A, née le 10 octobre 1976, de nationalités française et centrafricaine. L'enfant mineur C a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Bangui (République centrafricaine), au titre de l'adoption. Par une décision du 25 septembre 2022, cette autorité a refusé de délivrer le visa demandé. Par une décision du 15 mars 2023, dont Mme A demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.

2. Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés d'une part, du fait que la procédure d'adoption internationale de l'enfant C est contraire à l'arrêté du ministre des affaires étrangères du 10 janvier 2014 portant suspension des procédures d'adoption internationale concernant les enfants de nationalité centrafricaine résident en République centrafricaine et d'autre part, du fait que Mme A n'a pas produit l'agrément des autorités françaises à l'adoption.

3. En premier lieu, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France comporte, avec suffisamment de précision, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du jeune demandeur de visa n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de l'enfant C doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni :1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ; 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; 3° Des documents nécessaires à l'exercice d'une activité professionnelle s'il se propose d'en exercer une. ".

6. D'une part, aux termes de l'article 370-2-1 du code civil : " L'adoption est internationale : 1° Lorsqu'un mineur résidant habituellement dans un Etat étranger a été, est ou doit être déplacé, dans le cadre de son adoption, vers la France, où résident habituellement les adoptants ; 2° Lorsqu'un mineur résidant habituellement en France a été, est ou doit être déplacé, dans le cadre de son adoption, vers un Etat étranger, où résident habituellement les adoptants. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 10 janvier 2014 portant suspension des adoptions internationales concernant des enfants de nationalité centrafricaine et résidant en République centrafricaine : " Les procédures d'adoption internationale par toute personne résidant en France ou ressortissant français résidant à l'étranger concernant des enfants de nationalité centrafricaine résidant en République centrafricaine sont suspendues jusqu'à nouvel ordre. " et aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Cette mesure de suspension ne s'applique pas aux dossiers enregistrés auprès de la mission de l'adoption internationale à la date du présent arrêté. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 27 avril 2021, le tribunal de grande instance de Bangui a prononcé l'adoption simple de Benaja Edouard Koyandonga, né le 13 août 2017, par Mme A résidant en France. Si Mme A soutient qu'il s'agit d'une adoption intrafamiliale, qu'elle dispose de l'autorité parentale sur l'intéressé depuis 2020 et que le père de ce dernier est décédé, il est toutefois constant que, par arrêté du 10 janvier 2014 du ministre des affaires étrangères, publié au Journal officiel de la république française le 17 janvier 2014, la France a suspendu jusqu'à nouvel ordre les procédures d'adoption internationale par toute personne résidant en France concernant des enfants de nationalité centrafricaine résidant en République centrafricaine. Or, Mme A, qui réside en France, a présenté sa requête en adoption devant le tribunal de grande instance de Bangui le 24 février 2021, et sa demande a été enregistrée auprès de la mission centrale pour l'adoption internationale le 10 août 2022. Par suite, la procédure d'adoption de l'enfant Benaja Edouard Koyandonga, enregistrée postérieurement à la date d'entrée en vigueur de l'arrêté du 10 janvier, contrevient à l'ordre public de l'Etat dans lequel elle est invoquée.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 225-17 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes qui accueillent, en vue de son adoption, un enfant étranger doivent avoir obtenu l'agrément prévu aux articles L. 225-2 à L. 225-7. "

9. En se bornant à soutenir que " l'agrément ne constitue pas un principe essentiel du droit français et que son absence ne porte pas atteinte à l'ordre public internationale français ", la requérante ne conteste pas utilement ne pas disposer de l'agrément prévu par les dispositions précitées de l'article L. 225-17 du code de l'action sociale et des familles, délivré par les autorités françaises afin de vérifier que l'adoptant est apte et qualifié pour adopter, alors qu'aucune disposition du code de l'action sociale et des familles ne prévoit de possibilité de dérogation à cette règle.

10. Dans ces conditions, la commission de recours n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation en se fondant sur les motifs énoncés au point 2.

11. En quatrième et dernier lieu, Mme A n'apporte aucun élément relatif à l'intensité des liens, autres que juridiques, qui l'unirait à l'enfant Beneja Edouardo Koyandonga pour lequel un visa a été demandé, ni à la situation concrète de ce dernier en République centrafricaine. Dans ces conditions, et alors, comme il l'a été dit, que les éléments du jugement d'adoption de l'enfant sont de nature à révéler l'existence d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international, la requérante n'est fondée à soutenir ni que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, ni qu'elle serait contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les demandes de substitution de motifs sollicitées par le ministre des affaires étrangères et par le ministre de l'intérieur, que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au ministre de l'Europe et des Affaires Etrangères

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

M.-A. RONCIÈRE

Le président,

P. BESSE

La greffière,

S. BRIAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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