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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307653

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307653

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantIDOURAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2023, Mme A B, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante de l'enfant mineur C, représentée par Me Idourah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française en République démocratique du Congo du 23 janvier 2023 rejetant la demande de visa d'entrée et de long séjour présentée pour l'enfant C au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de délivrer le visa sollicité à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation de la demandeuse dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente pour la signer ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les article L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a produit un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, postérieurement à la clôture automatique de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2024 :

- le rapport de M. Ravaut, rapporteur,

- les observations de Me Idourah, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise, demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française en République Démocratique du Congo du 23 janvier 2023 refusant un visa de long séjour à l'enfant C au titre de la réunification familiale.

2. Si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Par une décision explicite du 23 août 2023, la commission a rejeté le recours de Mme B au motif qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa, notamment à des fins migratoires. Ainsi, la requête de Mme B, tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours, doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite du 23 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La commission a rejeté le recours formé par Mme B au motif qu'en l'absence d'informations concernant le père de l'enfant, la demande de réunification familiale ne pouvait être accordée.

4. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée est dirigé contre la décision de l'autorité consulaire à laquelle s'est substituée la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France comporte l'exposé des considérations de faits et de droit qui en sont le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,: Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code, rendu applicable par l'article L. 561-4 : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". Enfin, aux termes L. 434-4 du même code, également rendu applicable par l'article L. 561-4 : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France ".

7. Il résulte des dispositions précitées que la commission pouvait, sans commettre d'erreur de droit, se fonder sur la circonstance que la filiation n'était pas établie qu'à l'égard de Mme B, que cette dernière n'était pas titulaire exclusive de l'autorité parentale en application d'une décision juridictionnelle ou que le père de l'enfant n'était ni décédé ni déchu de ses droits parentaux. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que le père de l'enfant C serait décédé ou déchu de ses droits parentaux ou que l'autorité parentale aurait été confiée à Mme B par une décision d'une autorité juridictionnelle congolaise.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Toutefois, et alors que l'enfant C a toujours vécu en République démocratique du Congo où il n'est pas établi qu'elle serait isolée, la décision attaquée n'a pas porté au droit de Mme B une atteinte disproportionnée.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Si la requérante allègue que le père de l'enfant a abandonné sa fille, une telle circonstance n'est étayée par aucune pièce au dossier de sorte qu'il n'est pas établi qu'il serait dans l'intérêt de l'enfant C de rejoindre sa mère en France et non de rester en République démocratique du Congo où elle a toujours vécu. Par suite, la commission n'a pas méconnu les stipulations précitées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

11. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Ravaut, conseiller,

Mme Fessard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

Le rapporteur,

C. RAVAUT

La présidente,

H. DOUET

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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