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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2307741

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2307741

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2307741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er juin 2023, M. C A, représenté par Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation suffisante ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il invoque les mêmes moyens de légalité externe que ceux évoqués pour contester la décision portant refus de titre de séjour ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il invoque les mêmes moyens de légalité externe et interne que ceux évoqués pour contester les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant algérien né le 20 mai 1975, est arrivé en Espagne le 23 juin 2018, muni d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de court séjour de type C à entrées multiples valable du 11 janvier au 9 juillet 2018 pour une durée de séjour de 90 jours et qui lui avait été délivré le 11 janvier 2018 par l'autorité consulaire française à Oran. Il est ensuite, selon ses déclarations, entré sur le territoire français le même 23 juin 2018. Il s'est marié à Nantes le 12 février 2022 avec une ressortissante française née en 1971. Le 19 septembre 2022, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la régularisation de sa situation de séjour par la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en tant que conjoint d'une ressortissante française, sur le fondement des 2) et 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 3 mai 2023 dont il demande l'annulation, ce préfet lui a refusé cette délivrance et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 30 janvier 2023 publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique, le préfet lui a donné délégation, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme D, directrice de l'immigration et de l'intégration, et de M. B, son adjoint, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi. Il ne ressort pas du dossier que Mme D et M. B n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A et cette décision est, par suite, régulièrement motivée. En conséquence et conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il en va de même de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Cet arrêté, après avoir visé notamment l'article L. 721-3 de ce code, constate que M. A est ressortissant algérien et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

4. Il résulte de l'instruction que, pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet, sans faire application de lignes directrices ou d'orientations générales, a fait application des traités, lois et règlements applicables à la situation de l'intéressé, après avoir examiné la situation de l'intéressé et sans méconnaître l'étendue de la compétence d'appréciation dont, le cas échéant, il aurait été investi. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence d'un tel examen, qui se rapporte au bien-fondé de cet arrêté, doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

6. M. A est marié avec une ressortissante de nationalité française. Dès lors, il entre dans la catégorie prévue au 2) de l'article 6 précité. Il en résulte que sa situation ne relève pas des prévisions du 5) du même article. Dès lors, il ne saurait utilement se prévaloir de ce 5) et le moyen tiré de sa méconnaissance est inopérant.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. A est entré régulièrement sur le territoire espagnol le 23 juin 2018, il ressort du dossier qu'il n'a pas, lors de son entrée ultérieure en France, souscrit la déclaration d'entrée prévue aux articles L. 621-3 et R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La souscription de cette déclaration conditionne la régularité de l'entrée sur le territoire français. Il en résulte que M. A est entrée irrégulièrement sur le territoire français. Il ne justifie pas de la date de cette entrée. S'il soutient, sans l'établir, y être arrivé le 23 juin 2018, son séjour en France, remontant à moins de cinq ans à la date de l'arrêté attaqué, n'est pas ancien, alors que M. A est né en 1975 et a auparavant vécu pendant plus de quarante-trois ans dans le pays dont il est le ressortissant. S'il est marié avec une ressortissante française depuis le 12 février 2022, ce mariage demeure, toutefois, très récent et les époux n'ont pas d'enfant ensemble. La délivrance d'un certificat de résidence à M. A en qualité de conjoint de son épouse française est subordonnée par le 2) de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968 à une entrée régulière sur le territoire français, l'article 9 de cet accord ne subordonnant pas dans ce cas cette entrée à la présentation d'un visa de long séjour. Le requérant ne justifie d'aucune impossibilité de satisfaire à cette condition imposée par le 2) de cet article 6. S'il est fait état d'une communauté de vie avec l'épouse avant le mariage, cette communauté de vie, remontant à moins de deux ans, est en tout état de cause très récente. En outre, lorsque l'un des époux séjourne irrégulièrement sur le territoire d'un Etat partie à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au moment du mariage, l'article 8 de cette convention n'ouvre pas aux époux un choix discrétionnaire de leur pays de résidence et, en conséquence, n'a pas pour effet de garantir au bénéfice de celui des époux en situation de séjour irrégulier la régularisation de ce séjour du seul fait du mariage. En l'espèce, le requérant, qui a pu valablement se marier en France le 22 février 2022 en dépit de sa situation de séjour, ne pouvait, non plus que son épouse, ignorer l'irrégularité de cette situation ni, par suite, ignorer qu'il n'avait pas de garantie que ce séjour soit régularisé du seul fait de ce mariage et que la vie conjugale puisse se poursuivre sur le territoire français de préférence au territoire algérien. Or, le requérant ne justifie d'aucune circonstance qui s'opposerait à ce que la vie familiale du foyer qu'il forme avec son épouse puisse se poursuivre, au moins dans un premier temps, sur le territoire algérien, où le requérant a vécu pendant environ 43 ans et où il conserve des attaches personnelles, notamment ses parents. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant en France, comme aux effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises.

9. Les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Si l'arrêté attaqué se réfère à ce texte relatif à l'admission exceptionnelle au séjour, pour refuser d'en faire bénéficier le requérant, le préfet de la Loire-Atlantique doit être regardé comme ayant refusé de régulariser la situation de séjour de M. A, ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française, en faisant usage du pouvoir discrétionnaire qu'alors même que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles de cet article L. 435-1, le préfet détient pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. En l'espèce, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A, il ne ressort pas du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait, dans l'exercice de ce pouvoir discrétionnaire, commis une erreur manifeste d'appréciation.

10. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de celle lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Il ne l'est pas davantage à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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